« Le jazz tisse sa toile... »
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VINTAGE on Veynes’ stage

Thad Jones un jour, Thad Jones toujours ?

D 3 août 2018     H 18:00     A Thierry Giard    


Les itinérances musicales curieuses, sérieuses ou aventurières du festival de Chaillol emmènent les spectateurs en différents lieux des vallées du Drac (Le Champsaur), de la Durance et dans le territoire des Sources du Buëch (Veynes, Montmaur...) avec parfois quelques incursions dans le massif du Dévoluy.

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C’est ainsi que la bande du Vintage Orchestra était à Chaillol le 17 juillet pour ouvrir cette nouvelle édition du festival. Nous l’avons retrouvée le lendemain à Veynes, bourgade qui s’étire au soleil dans une vallée assez ouverte, point de passage de lignes ferroviaires qui ont contribué à sa renommée et à son activité économique, jadis. Il y eut aussi à Veynes l’exploitation d’un ciment réputé dont l’activité a périclité au siècle passé, en témoigne cette cimenterie devenue un bel espace culturel communal, la Salle des Arcades. C’est là que le Vintage Orchestra a pu jouer totalement en acoustique dans des conditions quasi parfaites faisant de ce concert un moment rare de musique à l’état pur

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Quand le saxophoniste Dominique Mandin décida de constituer un big band au début des années 2000, il avait en référence les grandes formations où s’illustra le trompettiste Thaddeus Joseph Jones (Thad Jones - 1923-1986), l’orchestre de Count Basie, bien entendu, mais aussi le fameux Thad Jones - Mel Lewis Orchestra, grande formation de référence dans les années 60 et 70. Un big band pensé à l’image d’un quartet dans lequel le trio piano-contrebasse-batterie équilibre la polyphonie à 13 voix de l’ensemble des vents. C’est dire l’importance du triangle constitué par Florent Gac, Yoni Zelnik et Andrea Michelutti à la base de ce Vintage Orchestra. Là réside aussi un des secrets de la légèreté des compositions et arrangements de Thad Jones qui exploitent dans les moindres détails les possibilités des instruments à vent. Un bel hommage à un compositeur, arrangeur et formidable trompettiste, petit frère du pianiste Hank Jones et grand-frère du batteur Elvin Jones. Une sacrée famille !

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On se souviendra que le dernier album du Vintage Orchestra paru au printemps 2017 (voir ici...) était consacré aux compositions de Thad Jones pour des voix (avec Denise King et Walter Ricci), The Vocal Side of Thad Jones. Pour ces deux concerts au Festival de Chaillol, ce fut « The Instrumental Side of Thad Jones », celle que je préfère, je l’avoue !
Jazz de répertoire donc au programme pour ce 18 juillet, un programme d’ailleurs détaillé dans le feuillet distribué à l’entrée du concert (c’est la culture « classique » du Festival de Chaillol qu’on reconnaît ici !). Même dans un cadre annoncé à l’avance, il n’y aura surtout pas de rigidité dans la prestation du V.O. ! Dominique Mandin parvient à faire vivre cette formation avec une relative stabilité (une quarantaine de titulaires et remplaçants pour un ensemble de 16 pupitres !). Pour ce passage dans les Hautes-Alpes, les remplaçants furent largement à la hauteur comme le saxophoniste ténor Matthieu Vernhes (substitut de David Sauzay) qui a su apporter sa touche personnelle dans des solos convaincants, en particulier lors d’une joute virile avec Thomas Savy, à deux ténors (Fingers). Chacun a ici sa place et la musique exigeante, façonnée et arrangée avec subtilité ne laisse guère le temps de musarder. Indiscutablement, cet orchestre, c’est du sérieux avec une énergie et un plaisir de jouer évidents !

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On retrouve là le trompettiste Fabien Mary qui était à l’affiche de l’édition 2017 du Festival de Chaillol, parfaitement à sa place dans une section de trompettes flamboyante... Il semblerait que pour le prochain répertoire de l’orchestre, il succède à Thad Jones en trompettiste-compositeur... À suivre...

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La section d’anches est irréprochable avec, par exemple, Thomas Savy qui tient ici le saxophone ténor pour un magnifique solo sur la ballade « All My Yesterdays » après la clarinette sur un « All of Me » troublant et avant de reprendre la baryton de Jeff Devèze pour quelques mesures sur « 61st and Rich It ». Quelle polyvalence ! À sa gauche, Jean-Philippe Scali, autre « remplaçant » de tout premier plan.

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Au plus près de l’équipe des vents, Andrea Michelutti veille au swing dans une posture qui ne peut que rappeler celle de Mel Lewis (1929-1990) dans l’orchestre que ce dernier co-dirigeait avec Thad Jones... au siècle passé. Ce batteur dont les qualités sont fort appréciées dans le milieu du jazz mainstream a assuré un drumming sans failles avec beaucoup de classe.

Un concert autour de la musique du T.J - M.L. Orchestra qui n’a pas sombré dans le passéisme. Avec une belle énergie, le Vintage Orchestra aura remis en lumière la richesse des compositions de Thad Jones : de magnifiques mélodies mais aussi des thèmes robustes et accrocheurs prétextes à un beau travail sur les couleurs et les nuances en jouant sur les associations instrumentales pour les anches et flûtes, et sur les différentes sourdines pour les cuivres...
Un « grand format » à suivre, assurément !


Veynes (Hautes-Alpes) - Salle des Arcades
mercredi 18 juillet 2018 - 21h
dans le cadre de l’édition 2018 du Festival de Chaillol

Vintage Orchestra :
Jean-François Devèze : saxophone baryton / Dominique Mandin : saxophones soprano, alto, flûte / Thomas Savy : saxophone ténor, clarinette / Jean-Philippe Scali : saxophone alto / Mathieu Vernhes : saxophone ténor / Julien Ecrepont, Fabien Mary, Erick Poirier, Malo Mazurié : trompettes / Michaël Ballue, Martin Berlugue, Jerry Edwards, Robinson Khoury : trombones / Florent Gac : piano / Yoni Zelnik : contrebasse / Andrea Michelutti : batterie


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