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Leïla Martial et son trio Baa Box

pour le CD Warm Canto, plus chaud qu’un chien chaud

D 4 avril 2019     H 05:00     A Alain Gauthier (texte)    


info document -  voir en grand cette imageLa scène du Bal Blomet est tapissée de pétales blancs-le temps des cerises est précoce cette année- et Leïla Martial arrive, lumineusement enguirlandée, avec Pierre Tereygeol, guitare-voix et Éric Perez, batterie-voix. Les trentenaires, quadra, quinqua et plus sont au rendez-vous, balcon et parterre combles, pour la sortie du CD WarmCanto.
Elle nous fait le coup hongrois : hongrois que le trio démarre tranquille avec une balade, tempo medium, gentillette, pour se chauffer ; Tereygeol à la guitare classique arbore un look mi manouche mi flamenco, ça sent le blues européen, Perez se planque sous son petit galurin. Ben non, question tour de chauffe, c’est raté Quand Leïla commence, elle zappe les préliminaires. Dans l’aigu, d’entrée. En quelle langue ? En quel patois ? Jargonne-t-elle en louchebem, en verlan ? Peu importe, ça nous va droit au coeur. Elle se joue des circonvolutions cérébrales, traverse l’entendement, écarte les doutes, les récriminations naissantes, le bruit mental, elle use d’un anti-lexique phénoménal qui remplace la lecture de Husserl, Hegel et Merleau-Ponty : le son des mots plus que les mots, tout le contraire de notre Jupiter hexagonal.
C’est beau, putain, tellement beau.
Ils pourraient s’arrêter, tout est dit, l’auditoire est conquis. Non, ils enchaînent avec La danse du clown. (Pour ceux qui l’ignoreraient, Leïla Martial est aussi une clown extravagante-émotionnante). Une danse à trois voix où ils ne font pas dans l’approximatif, le tâtonnant, le presque juste. Forme soignée, élégante, on lirait presque les lignes vocales. Leïla virevolte au-dessus des bourdons des mecs. Ensuite, ils pratiquent une musique d’envoûtement. Qui aurait nécessité de virer chaises et tables pour faire se mouvoir les gens. Une musique d’envoûtement avec un chant de transe, comment en réchapper ?
Sur la base d’une jolie phrase « Un clown ne pardonne pas, il oublie », Forget and be est introduit par un jeu de voix et de flûte à coulisse, étrange, beau, hypnotique ; elle chante avec de vrais mots ( peu certes ) un texte simple et profond. Of course, son impro ne fait que raviver la plaie au coeur tant c’est touchant. Ensuite Perez, jouant de son corps comme d’un prolongement à sa batterie met en place une tournerie digne des maîtres-tambours africains et Leïla le rejoint avec une petite cellule de souffle entêtée récurrente et récurante. Ils jouent intensément du regard, il s’agit d’un trio intriqué.
Serendipity clôt le concert : Tereygeol introduit au chant, rattrapé par les deux autres pour un thème qui sent son tube : mélodieux, mémorisable, plein. Une dernière impro de Leïla : pas de poème à mettre en musique, pas d’incantation à réciter, aucun mantra, juste le flow fluant inspiré aspiré expiré, un gromelot sublime.
Groooooos succès.

Jeudi 28 mars 2019

Le Bal Blomet
33, rue Blomet, 75015 Paris


http://www.balblomet.fr/


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