« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Sur scène » Sur scène en 2018 » ESPACES

ESPACES

par le trio Perraud-Chevillon-Lay

D 19 octobre 2018     H 05:00     A Alain Gauthier (texte)    


info document -  voir en grand cette imageTrois hommes de qualité pour la sortie mondiale de leur CD : Edward PERRAUD à la batterie, Bruno CHEVILLON à la contrebasse et Paul LAY au piano. Sans oublier un quatrième qu’il convient de saluer bien bas, Arnaud PICHARD, l’ingé son, auquel on doit un équilibre parfait de l’ensemble et une clarté impeccable de chaque instrument. Merci Monsieur.
Perraud nous fait un topo façon maison de la culture sur pourquoi le titre Espaces ( qui fait revenir à l’esprit le sketch « peler les noix » par Chanson Plus Bifluorée, chacun s’en souvient ? ) ; l’espace perçu comme localo-galactique et intervalle. Comme le précise la bible du chroniqueur, Espace c’est encore : ciel, étendue, éther, immensité, infini, distance, écart, écartement, éloignement, intervalle, portion, laps. Autant dire un voyage à faire la nique à Elton Musk.
Sauf à voyager immobile, il faut bouger de sa place donc Élévation, pièce au tempo medium qui trompe son monde, ça gigote de partout, Perraud qui devait se retenir depuis un moment, lâche les chevaux, ses grands bras virevoltent ( le Poulpe, sors de ce corps ! ), le bassiste délivre ( oui, lui aussi retenait quelque chose ) un walk intense, et le pianiste révèle les premières de ses longues phrases. On ne peut pas ne pas penser à des écrivains sérieux-Padura, Biondillo – ou à Bill EVANS. Magnifique trilogue vertical, Élévation oblige.
SpaceTime, pièce lentissime, n’est pas une invitation à pécho, c’est trop tôt, mais à sentir vibrer les sons longs, les sons durables, laissons-nous aller aux intimes vibrations spatiales. Perraud est emporté dans une fabrication corporelle de sons qui partent du fond du sol sous ses pieds, remontent le long de ses jambes et cavalent jusqu’aux baguettes avant de filer dans l’espace. Espace vibration : en pleine mécanique quantique. C’est vachement beau, prenant, planant, même le silence.
Lay occupe une bande horizontale à peine plus haute que le capot de son instrument, les doigts de Chevillon cavalent le long d’une verticale inclinée et Perraud conjugue les deux dimensions, ses bras fauchant l’air d’un côté à l’autre pour frapper-caresser ses fûts, son corps entier se dressant pour asséner ici ou là des frappes de CRS sur le cortège de tête. Seule la musique se moque de ces dimensions : no border, libre partout.
Avec Tone it down, une séquence répétitive de trois notes descendantes, ils font dans l’inouï ; la cellule court du piano à la basse et Perraud soloïse que c’est assez fou à écouter. On croirait une banque d’idées auto-générative qui n’emprunte qu’à elle-même, elle. Idem avec Collapse qui invite, par les notes tenues qui sonnent et vibrent alentour, à passer du local au galactique, c’est à côté. Ils ne font plus de la musique, ils repeignent le monde.
Ces lascars nous rappellent, avec Dernière quarte, qu’ils ont biberonné de la musique du patrimoine et la pervertissent avec bonheur : groove soutenu et rythme qui varie selon les pentes et les côtes. Huchés sur les épaules des plus grands trios, ils en réinventent le répertoire, pas moins. Dans Tocsin, Chevillon se fendra d’un solo à sa manière ( avec mailloche, archet, mediator et pédale ), un solo qui compte triple.
S’il fut question d’effondrement et de collapse, on n’a pas exploré l’anthropocène mais d’Âge d’or, pour le rappel.
Très chouette moment qui réconcilie avec ce format classique piano-basse-batterie revisité.

Lundi 15 octobre 2018
Studio de l’Ermitage, rue de l’Ermitage - 75020 Paris


http://www.studio-ermitage.com/