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Bernard STRUBER Z’TETT : Zappa, Dada ?.

Plays Zappa live : Les noces de dada

D 6 avril 2007     H 12:11     A Thierry Giard    


Ne zappez pas ! Laissez vous happer par l’art de Zappa que revisite Bernard Struber à la tête de son Z’Tett.

Struber-Zappa, même combat ? Sans doute, s’il s’agit d’ignorer les frontières établies entre les styles. La musique n’est qu’une : dadaïstes de tous les pays, unissez-vous !

on aime !
on aime !

Avec ces Noces de dada, enregistrées en public sans filet ni artifices ajoutés, l’ensemble de haut-vol que dirige Bernard Struber nous entraîne dans l’univers baroque de ce fou de Frank. A la tête de son Jazztett, devenu Z’tett pour l’occasion (un Z qui veut dire...), le guitariste strasbourgeois joue les vengeurs masqués (les lunettes noires de la pochette ?) et veut convaincre les fans de jazz un peu obtus que Zappa était aussi un peu des leurs, aussi inclassable que Carla Bley ou Willem Breuker par exemple. En écoutant Mike Alison se lancer à corps perdu dans un chorus échevelé sur Pound for a brown (applaudissements du public : le plus du live !), le solo de folie de Michael Brecker sur le Live in New-York (Zappa 1977) nous revient en mémoire. Le jazz est là, aussi.

Struber Z'Tett - « Les noces de Dada » -  voir en grand cette image
Struber Z’Tett - « Les noces de Dada »
Le Chant du Monde - mars 2007 - dist. Harmonia Mundi

Le guitariste californien était un iconoclaste cultivé. Rockeur pour la forme, le fun et le contact avec les foules. Fan de Varèse ou Stravinsky pour le fond. Bernard Struber est un pédagogue espiègle qui brouille les pistes : de Sclavis aux Beatles, de Bartòk à Archie Shepp, des claviers de grandes orgues à la guitare au sein du Jazztett (ex Orchestre Régional de Jazz d’Alsace). S’il insère ici une courte citation d’Olivier Messiaen (La danse des fureurs pour les 7 trompettes...) et un hommage à Stravinsky (Jumpin’Cash Igor) basé sur l’ouverture du Sacre du Printemps, ce n’est que pour mieux définir l’essence de la musique de Zappa.

Autour de ses différents projets, Bernard Struber a su fidéliser une équipe et les membres de ses formations ne le lâchent pas d’une semelle. Les Noces de dada sont ainsi portées par la batterie foisonnante d’Eric Echampard aussi à l’aise ici que Terry Bozzio ou Aynsley Dunbar chez Zappa. Benjamin Moussay s’en donne à cœur joie aux claviers (le solo de Zomby Woof ; sa contribution de compositeur « far-west » dans un Hairy Romance décapant !) et Jean-Marc Foltz, impérial aux clarinettes, qui confirme qu’il est un des meilleurs spécialistes actuels de l’instrument (dans G’Spot Tornado en particulier).

Ce n’est qu’à la fin du disque, sur Zomby Woof (le final d’Over-nite Sensation, 1973, fin de la période Ponty chez Zappa), que Bernard Struber se lâche enfin, le chorus libératoire du chef-guitariste est propulsé par un orchestre en ébullition : l’esprit de Frank Zappa est là et bien là !

Après l’expérience peu réaliste car sans doute trop « sérieuse » d’une interprétation de Zappa par Pierre Boulez, ce disque pouvait être un défi délicat. Plus qu’un hommage, c’est la relecture passionnée de l’œuvre du compositeur que proposent Bernard Struber et son Z’tett : une sélection pertinente, réorchestrée et interprétée par 11 musiciens irréprochables. Les noces de dada : mariage joyeux, mariage heureux !

> Pour mieux connaître le travail personnel de Bernard Struber et du Jazztett, l’écoute du précédent album s’impose : Parfum de récidive, chez Le Chant du Monde / sélectionné dans les « Favoris 2006 » par CultureJazz !

Un conseil pour conclure, ne les manquez surtout pas sur scène au cours de cette année 2007. Plusieurs concerts sont programmés, ce n’est pas si fréquent !


> Struber Z’tett plays Zappa Live - Les noces de dada - Le Chant du Monde REF : 2741510 - distribution Harmonia Mundi.

Bernard STRUBER (orchestration, guitare) / Michaël ALIZON (sax ténor) / Eric ECHAMPARD (batterie) / Jean-Marc FOLTZ (clarinettes) / Serge HAESSLER (trompette, cor) / Ray HALBEISEN (sax alto, flûte piccolo) / Jérémy LIROLA (guitare basse) / Benjamin MOUSSAY (claviers) / Fred NOREL (violon)

et Guy FRISCH (vibraphone, xylophone, percussions) / André PONS-VALDES (violon)

enregistrement public en 2006 - Mixage de Gérard de Haro (studios la Buissonne).

1 - G-Spot Tornado / 2 - Pound for a brown / 3 - The little house I used to live in / 4 - Hairy romance (B. Moussay) / 5 - The black page / 6 - Dupree’s paradise / 7 - La danse des fureurs pour les 7 trompettes (O. Messiaen) / 8 - Endless time / 9 - Waka/Jawaka / 10 - Jumpin’ cash Igor (B. Struber) / 11 - The son of orange country / 12 - Zomby woof


> Liens :

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