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Le Pérégrin Pérambule Encore - 73

D 26 août 2020     H 05:00     A Yves Dorison    


soixante-treizième équipée

Mais que se passe-t-il ? Un concert ? Oui ! Bien que Jazz Campus en Clunisois ait annulé son édition 2020, le festival n’a pu s’empêcher de proposer trois concerts sur deux jours, à l’air libre. Pour des raisons strictement pérégrinales, je n’ai assisté qu’au dernier, celui de Rose Radio, un trio composé de Olivier Py au saxophone ténor, de Tom Juvigny à la guitare et de François Merville à la batterie. Voyant ces noms, je pensai d’emblée que la soirée serait aventureuse car ces trois larrons-là ne sont pas connus pour frayer avec le jazz classico classique dans ses formes les plus élémentaires. J’eus bien évidemment raison, je vous le signale au passage. Alors quid des morceaux interprétés ? Des standards… et oui, rien que des standards de jazz tirés du répertoire ou des comédies musicales de Broadway (je ne broderai pas sur ce chemin-là). Je n’y perdis cependant pas mon latin (in jazzo veritas) car si j’arrivai à reconnaître les thèmes, souvent dans l’introduction du morceau, je compris vite que ce trio de chercheurs n’avait qu’une idée : les prendre pour prétexte à une activité musicale ex-ploratoire et ludique. On ne se refait pas, n’est-ce pas ? Alors à l’heure apéritive, devant un public espacé sur les gradins du théâtre de verdure attenant à la mairie de Cluny, les trois acolytes firent éclater les structures, tirèrent sur les coutures, décolorèrent l’habituel et recomposèrent les thèmes éculés d’un passé pas si dépassé. En bref, ils rajeunirent les coupes et firent défiler leurs propres modèles improvisés, l’un après l’autre, devant des auditeurs pas toujours convaincus (je note en passant qu’il y avait là nombre de touristes plus probablement inspirés par l’histoire des lieux que par une musique privilégiant les formes ouvertes). Quant aux connaisseurs, ceux qui fréquentent assidûment ce festival aux atours différents, ils se réjouirent de l’aubaine et en redemandèrent. Je fis partie du lot car j’aimai les écouter prendre à rebrousse-poil, mais toujours dans le sens du peigne, un pan de l’histoire du jazz que j’aime toujours autant. The way you look tonight, l’un des titres abordés par la bande, résuma de facto la soirée ; le neuf et l’ancien sont faits pour s’aimer et peu importe les différences car dans cet exercice inventif les deux pôles sont inévitablement liés par un astre nommé Jazz. Vois-tu à quoi cela ressembla en ce 21 août, jour qui vit en 1857 ses éditeurs et Baudelaire condamnés à des amendes pour son recueil Les fleurs du mal qui sortit amputés de six poèmes ? Il faisait pourtant la même chose que Rose Radio en travaillant la matière sous un angle innovant, empli d’un esprit charnel. Ah la chair est faible, la chair est tendre ! Mais faudrait-il pour autant la laisser en jachère sous de fallacieux prétextes étouffant la créativité ? Pfff… Je fatigue. C’est quand la révolution ?


Dans nos oreilles
Bob Dylan - Rough and rowdy ways


Devant nos yeux
Cécile Coulon - Trois saisons d’orage


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