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L’été jazz à MACAO : Les Jazzitudes...

Jazzitudes en Pays d’Auge, 25-31 août 2017

D 6 septembre 2017     H 05:30     A Jean-Louis Libois    


Coup de projecteur sur le « Jazz en MaCaO » [1] et en le festival Jazzitudes Pays d’Auge en particulier...

La clef des champs (à suivre)

Le jazz essaime et les festivals récoltent l’été. Ainsi le jazz diffuse, les musiciens jouent et le public (itinérant) applaudit. Certes Jazz Sous Les Pommiers (Coutances en mai) et Jazz en Baie (...du Mont Saint Michel, en août) sont les plus fédérateurs mais dans leur sillage ou bien amont d’autres voient le jour ou tout simplement cohabitent.
Jazz Dans Les Prés comme le titre l’indique a de l’espace à couvrir avec ses trois départements (Manche,Calvados et Orne). Commençant donc le premier, il finit aussi en bon dernier tandis que Jazzitudes en Pays d’Auge se concentre à Lisieux pendant une petite semaine fin août et Le Festival Pan ! sur un week-end (22-23 septembre) à Caen.
Tout cela est bien joli mais combien de concerts et combien de musiciens ?
Entamée avec notre flûtiste régionale et nationale Ludivine Issambourg (qui par ailleurs organisait sa propre tournée en bord de mer au mois de juillet dernier de Jullouville à Grandcamp-Maisy…) en avril dernier, cette saison des mini-festivals se poursuit jusqu’en novembre avec le saxophoniste anglais Drew Davies.

Dans le Pays d’Auge, il y avait eu quelques accents de jazz dans un cadre essentiellement consacré aux formations classiques avec la venue début août à Cabourg à l’occasion de ces Promenades Musicales du pianiste Thomas Enhco. Son duo avec la musicienne de marimba Vassilenaz Serafimova –aussi talentueux soit-il- laissait peu de place au jazz Quelques jours plus tard, le jazz électrique et manouche du quintette Swingin’ Partout résonnait dans le couvent des Ursulines d’Orbec.

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Ray Lema Quintet

Il en va autrement de Jazzitudes en Pays d’Auge (dix huitième édition quand même) et de son association Si bémol qui accueille une petite semaine durant musiciens de jazz et stagiaires (au nombre d’une centaine). Des musiciens de tous bords, de toutes latitudes et d’inspirations variées [2]. C’est ainsi que le pianiste Florent Gac ouvrait le bal en compagnie de cinq autres musiciens normands autour d’un répertoire qui a fait les riches heures du label Blue Note dans les années 60. Succédait le lendemain à ce sextette un duo à l’instrumentation plutôt inédite, claviers- batterie. Déjà aperçu à l’occasion de la Nuit du jazz au théâtre de Caen, Laurent Coulondre et Martin Wangermée avaient laissé une bonne impression. La surprise passée, il est vrai que la subtilité du batteur et la richesse rythmique et harmonique du claviériste a de quoi séduire. Passant du piano acoustique au piano électrique et au Fender Rhodes, le jeu de Laurent Coulondre ne verse jamais dans la virtuosité technique ni même dans l’invention sonore permanente. En fait d’alternance, disons qu’un bras gauche est au piano et l’autre à l’orgue électrique tel un musicien coupé en deux, schizophrène en quelque sorte à l’image du titre de l’une de ses compositions ? Dans tous les cas, des idées et du tonus à revendre pour ce duo révélé lors de la récente édition des Victoires de la Musique !
Plus classiquement tonique le quintette du pianiste Ray Lema produisait un mix de funk, de musique ethnique, encouragé par la présence du batteur Karim Ziad et du contrebassiste Michel Alibo (Sixun) aux nettes influences rock et jazz fusion (en remplacement respectivement du bien connu Stéphane Huchard et de Gilles Coquard). Quelques chorus plus jazzy bien sentis de la part du trompettiste Sylvain Gontard et du saxophoniste Irving Acao (musiciens aux compagnonnages aussi bien prestigieux qu’éclectiques) parvenaient néanmoins à ciseler un ensemble par ailleurs monolithique. Même si le pianiste-leader, Ray Lema - collègue de cet autre pianiste de renom, Laurent de Wilde dans un récent enregistrement Riddles, en 2016- du même coup restait quelque peu sans voix ou du moins relativement discret.

Laurent Courthaliac, Elisabeth Kontomanou. -  voir en grand cette image
Laurent Courthaliac, Elisabeth Kontomanou.

En verve, la chanteuse Elisabeth Kontomanou l’était puisqu’elle a gratifié son public du dimanche soir de près de deux heures de concert. En verve mais pas nécessairement en voix ainsi qu’elle s’est plu à l’expliquer au public ; faisant ainsi référence à ses ennuis de santé rencontrés ces deux dernières années. Deux heures de jazz, deux heures de blues avec des compositions puisées dans ses compositions personnelles, dans des standards pas nécessairement tous revisités par nos multiples interprètes récemment apparues sur le marché ainsi que dans quelques titres empruntés à Billie Holliday. Sans effet de mimétisme, la chanteuse est d’autant plus convaincante qu’elle a aussi en commun avec son idole quelques vicissitudes vocales. Il serait injuste d’omettre son entourage avec une mention particulière à son complice, le contrebassiste Thomas Bramerie qui a sculpté chacune des compositions (souvent en duo avec la chanteuse) avec brio. Sans oublier le pianiste Laurent Courthaliac déjà remarqué l’an passé dans ces mêmes lieux aux côtés du trompettiste Eric Le Lann ainsi que le batteur Donald Kontomanou (fils de…) lui aussi déjà là et toujours subtil dans son jeu quoique discret ce jour.

Temps fort de ce festival si l’on veut, c’était à l’infatigable –selon la formule consacrée- Laurent Dehors et son équipe de conclure cette édition en beauté en transportant ses deux cents spectateurs dans les années folles et pour le coup hors du délicieux Théâtre de Lisieux... pour une soirée swing.



[1Pour Manche, Calvados et Orne. Nom joliment inventé par l’association qui diffuse des films sur les trois départements,

[2La formation Mobius Ring chargée d’animer les après-concerts a dû annuler sa présence pour cause d’indisponiblité de l’un d’entre eux.