« Le jazz tisse sa toile... »
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Leïla MARTIAL

s’affaire à l’Atelier du Plateau

D 20 avril 2018     H 05:00     A Alain Gauthier (texte)    


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> Vendredi 13 avril 2018, en Duo
Leïla MARTIAL et Marie-Pascale DUBÉ, voix, rejoignent la toile blanche circulaire au sol. Piste d’envol. Nombril du monde. Trou blanc.
Aaaaaammm... Aaaaaammm... Aaaaaammm... Aaaaaammm...
Mantra simplissimmmmme qui teste la vibration du lieu ; écoute immédiate et monolithique du public saisi au creux de leurs mains.
De l’air, du souffle, des ondes. L’esprit de Meredith Monk flotte alentour.
Pulsation. Groove. Accélération. Un train vers le nord, Hobos, Sonny Terry se marre derrière son harmonica.
Elles se tournent l’une vers l’autre, s’empoignent par les avant-bras, siamoises.
Regard intense d’une tresse d’acier, quatre poumons pour un seul souffle.
Hyper oxygénation, spirale cosmique d’une giration soufie.
Brève pause regard soudé : elles y retournent pour une autre micro-fiction.
Des sons étranges et prenants venus du fond du monde et de la gorge : Inuits, Bushmen, initiation sur la frange de l’univers.
Transe, rebirth, envoûtement.
Applaudir ou pas ? Interrompre leur cheminement à chaque interstice interstellaire ?
C’est Primitif : la voix et le souffle, rien que la voix et le souffle, intimité totale.
Aaaaaammm... Aaaaaammm... Aaaaaammm... Aaaaaammm...
Retour à l’origine, un geste pour embarquer le public dans ce son filé, nappe d’une jubilation collective. Leila soloïse et volute.
Atterrir ensemble.

NB : Ré-écoute possible le 26 avril 2018 à 23 h sur France Musique (et ensuite en podcast) dans l’émission À l’improviste de Anne Montaron.


>Samedi 14 avril 2018
Solo Hors Piste
Leïla MARTIAL, à qui quelques minuscules transformations suffisent pour apparaître en clown : une baveuse touche de rouge du côté du nez, les mirettes soulignées d’un noir bitumeux, une coiffure en nid de rats dévasté, descend l’escalier, une main à tâtons le long du mur, l’autre bras encerclant un énorme globe terrestre. Sa démarche, son rythme clopinant aspirent toute l’attention.

Leila Martial -  voir en grand cette image
Leila Martial

Qu’est-ce qu’elle n’ose pas faire, cette créature ? Jusqu’où s’arrêtera-t-elle ?
Sans dire un mot, d’un regard, elle capte le public entier et fabrique un genre d’entre soi tel qu’il se croit invité chez elle pour l’apéro, le public.
« T’es » là ? Pfffiou. Et toi aussi, aaahhhhh !!! »
Ses dessous scabreux, elle les montre. Érotisme torride, entre Vénus sortant d’une mare vert gluant et des collants issus d’une chambre à air de camion taillée au pochoir.
Elle nous présente son acolyte, sa peluche, pur amour synthétique.
Derrière ses machines, elle a l’air d’une sorcière contemporaine bidouillant des filtres non moins contemporains et électroniques et danser la salsa ne nuit pas à sa performance.
Quand elle se tait, son regard, sa bouille suffisent : une araignée qui attend que la toile vibre du silence de tous.
D’une boîte à gâteaux secs, elle tire des citations et des proverbes. Intense réflexion collective, on n’est pas loin du bar philo à bobos qui ont survécu aux préceptes de Jacques Salomé et baroudent dans l‘Everest de la pensée :

« Est-ce que mon haleine est une émanation de mon âme ?
Que dit-on à un japonais qui fait trop de bruit en marchant ?
Tu préfères les SMS ou les textos ?”

Elle incarne la créativité, non, elle créative à tout-va et joue de nos émotions avec maestria. Qui est entré ici claquemuré et froid comme un gardon en ressortira brûlé dans ses tréfonds.
Elle nous achève avec un concert manga.
Cette autre qui pointait chez Leïla Martial depuis quelques temps est arrivée : sublime, émotionnante, radieuse.

Atelier du Plateau
Impasse du Plateau
75019 Paris