Vous êtes ici : Accueil » Jazz en action » Billets » Sous Les Pommiers ... Sans Le Jazz

Sous Les Pommiers ... Sans Le Jazz

Méfaits et ...bienfait d’un confinement !

D 25 mai 2020     H 05:00     A Jean-Louis Libois    


Affiche du 1er Festival Jazz sous les Pommiers - 1982

Ses concerts,ses déambulations menant tous à la superbe cathédrale de Coutances au terme d’une ascension (eh oui) avant la descente vers le lieu de naissance du festival, le théâtre municipal puis vers son gymnase transformé, quelques années plus tard, en salle de concert, la salle Marcel Hélie : c’est cette semaine, toujours celle de l’Ascension, que la 39éme édition aurait dû avoir lieu. La presse régionale le rappelle par la voix de ses bénévoles qui prenaient depuis des décennies une semaine de congé pour se mettre au service du jazz ou de ses à-côtés ou bien encore de ses commerçants qui regrettent l’animation ainsi créée. Voilà qui contraste avec les débuts modestes, quoique rapidement prometteurs, de ce festival qui n’avait jamais réussi à s’imposer Caen, capitale de la Basse Normandie, pourtant vivier de musiciens et lieu d’accueil de nombreux concerts. Le théâtre de Coutances était alors le centre unique de rendez-vous (sonorisé par Bose !) avec la cave des Unelles pour les jam nocturnes ... et les commerçants se moquaient bien du jazz, nous semble-t-il. Nos amis Denise et Thierry Giard et Gérard Houssin, animateur culturel, étaient aux manettes pour la première édition de 1982 avant d’être rejoints par le directeur du théâtre à-venir (et depuis lors toujours directeur du festival) Denis Le Bas... Tandis que Michel Dubourg préparait ses bobinos pour son émission diffusée sur les ondes de Radio Normandie et que votre serviteur - qui au terme d’un job d’été avait réussi à imposer une rubrique jazz dans le grand quotidien régional - rédigeait ses articles qu’un taxi PMU emmenait vers la rédaction de Caen. Les Texier, Solal, Humair, plus quelques pointures étrangères tels Steve Lacy, Abbey Lincoln nous reviennent en mémoire mais tellement mélangées à d’autres souvenirs de musiciens vus et revus à maints endroits et à maintes reprises que je ne me risquerai pas à établir un palmarès.
Quelques milliers de spectateurs allaient devenir des fidèles avant de se multiplier par dix. La grande salle Marcel Hélie venait donc s’ajouter suivie du Magic Mirror sur la place de la cathédrale et toujours les Unelles… sans oublier une bizarre salle, sorte de dancing rétro très incongru pour des invités de marque. C’est ainsi que dépité mais non sans humour A. Romano, convié à essuyer les plâtres, qualifiait d’un mot délicieusement désuet, ce décor de « croquignolet ».
Jazz sous les pommiers, c’est aussi une rencontre privée décisive en 1992 en présence d’un André Francis grincheux, mauvais perdant parce que le candidat de son choix n’avait pas remporté l’adhésion du jury France Inter réuni pour élire la meilleure jeune formation issue d’une sélection nationale préalable. JSLP, cela aurait pu être aussi le lieu d’une catastrophe décisive en 2011 sur le seuil du théâtre avant le concert de Michel Portal, finalement écouté, confiné en chambre car retransmis par France Musique. Quelques heures plus tard, une ambulance éteignait les feux de la rampe de cette année là.
Puis Jazz sous les pommiers entame sa 31ème édition et la vie -un peu bancale encore- reprend ses droits.
Entre-temps, le festival s’agrandit et nous avec, ou plutôt nous rayonnons plus au large de Coutances, d’abord une villa amie en bordure de mer à Agon Coutainville puis le sémaphore familial, ensuite un B&B devant la statue du maréchal de Tourville et retour enfin à Agon chez l’habitant.
Dès lors, quatre jours durant, le festival bat son plein à nos oreilles dès la fin d’après-midi (difficile de résister à l’appel de la plage !). Les rues s’animent en fanfares, ou non, comme jamais, de nouveaux lieux naissent pour un plus jeune public dans les jardins de la cathédrale, la salle de cinéma Le Long-CourT est réquisitionnée tandis que les commerçants timides des débuts mettent en scène le jazz dans leurs vitrines.
Il arrive certes que le festival verse un peu trop de cidre dans son jazz, que le jazz se dilue et que les musiques cousines soient quelque peu envahissantes (nous avons eu l’occasion de le déplorer ici même). C’est selon les saisons…comme pour les pommes !
Demeure aussi, l’heureuse habitude de croiser les vieilles connaissances (sans vraiment bien nous connaître) que sont Denise et Thierry. G. Et lorsqu’il y a quelques années, ce dernier m’invite à rejoindre l’équipe de Culture Jazz (« Ainsi nous serons 13 comme dans une équipe de rugby » ), comment refuser un tel challenge sportif ?
Mais cette année pas de Dave Liebman, de Randy Brecker, de Marc Copland Quintet, pas d’ONJ, pas davantage de Sixun, de Jacky Terrasson Trio et de Kenny Barron...
En bref, pour la troisième année en 39 ans, j’aurai manqué le festival et pour la première fois, c’est lui qui m’aura manqué.


Le 40 ème à 40 ans ?
C’est sans compter sur le sens de la précision de son co-créateur. Ainsi sur son site Zarlib.fr/jazz-musique-improvisée-and-co, Thierry Giard refait les comptes.
JSLP voit le jour en 1982. Cette année 2020 devait être officiellement la 39ème édition. Cette 39ème édition repoussée à l’an prochain donne l’occasion unique de faire correspondre le quarantième anniversaire et la quarantième édition en 2022 !


http://www.jazzsouslespommiers.com