« Le jazz tisse sa toile... »
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VOL STATIONNAIRE au dessus de l’AVIGNON JAZZ FESTIVAL

Depuis 1992, Avignon Jazz Festival s’est imposé comme un rendez-vous majeur début août où plusieurs soirées encadrent le tremplin jazz. Celui-ci est très connu et couru par toute la fine fleur de la jeunesse jazz européenne. Une très belle programmation que je vous laisse découvrir avec en point d’orgue le quintet de Joe Lovano et Dave Douglas !

D 11 octobre 2018     H 15:00     A Florence Ducommun    


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Django Charlie

Mercredi 1° août, honneur aux vauclusiens du groupe Django Charlie qui ouvrent les réjouissances. Trois guitaristes (Gérard Affanni, Germain Turio et Julien Lareynie) et un contrebassiste ( Pierre Lalanne) ont unis leur passion pour le swing et le jazz manouche en rendant honneur à deux guitaristes de génie : il s’agit évidemment de Django Reinhardt et Charlie Christian, qui même s’ils ne se connaissaient pas de chaque côté de l’Atlantique, ont marqué tous les guitaristes jazz. Les standards se succèderont pour la plus grande joie d’un public acquis d’avance : Coquette, Sweet Georgia Brown, My Dream of You, Bossa Dorado,un hommage à Ninine Garcia, Hungaria, Indifference, Django’s Tiger etc…un très joli moment plein de douceur et de talent avant de passer au plat suivant radicalement différent.

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Le Kinga Glyk Trio

Car c’est une jeune bassiste polonaise étonnante qui rentre en scène, Kinga Glyk, 20 ans, en trio avec son père à la batterie Irek Glyk et Rafal Stepièn aux claviers et piano. Considérée dans son pays comme une des meilleurs bassistes à l’heure actuelle, elle a fait l’affiche de Marciac également fin juillet. C’est une affaire de famille depuis qu’elle a 12 ans et elle compte plus de cent concerts à son actif. Trois disques à son actif dont le dernier, Dream, sorti chez Warner Music, en compagnie de musiciens prestigieux, donne lieu à des critiques partagées. La basse est plutôt un instrument masculin, et Kinga a relevé le défi avec ténacité mais est loin d’atteindre des sommets. Elle est jeune toutefois et c’est un début prometteur. Le public ne s’y est pas trompé, très enthousiaste, moi-même y compris, car sa présence est contagieuse et elle est bien entourée, surtout d’un pianiste excellent. Le solo paternel fut un moment intense et sa composition solo Song for Dad également, lui qui désirait mettre entre les mains de sa fille tout sauf une basse…

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Simon Below Quartet

Les 2 et 3 août, les deux soirées qui suivirent sont réservées comme d’habitude au Tremplin des jeunes espoirs européens avec six groupes. Le Prix du Jury (présidé cette année par Jean Paul Ricard Président de l’AJMI d’Avignon) fut décerné à l’unanimité au groupe allemand Simon Below Quartet (j’allais dire comme d’habitude, tant la qualité de la prestigieuse école de Cologne détonne aussitôt). Dans ce jeune groupe passant le premier soir, il y a Yannick Tiemann à la contrebasse, qui jouera le lendemain dans Der Weise Panda Quartet de la même école, Simon Below au piano, Fabien Dudeck aux saxophones et Jan Philipp à la batterie. Quatre musiciens épatants nous ayant convaincus de suite, avec en particulier le saxophoniste au son tantôt plaintif, tantôt « sale » qui captiva aussitôt l’attention. Du lyrisme, mais aussi de la déconstruction, un interplay constant, aucun temps mort, voilà bien un jeune groupe prometteur qui se verra offrir un enregistrement l’an prochain au studio de La Buissonne, ainsi que le passage en première partie d’un concert l’an prochain.

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Der Weise Panda Quartet

Le Prix du Public alla sans surprise au second groupe allemand cité ci-dessus, Der Weise Panda Quartet, avec Felix Hauptmann au piano, Joe Beyer à la batterie, le même Yannik Tiemann à la contrebasse et la chanteuse Maïka Küster. Sans surprise, car sans doute de facture bien plus consensuelle et facile d’écoute. Pour moi, hormis le contrebassiste, une chanteuse sans beaucoup d’intérêt aux textes chantés en allemand pour la plupart, qui n’accrocha pas du tout mon attention. Mais ce groupe a sa notoriété outre-Rhin à la suite de la sortie de l’album dédié à la mère de la chanteuse, Mam.

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Torunski Brothers Quartet

Le Prix du Meilleur Instrumentiste fut attribué aux deux frères Greg et Piotr Torunski qui jouent dans Torunski Brothers Quartet, Greg au saxophone alto, et Piotr à la clarinette basse. L’hésitation à décerner le Prix du Jury à ce groupe des Pays-Bas fut contrebalancée par la décision de compenser ainsi cette difficulté. Si ç’avait été le cas, le prix du soliste aurait été attribué au saxophoniste Fabien Dudeck. Un tandem fraternel indissociable, réjouissant et inventif, entouré par le pianiste Mike Roelots et le batteur Ron Van Stratum, groupe sans contrebasse, dont on apprend sans surprise qu’ils ont poussé après Maastricht jusqu’à Cologne après avoir d’abord étudié au conservatoire de Katowice en Pologne. Voilà un bel exemple de jazz européen.

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Shift Sextet

Quant au Prix de la Meilleure Composition, ce fut le sextet toulousain Shift qui le remporta, avec une composition du pianiste Arthur Guyard, intitulée Impressions d’Ivresse. Personnellement, je ne fus pas convaincue par ce sextet brouillon, sûrement impressionné de passer les premiers et qui partit un peu dans tous les sens.

Alors, que dire du Dexter Goldberg trio et du quartet serbe Hashima qui repartirent bredouilles ? Le premier souffrit d’un complexe manifeste de supériorité qui nous agaça aussitôt. Une belle énergie avec un disque sorti cette année et bien accueilli, Tell me Something New (chez Jazz and People), une habitude éprouvée des tremplins mais une écriture somme toute très lisse et sans émotion qui n’a été défendue par personne au jury. Par contre Hashima fut soutenu par moi-même et un autre membre du jury. Original en diable, porté par le guitariste virtuose Igor Miskovic, il souffrit d’une mise en scène totalement décalée et rock et de thèmes lié à la guerre serbo-croate, dont une longue suite inspirée du Jugement dernier de Jérôme Bosch. Mais quelle audace et quelle excentricité ! Personnellement, je décerne un prix spécial d’anticonformisme pour ces musiciens venus la veille de Serbie en voiture pour enregistrer le lendemain au Studio de La Buissonne.

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Hashima Quartet
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EYM Trio

Samedi 4 août, le Trio EYM passe en première partie. Né en 2011, de la rencontre de trois musiciens issus du Conservatoire de Lyon (Elie Dufour au piano, Yann Phayfaet à la contrebasse et Marc Michel à la batterie) qui unissent aussi leurs initiales, ils accumulent les succès et viennent de sortir leur troisième opus Sâdhana au retour d’un voyage en Inde (où ils ont d’ailleurs croisé Erik Truffaz sur la même scène) avec comme invités la chanteuse Mirande Shah et le guitariste Gilad Hekselman absents ce soir. Soit une musique très world jazz pas franchement originale. Ils joueront aussi des compositions de leur précédent disque Khamsin, Ginkgo Biloba et Le Lours de Kuala Lumpur. Qu’on me permette de sortir du conformisme ambiant avec un public hyper indulgent qui bien sûr a adoré ce concert qui pour ma part m’a laissée un peu perplexe, avec certainement une qualité technique et beaucoup de lyrisme que je ne conteste pas comme dans les morceaux Still Standing écrit par le batteur à Hiroshima ou Paradiso Perdito à la musicalité orientaliste. Un trio brillant mais pour moi pas innovateur.

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Bending New Corners

Suit en seconde partie de soirée le quartet d’Erik Truffaz (avec Christophe Chambet à la basse, Marc Erbetta à la batterie, Benoît Corboz aux claviers) et le slameur Nya en guest. Erik Truffaz aime Avignon qui lui rend bien cet amour. Reçu à quatre reprises par le festival (en 1997 avec The Dawn, puis en 2001 pour Bending New Corners sorti en 1999, en 2004 dans la Cour d’Honneur pour accompagner un film de Yasujirö Ozu et en 2011 pour les vingt ans du Tremplin), le trompettiste né en Suisse est accompagné d’une équipe un peu recomposée. On retrouve en effet Marc Erbetta et son excellente rythmique, mais Christophe Chambet prend la place de Marcello Giuliani et Benoît Corboz celle de Patrick Muller, avec un bonheur identique, tandis que Nya apparait plus class que jamais avec son rap quasi hypnotique dans les compositions où il intervient (Bending New Corners ou Sweet Mercy). Quant au trompettiste génial qui a toujours su fédérer un public acquis à son phrasé si particulier, il flottera avec une aisance débonnaire tout le long du concert entraînant applaudissements et élans de foule. L’incontournable Arroyo a le même succès tout comme The Dawn ou The Mask, malgré quelques longueurs. Les rappels se succèdent dont Yuri’s Choice avec Nya. Les bénévoles montent sur scène avec Robert Quaglierini un des co-présidents du Tremplin Jazz : embrassades et accolades entourent un Erik Truffaz aux anges. Le lendemain, il ira jouer à Marciac. Y rencontra-t’ il la même ferveur amicale ?

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Own Your Bones

Dimanche 5 août, c’est Own Your Bones, le quartet originaire de la belle école de Cologne et ayant gagné le Prix du Jury l’an dernier, qui ouvre la soirée. Composé de musiciens européens (deux allemands, un letton et un suisse), ils sortent de trois jours d’enregistrement au studio de La Buissonne, récompense pour leur Prix. Le saxophoniste allemand Jonas Engel fait presque partie du paysage à présent car il avait gagné en 2016 au sein du groupe Just Another Foundry. Une distinction tout à fait justifiée pour le son de cet alto qui répond au ténor puissant du letton Karlis Auzins tout aussi remarquable qui remplace Sebastian Gille. Le batteur suisse Dominik Mahnig avait lui aussi emporté l’adhésion du Jury en 2014 dans le groupe Die Fichten. Une musicalité exceptionnelle, une inventivité très free que seules certaines oreilles, dont les miennes apprécièrent la poésie et l’élévation intense, leur passage confirma notre choix l’an passé et on ne peut que leur souhaiter une longue vie.

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Le quintet Sound Prints

Last but not least, en feu d’artifice final, nous avons droit au Quintet Sound Prints du saxophoniste Joe Lovano et du trompettiste Dave Douglas, passé quelques jours avant à Marciac et dont c’était le concert final avant de rentrer aux Etats-Unis. Un cloître pas totalement complet au contraire de la veille pour écouter « l’un des ensembles jazz majeur de la scène actuelle » selon Downbeat Magazine. L’orage gronde effectivement tout autour du Cloître, les parapluies sont dégainés et chacun résigné et équipé, mais la chance est avec nous pour écouter un concert d’une qualité extrême plein de joie et de malice. Le batteur Joey Baron n’ est en effet pas avare de sourires, le pianiste Lawrence Fields étant par contre bien plus sérieux mais tellement talentueux, tandis que le contrebassiste Yasushi Nakamura remplace Linda Oh sans se départir d’un flegme et d’une maîtrise épatante de son instrument. Les deux leaders soufflent souvent de concert ou se parlent en aparté, tandis que le trio piano basse batterie joue espièglement certains morceaux du disque Scandal sorti en avril de cette année sous le label Greenleaf Music, qui puise à nouveau dans la musique du saxophoniste Wayne Shorter (comme Fee Fi Fo Fum et Juju ), le nom du groupe étant d’ailleurs un clin d’oeil à son grand classique Footprints, tout en se concentrant sur les compositions originales de Lovano et Douglas. Un quintet rôdé certes, au terme de leur longue tournée, mais plein de fraîcheur malgré tout, qui coule de façon limpide et réjouissante et présenté dans un français impeccable par Dave Douglas : « Je suis le trompettiste de votre soirée » et quelle soirée ! La cerise sur le gâteau d’un festival dont la belle programmation est à nouveau assurée par Michel Eymenier absent quelquetemps.

Merci encore à toute l’équipe et aux bénévoles du Tremplin Jazz Festival qui me permettent chaque année d’écouter, photographier et vous rapporter mes impressions. Ce fut une belle édition !

Pour accéder au site du festival : https://www.tremplinjazzavignon.fr/

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