« Le jazz tisse sa toile... »
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Joni et Herbie : le retour des étoiles.

Joni Michell « Shine » & Herbie Hancock « River : the Joni letters »

D 13 octobre 2007     H 09:17     A Thierry Giard    


A 59 ans, en 2002, Joni Mitchell avait quitté le monde de la musique pour poursuivre son travail de plasticienne, lasse et désabusée par le devenir de l’industrie du disque et les dérives de notre monde. Ce qui devait être son ultime album, Travelogue, sonnait comme une grave rétrospective de sa carrière et un testament symphonique.

Joni Mitchell est de retour en 2007 et une étoile scintille à nouveau comme un appel à l’intelligence pour changer le monde : Let your little light shine !

La chanteuse canadienne a construit un parcours unique en glissant de l’univers de la folk music à la nébuleuse du jazz. 1976 fut une année décisive avec l’engagement dans son groupe d’un jeune bassiste nommé Jaco Pastorius. Heijira, l’album du passage, fut unanimement salué par la critique et reste un disque historique et inclassable, à l’épreuve du temps. Aujourd’hui, Joni partage sa vie entre la Californie où elle travaille en tant que peintre et photographe et la Colombie-Britannique où elle se ressource.

Joni Mitchell - « Shine » -  voir en grand cette image
Joni Mitchell - « Shine »
Hear Music / Universal 2007

Shine comporte neuf compositions nouvelles et la reprise de Big Yellow Taxi, son tube de l’époque Woodstock. Ce retour est une nouvelle rupture douce avec les albums précédents. Ici, pas d’orchestre symphonique, pas de chœurs comme dans Both Sides Now (2000) ou Travelogue (2002) mais une petite formation, sous la direction artistique du bassiste Larry Klein. Les arrangements jouent sur des alliages de timbres séduisants où l’on remarque les saxophones de Bob Sheppard et une utilisation intéressante de nappes électroniques boisées ou flûtées. Surprise encore, d’entrée de jeu, puisque One week last summer est un instrumental concertant basé sur une ligne de piano avec les caractéristiques d’une ouverture « classique » puisqu’on y retrouve, semble-t-il, l’évocation de quelques thèmes de l’album.

Ce retour de Joni Mitchell est porté par la volonté sincère de faire à nouveau entendre sa voix, ses textes, cette poésie personnelle chargée de références au devenir du monde. Il faut donc se réjouir car Shine n’est sans doute pas son album le plus fort mais c’est un écrin dans lequel brillent quelques bijoux comme If I Had a Heart, Shine, ou Night of the Iguana, plus pop-rock, dans la veine de l’album Wild Things Run Fast(1982).

L’oiseau noir et or d’Heijira s’envole à nouveau vers la lumière : la vie est belle !

Depuis belle lurette, Herbie Hancock ne compose plus pour ses formations « jazz ». Il se consacre avant tout à des travaux thématiques sur des reprises qui aboutissent à quelques productions souvent remarquées, voire remarquables. Ainsi, après New Standards et Gershwin World à la fin des années 90, Possibilities en 2005, (super)productions avec un casting de luxe, il nous propose en 2007 un hommage à Joni Mitchell, témoignage d’une longue amitié : « River, the Joni Letters ». Les itinéraires musicaux du pianiste et de la chanteuse se sont souvent croisés, Herbie jouant pour Joni, Joni chantant pour Herbie (deux titres de Gershwin’s World, par exemple...). Cette fois, le pianiste a rassemblé un quintet top-niveau qui se permet de prendre ses aises sur huit compositions de Joni Mitchell auxquelles s’ajoutent une version libre et nébuleuse de Nefertiti, la composition de Wayne Shorter, et Solitude du Duke (et compères).

Herbie Hancock - « River, the Joni letters » -  voir en grand cette image
Herbie Hancock - « River, the Joni letters »
Verve / Universal 2007

Six voix distillent les textes de Joni Mitchell, chacune sur un titre. Ces interprétations des textes apportent une diversité au contenu de ce disque avec plus ou moins de bonheur. Joni Mitchell n’a aucune difficulté à se sentir chez elle, avec beaucoup de classe. Tina Turner séduit et surprend : on ne l’attendait pas aussi inspirée par les textes de Joni. On oubliera sans doute plus vite Norah Jones et Luciana Souza (son Amelia sonne copie appliquée de l’original). Restent la voix parlée de Leonard Cohen, grave et poignante en duo avec Hancock sur The Jungle Line et une découverte : Corinne Bailey Rae, jeune chanteuse anglaise qui illumine River.

Un disque équilibré, chaleureux et sensible. Sans doute un des disques les plus aboutis de ce pianiste polyvalent. Peut-être un des plus ouverts aussi à l’écoute de la spontanéité du discours. Wayne Shorter y est pour beaucoup : son souffle libre et inspiré survole cet hommage à leur muse et la guitare de Lionel Loueke est un modèle de subtilité discrète.

Deux disques à écouter sans hésitations ni réticence : la musique s’y épanouit pour notre plus grand plaisir.


> Joni Mitchell : « Shine » - Hearmusic - distribution Universal

Joni Mitchell : voix, guitare, piano / Bob Sheppard : saxophones / Greg Leisz : steel guitare / Larry Klein : basse / Brian Blade : batterie / + James Taylor : guitare sur Shine

Enregistré en 2007.

Compositions de Joni Mitchell.

1. One Week Last Summer / 2. This Place / 3. If I Had A Heart / 4. Hana / 5. Bad Dreams / 6. Big Yellow Taxi 2007 / 7. Night of the Iguana / 8. Strong and Wrong / 9. Shine / 10. If


> Herbie Hancock : « River : the Joni letters » - Verve - distribution Universal.

Herbie Hancock : piano / Wayne Shorter : saxophones ténor et soprano / Lionel Loueke : guitare / Vinnie Colaiuta : batterie / Norah Jones, Tina Turner, Corinne Bailey Rae, Joni Mitchell, Luciana Souza, Leonard Cohen : voix

Compositions de Joni Mitchell (sauf 7 & 9)

1.Court And Spark / 2. Edith And The Kingpin / 3. Both Sides Now / 4. River / 5. Sweet Bird / 6. The Tea Leaf Prophecy (Lay Down Your Arms) / 7. Solitude (Ellington-Mills) / 8. Amelia / 9. Nefertiti (Shorter) / 10. The Jungle Line


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