« Le jazz tisse sa toile... »
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Les Pérambulations Du Pérégrin - 93

D 18 avril 2018     H 19:30     A Yves Dorison    


Cent quarante quatrième étape

Illya Amar -  voir en grand cette image
Illya Amar

Dans notre esprit, dire duo piano / vibraphone revient à penser Corea / Burton, et notamment les disques « Crystal silence » et « Duet  » que nous usâmes consciencieusement sur notre platine disque avant de les racheter en CD quelques années plus tard. Devrions-nous aujourd’hui en acquérir une version numérique ou la totale « The ECM recordings 1972-1979  » ? C’était une grave interrogation que nous laissâmes en suspens car l’autre soir, un mercredi 11 avril, sur la petite scène du Bémol 5, c’était Illya Amar au vibraphone et Joachim Expert au piano qui s’y collèrent comme on dit. L’affiche était assez rare pour que l’on se déplace, n’est-ce pas ? De belles compositions originales, un morceau de Chick Corea pour l’hommage au duo, une chanson arabe du 13ème siècle, un Monk’s Dream et le final avec un thème de Paco De Lucia, le tout en deux sets : l’affaire fut rondement menée. Nous n’avons pas écrit bâclée, bien au contraire. Finesse mélodique et subtilité harmonique étaient au rendez-vous. Le duo interpréta chaque pièce avec tact, les approchant dans leur singularité première sans omettre néanmoins de se les approprier. Plus que complices, les deux alchimistes offrirent en partage à un maigre public un moment d’esthétique musicale raffinée non dénuée de profondeur. Ils le firent avec limpidité et sans grandiloquence aucune. Quant au maigre public cité ci-dessus, il nous fit souvenir une fois de plus que la curiosité n’est plus l’apanage de la communauté humaine dans sa majorité. Et c’est triste. Dire duo jazz à un hypothétique public, c’est déjà faire preuve d’insolence. Dire piano / vibraphone, cela peut être perçu comme vulgaire ou insultant et même séditieux ou bien insurrectionnel. Surtout si les musiciens ne font pas la une des médias et ne sont pas économiquement lucratifs. C’est affligeant. Mais puisque l’atterrement nous guette, parlons monnaie… Connaissez-vous le marquis François Barbé-Marbois  ? Oui, non ? Mais quel abruti de sang-bleu dégénéré fallait-il qu’il soit pour commettre pareille bévue ? Devinez quoi, ce ministre français du Trésor de Bonaparte (et presque Napoléon) proposa officiellement aux États-Unis la vente de toute la Louisiane en 1803. Un lundi 11 avril pour être précis. Quel gland ! Louis Armstrong aurait pu naître français (et combien d’autres). Et le jazz en France, se porterait-il mieux ? Pas certain. Et d’ailleurs, cela nous indiffère. Ce qui est défait est fait et nous écoutons le « Movability  » de Martial Solal et Niels Henning Ørsted Pedersen, enregistré le 26 avril 1976 pour MPS. Un duo. Monstrueux ? Titanesque ? Prodigieux ? Euh… Musical. Voilà, c’est ça. Musical. Et pour la bonne bouche ou dans la même veine, vous prenez les deux précités, vous ajoutez Daniel Humair et vous les mettez dans le même studio allemand deux jours d’affilée (27 & 28 février 1978) à Villingen. Cela vous donne une « Suite for trio  » pleine de fraîcheur et d’inventivité, rééditée par MPS qui fête son cinquantenaire cette année. Grande classe.


Dans nos oreilles

C’est écrit juste au-dessus...


Devant nos yeux

Bob Dylan - Discours à l’Académie suédoise