« Le jazz tisse sa toile... »
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[ONJ] The City Was Yellow : The Chicago Suite

l’ONJ copule avec People, Places and Things

D 3 février 2018     H 05:00     A Alain Gauthier (texte)    


Au centre de la scène, six souffleurs :
Fidel FOURNEYRON, trombone, Fabrice MARTINEZ, trompette et bugle, Christophe MONNIOT, sax alto et sopranino, Greg WARD, sax alto, Tim HALDEMAN, sax ténor et Jean DOUTEYSSIER, clarinette.
Tout autour d’eux, en arc de cercle :
Mike REED, composition, arrangements, batterie, Jason ROEBKE, contrebasse, Éric ÉCHAMPARD, batterie, Olivier BENOÎT, guitare, Paul BROUSSEAU, Fender Rhodes, Sophie AGNEL, piano.

On n’est pas à Chicago mais ils jouent à l’américaine : à peine entrés, à fond. T’as intérêt à être chaud et à pas arriver à la bourre faute de place où te garer. Straight ahead, emmenés par les batteurs, la basse et le piano. Un bon vieux trio à l’ancienne et à quatre qui installe le thème dans un rythme soutenu, asthmatiques s’abstenir. Et qui s’ouvre à une série de soli : on croirait un big band où chacun dispose de quelques mesures pour contribuer. Trombone, trompette, les sax alto, puis le trio Échampard-Agnel-Roebke. Inutile d’attendre de Agnel qu’elle tapote façon big band, non non, as usual, elle fourre ses mains dans le ventre de la bête et, quelle chance, Roebke, de l’archer et du doigt, lui répond du tac au tac. Pur jazz d’aujourd’hui.
Et, on nous le dira plus tard, ils enchaînent sans même laisser le temps de les applaudir, avec une pièce bluesy, histoire de musarder ici et là, de s’ébattre dans un truc chaud voluptueux chaloupé et superbe. Le Fender ajoute ce petit quelque chose qui fait se dresser les poils des bras des chauves.
Puis une troisième pièce, allez soyons fous, un truc à trois temps, un genre de valse à peine lente, Monniot au sopranino y tutoie les cintres.
On les croirait pacsés depuis deux éternités au moins, l’ONJ et le quartet de Mike REED People, Places and Things tant ils jouent fluides, une famille recomposée qui a trouvé ses marques d’emblée.
Une fois le public captivé, ils osent une pièce pour retraités ravis de ne pas s’agiter en vain, une pièce tout en lenteur, qui surprend après le tempo high du début. Douteyssier, a capella, nous comble avec une impro qui sonne classique, un clin d’œil à quelque Benny Goodman mais fortement améliorée par un phrasé épatant. C’est magnifique. D’un bout à l’autre du concert, la poigne de Roebke innerve, pousse, contient. Coup de bol, il reste jusqu’au bout, on ne pourra pas dire «  Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».
Enfin ils sonnent comme une fanfare de luxe avec un morceau injouable en défilant sauf à se marcher les uns sur les autres et à finir en tas. Des explosions groupales, des saillies soli, un thème virtuose. Pfff, REED a dû se régaler à arranger ces morceaux pour l’ONJ agrandi, morceaux issus d’un genre de Real Book des compositeurs chicagoans des trente dernières années et tout à fait bienvenus sur la scène France.
On les rappelle of course.

Samedi 27 janvier 2018
Festival SONS D’HIVER en Val-de-Marne
Théâtre Jacques Carat
94230 CACHAN


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