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Le Pérégrin Pérambule Encore - 47

D 16 octobre 2019     H 05:00     A Yves Dorison    


Quarante-septième équipée

info document -  voir en grand cette imageMoi qui parlais de place au soleil, je fus fort marri l’autre soir de mon implacable constat. L’automne était bien là (sortez le pot au feu) et l’humidité s’amusait de mes douleurs comme une jouvencelle en goguette ( ?). J’en profitai pour rester coincé dans un livre et attendis la fin de semaine pour me rendre au Bémol 5 où trois musiciens locaux (le saxophoniste Michael Chéret, le contrebassiste Stéphane Rivero et le batteur Matthieu Garreau) était conviés à accompagner son altesse René Urtreger (1934). Une soirée patrimoine en quelque sorte. C’était un 11 octobre 2019, jour qui vit en 1802 la création officielle du parachute. Si la pomme d’Isaac avait pu, en son temps, en profiter, où en serait le trognon aujourd’hui ? Vaste sujet qui nous éloigne un tant soit peu d’une soirée où furent convoquées les compositions de Parker, de Monk, de Rollins, de Miles, et j’en passe et j’en oublie et caetera. De toutes les manières, l’heure était au jazz et à ses racines. Elle était bleue, évidemment, et le maître de cérémonie, un gars simple aux mains d’argent, fit le boulot avec classe et entrain, laissant en grand seigneur à ses acolytes tout l’espace requis pour s’exprimer musicalement. Je notai au passage la rugosité naturelle de leur swing et j’appréciai que le contrebassiste laissât du temps aux notes. J’adhérai de même à son jeu d’archet et aux réminiscences qu’il évoquât dans mon inconscient ternaire. Le roi René, lui, nous gratifia en solo d’une valse au lyrisme nostalgique, dédiée à sa sœur Jeannette qui, dans les années cinquante, approcha au plus près Miles et qui aujourd’hui, en proie à la maladie d’Alzheimer, s’est éloignée du monde. Vivre sans plus se souvenir, est-ce vivre dans une constante improvisation ? Question idiote pour un jazzeux moyen. Mais là ne fut pas le propos du soir. Le swing était la pierre angulaire du moment, le repère, le repaire, d’une musique qui tend à s’effacer, elle aussi. J’en profitai comme on goûte un dessert aux saveurs adolescentes, avec ce sentiment toujours bizarre et irrémédiablement chiant que le temps est un oiseau moqueur et qu’il est inutile et vain de le plumer. Heureusement, « Stella by starlight » ou « Tenderness  » et « On green dolphin street  », peuvent dézinguer passagèrement cette sardonique bestiole car, magistralement interprétés, fouillés jusqu’à la moelle par un créatif du clavier, ces standards font naviguer les idées en cinémascope. Et comme toujours, René Urtreger sut dans l’instant, l’autre vendredi soir, leur tordre savamment le cou avec l’authenticité qui caractérise son parcours (épineux) depuis six décennies. Aujourd’hui entre octo et nona, revenu de tout et même de l’enfer, il dégomma en deux sets la mélancolie et les regrets et partagea en quartet son casse-croûte de luxe avec un auditoire qui ne manqua pas d’essuyer son assiette. En toute simplicité.


Dans nos oreilles

Rosanne Cash . She remembers everything


Devant nos yeux

Estelle Fenzi - La minute bleue de l’aube


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