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Les Pérambulations Du Pérégrin - 91

D 8 avril 2018     H 08:24     A Yves Dorison    


Cent quarante deuxième étape

Rodophe Loubatière -  voir en grand cette image
Rodophe Loubatière

Ah le 29 mars 2018 au Périscope ! Aussi mémorable que le 29 mars 1972 quand ABBA enregistra son premier single. Mais dans un autre genre. Un duo nommé « Couleurs chimériques » composé de Rodolphe Loubatière (caisse claire et autres objets) et Pierce Warnecke (labtop & électronique) débuta la soirée dans une pénombre qui nous laissa penser que le club était dans une démarche écologique visant à économiser l’uranium enrichi. Nous devinâmes donc un percussionniste, agenouillé devant une caisse claire (manquant de clarté) et cerné d’objets divers à caractères plus ou moins percussifs, et un homme debout devant un ordinateur portable et de trucs à boutons pour bidouiller, faire du son quoi. Ce dernier nous offrit en partage des nappes de basses graves à souhait, de celles qui décollent le derme de l’épiderme, et des sonorités difficilement identifiables pour nos ouïes étonnées. Son commensal, à l’unisson (enfin dans le même temps), développa des séquences percussives avec des corollaires souvent grinçants qui, mariées aux sonorités électroniques, finirent par constituer un tout plutôt linéaire dans lequel nous crûmes voir une sorte d’exploration sonore improvisée, de travail sur la matière, qui nous laissa plus ou moins dubitatifs et stoïques. Comme on dit : « ce n’était pas pour nous ». A chacun ses limites. Les nôtres apparurent là, ce qui n’ôte rien au travail et à l’originalité de ce duo.

Mette Rasmussen -  voir en grand cette image
Mette Rasmussen

La deuxième partie de soirée, avec dix watts de plus par ampoule, était tenue par le groupe appelé Bic dont les membres sont Mette Rasmussen (saxophone alto), Julien Desprez (guitare), Ingebrigt Haker Flaten (basse) et Mads Forsby (batterie). Bon, que les choses soient claires : Bic est noisy et free. Il nous sembla cependant que le trio guitare / basse / batterie était noisy, agité de saccades rythmiquement nerveuses au service d’un bruitisme enténébré tandis que Mette Rasmussen était free et si librement radicale, si lumineuse aussi dans son expressivité, que l’on en revient toujours pas. Par souci d’exactitude, nous devons ici dire que nous ne tînmes que vingt (ou trente) minutes. De fait, la façade à bloc dans un club quasi vide nous balança du métallique (ta mère) à la louche, entre le marteau et l’enclume, vaguement soutenu par une basse un peu trop lointaine. N’étant pas masochistes, nous évitâmes donc le massacre du tympan, d’autant plus que l’on attend toujours le sacre du printemps (oh ! Tu dors Igor ?). Mais ça, c’est une autre histoire et revenons à Mette Rasmussen et ses collègues de jeu. Nous les avons écoutés plus longuement sur... Youtube au Météo festival de Mulhouse en 2017. L’impression première ressentie au Périscope fut la même. Des musiciens doués, totalement impliqués et qui laissent les compromis aux tièdes de tout acabit. En gros, vous prenez ça dans vos gueules et si vous êtes contents, c’est bien. Sinon… Mais sur ce que nous vîmes et entendîmes au Périscope, une chose demeure certaine, la jeune saxophoniste danoise, émigrée à Trondheim (Norvège), a dû grandir coincée entre Albert Coleman et Ornette Ayler dans une sauce anthonybraxtonienne savamment relevée. Avec une telle ascendance sur le porte-bagage, le plus paradoxal, le plus confondant, c’est que l’on n’entend qu’elle, sa puissance, son inventivité congéniale, dans un style définitivement personnel qui repoussent dans les coins les plus obscurs le facile, le fade et l’insipide. Il semblerait que cette jeune saxophoniste à la fluidité très démonstrative soit habitée du plus profond de la moelle jusqu’à l’ultime extrémité des cheveux par un inextinguible incendie art-sonique (tout comme Peter Brötzmann), une énergie peu commune (tout comme Peter Brötzmann), mais communicative (tout comme Peter Brötzmann), quiètement baignée dans une sous-jacente punkitude qui n’en n’a vraiment pas l’air mais adore tout ce qui brûle. Raterons-nous son prochain passage dans nos contrées ? Certes non. Tout comme le prochain concert de Peter Brötzmann d’ailleurs… Et puisque que l’on évoque la bombe atomique et ses dérivés, sachez également que le 29 mars vit naître Elle Macpherson (1964). Elle, pas l’autre.


Dans nos oreilles

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Devant nos yeux

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