« Le jazz tisse sa toile... »
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Les Pérambulations Du Pérégrin - 69

D 17 juillet 2017     H 16:52     A Yves Dorison    


Cent quinzième étape

Le pérégrin que nous sommes vient de comprendre qu’il n’ira pas à Jazz à Vienne cette année, simplement parce qu’il n’a pas demandé d’accréditation ! Rendez-vous compte un peu : la première fois depuis des décennies. Merde ! C’est un choc. Un choc dû à une très méritante absence de programmation intelligemment jazz. Faut être honnête, au sud de Lyon, ils font ce qu’il faut pour flinguer la musique que nous aimons. Ils vont même jusqu’à pourrir consciencieusement l’ambiance sur les différents sites de ce qui fut une fête musicale incontournable. Ils sont balaises les nouveaux tenanciers. Le parti socialiste à côté, c’est L’île aux enfants ! Les républicains, c’est Tournez manèges ! Enfin, passons.

Federicolor Casagrande ! -  voir en grand cette image
Federicolor Casagrande !

En ce 3 juillet qui vit Hugues capet se faire élire par les princes du royaume Roi des francs (987) comme en ce 4 juillet où naquirent Pauline Carton (1884) et Robert Desnos (1900), Benjamin Peret (1899) et Georgette Plana (1917), la pianiste Carine Bianco, avec Nicolas Bianco à la guitare basse et Sébastien Mourant à la batterie, invitait pour deux soirs le guitariste italien Federico Casagrande afin de donner au public une version jazzifiée du projet « Portraits » initialement composé pour orchestre. Nous étions, j’te le donne en mille Émile, au Péristyle. Sur le papier l’idée nous sembla intéressante, voire audacieuse. Nous ne fûmes néanmoins pas convaincus outre mesure. Non pas que la musique où les compositions soient anodines, non. Simplement, nous les trouvâmes un peu trop fouillées pour notre goût et trop écrites pour laisser une place de choix à l’improvisation. L’idée d’un carcan contre productif nous assaillit rapidement et ne nous lâcha pas ou peu. Nous doutâmes en outre du bien fondé des quelques effets électroniques répartis ici et là et qui nous semblèrent pour le coup inefficaces. Mais bon, nous sommes désespérément jazz et le culte que nous vouons à l’improvisation est tel, en musique comme dans notre quotidien, qu’il lui arrive de réduire notre capacité d’attention à une portion si congrue qu’elle en est injuste pour les musiciens. Federico Casagrande, quant à lui, sut avantageusement se placer au sein de ces compositions et apporta à l’ensemble sa couleur originale, ce qui ne fut pas négligeable, loin s’en faut.


Cent seizième étape

Hugues Mayot -  voir en grand cette image
Hugues Mayot

Et voici le pérégrin de retour au Péri…scope pour une soirée « résonance », appellation qui mit en valeur pendant trois jours la scène majoritairement lyonnaise dévolue à ce qu’il est convenu d’appeler les musiques innovantes, underground, actuelles, et tutti quanti. Au programme de ce 6 juillet qui vit naître la comète rock ‘n’ roll Bill Haley le quartet de saxophoniste Hugues Mayot, accompagné par le sorcier des claviers Jozef Dumoulin, le bassiste Joachim Florent et le batteur Franck Vaillant que l’on voit décidément partout ces derniers temps. Musique d’aujourd’hui, c’est une dénomination signifiant qu’il y a de l’électricité et des effets dans les notes d’un transgenre musical ne se privant pas de privilégier les atmosphères urbaines vouées au clair obscur « noisy » comme aux mélodies pop savamment égarées dans des groove aux angles métalliques et bruitistes. Il fut notable qu’il y avait, comme souvent dans ces groupes, un musicien dévolu à l’acoustique, en l’occurrence le saxophoniste ténor et compositeur du répertoire, Hugues Mayot. L’ensemble du concert fut décliné, comme de bien entendu, avec les références ci-dessus évoquées. Ce fut bien fait, alerte et inventif, devant un public convaincu mais comme trop souvent, clairsemé. Il ne manqua pour intéresser pleinement qu’un infléchissement vers quelques lignes de rupture offrant un peu d’espace, un peu d’air aussi, des signes d’un apaisement nécessaire à nos conduits auditifs quoi. Ceci étant écrit, nous suâmes consciencieusement dans l’antre caniculaire d’une salle pourtant ouverte sur un extérieur crépusculaire où s’affadissait l’autre canicule, la vraie, lourde comme de la crème au beurre, suante, dégoulinante, en un mot crasseuse ; un peu comme cette musique citadine qui ignore les coquelicots et les pissenlits résistant bravement à toutes les pollutions.


Dans nos oreilles

Federico Casagrande - Fast forward


Devant nos yeux

Pascal Quignard - Une journée de bonheur