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Chez YOLK : Le Gros Cube VS Katerine & Bœspflug-Dagognet

Deux manières de traiter la rencontre : riches l’une et l’autre.

D 10 novembre 2007     H 18:27     A Thierry Giard    


Pierre Bœspflug - René Dagognet : « Matinale »

En 52’38, voilà un disque qui séduit sans lasser grâce à une connivence de chaque instant. Les duos piano-bugle, piano-trompette ne sont pas fréquents. La formule est exposée comme disent les grimpeurs : les cuivres ne supportent pas l’approximation ou la défaillance surtout dans des pièces écrites, souvent complexes, aux vires délicates comme sait les construire Pierre Bœspflug.

Pierre Bœspflug | René Dagognet - « Matinale » -  voir en grand cette image
Pierre Bœspflug | René Dagognet - « Matinale »
Label Yolk - Distribution Anticraft - octobre 2007

Matinale est un disque complexe mais jamais austère où alternent fraîcheur et gravité. A l’écoute, on comprend vite que ces deux musiciens discrets (et peu médiatisés !) se connaissent bien, leurs voix trouvent le juste équilibre comme en témoigne d’entrée Mister post-it, une danse poursuite à deux avec des points de rencontre sur une structure thématique brève et complexe qui ouvre la voie à l’improvisation. A ce jeu-là, René Dagognet s’affirme comme un trompettiste d’expérience et de grand talent (écouter la qualité des sons tenus dans CH7 par exemple...).

Comme peuvent l’évoquer le titre et la belle photo de pochette entre nuit et lumière, Matinale propose des climats paisibles et rêveurs mais la vivacité rythmique est toujours en éveil (le toucher de piano ferme et raffiné de Pierre Bœspflug très à l’aise dans le ternaire de Valse pour I et 7, Rue Bonfa). C’est un disque évidemment référé à l’univers du jazz (on y retrouve quelques fragments familiers) qui ne se donne pas de barrières revendiquant une liberté mesurée qui fait son charme.

Une très belle réalisation, qui laisse parler la musique sous des titres simples, poétiques ou énigmatiques. Un disque qui tire sa richesse et son raffinement d’une grande sobriété servie par deux instrumentistes de talent. Vivement conseillé !


> Pierre Bœspflug - René Dagognet : « Matinale » - Yolk J2029 - distribution Anticraft

Pierre Bœspflug : piano et compositions - René Dagognet : bugle et trompette

Enregistré au Studio 26 à Antibes les 11, 12 et 13 décembre 2006.

01. mister post-it (5’10) / 02. unisson (3’23) / 03. valse pour I (6’45) à Isabelle et Ines /
04. matinale (5’55) / 05. 7, rue bonfa (5’15) / 06. CH 7 (3’05) / 07. Banda Atjeh (6’29) / 08. 20 mn contre l’entropie (3’46) / 09. souffleur de rêves (4’26) / 10. spirale (4’08) / 11. t’as entendu ? (4’16)


Le Gros Cube VS Katerine : « Le Pax »

Quand une (nouvelle) star de la chanson pop déjantée rencontre un des big-bands les plus brillants de l’Hexagone, on peut s’interroger : pourquoi ce Pax apparemment contre nature ? Le mariage de la carpe et du lapin ?

on aime !
on aime !

Eh non ! Philippe Katerine (alias Katerine, rien à voir avec le guitariste belge !) n’est pas celui que vous croyez. Ce chanteur, que vous voyez peut-être permanenté, en collant et enroulé dans un boa rose est depuis toujours ouvert à bien des expériences. Cette confrontation avec le Gros Cube vient concrétiser des projets communs déjà anciens menés dans le creuset du jazz nantais : l’aire géographique du muscadet propose des alliages inattendus.

On se souvient de la création de ce projet dans sous le petit chapiteau du festival Jazz sur Lie en 2004 où le Gros Cube invitait plusieurs voix (Dgiz, Christophe Hiriart et Katerine) : impertinent, hétéroclite, passionnant et solidement construit.

Katerine VS Le Gros Cube - « Le Pax » -  voir en grand cette image
Katerine VS Le Gros Cube - « Le Pax »
Katerine et Alban Darche pour le label Yolk

Alban Darche est parvenu à concrétiser ce projet. Les deux lascars se sont pacifiquement paxés (pacsés ?) pour donner vie à un disque qui, pour être court [1] (huit titres, quatre chansons, quatre instrumentaux : équilibre mesuré !) n’en est que plus réjouissant : un petit bijou un rien clinquant, qui fourmille d’intelligence, de fantaisie... L’écriture est subtile, la poésie décalée et surréaliste. Cet alliage de la pop veloutée et du jazz vitaminé est une belle réussite... qui fera peut-être grincer les dents des puristes obtus, attendons voir ? Qu’ils écoutent bien l’arrangement d’Alban Darche pour Où je vais la nuit on y glisse d’une pop en velours vers une swinguante et audacieuse variation cuivrée. Belle leçon d’écriture : tout l’art de l’arrangeur !

Une fois relevé le voile d’un second degré bien sympathique, on retrouve l’identité du Gros Cube qui carbure à l’essence distillée par une brochette de musiciens qui a tout du all-stars « new-generation » (On y inclut le « vétéran » Jean-Louis Pommier !). Parmi eux, le trompettiste Geoffroy Tamisier se distingue ici avec trois compositions qui lient entre-elles les chansons de Katerine ainsi qu’un arrangement flottant et envoûtant sur la Chanson des jours bénis. Les solistes se régalent... En conclusion, la Compilation jazzistique de la plume d’Alban Darche est un peu le gros ruban de satin rose noué sur ce disque doux et corsé à la fois. On en redemande ! Tiens, je me remets mon chouchou : Le jardin botanique !


> Le Gros Cube VS Katerine : « Le Pax » - Label Yolk « Gang » J2030- distribution Anticraft

Alban Darche : arrangements, saxophones / Geoffroy Tamisier : arrangements,trompette / Sébastien Boisseau : contrebasse / Christophe Lavergne : batterie / Arnaud Roulin : synthétiseurs de sons / Sylvain Rifflet : saxophones, clarinettes / Matthieu Donarier : saxophones, clarinettes / François Ripoche : saxophones / Sylvain Rifflet : saxophones / Patrick Charnois : saxophone baryton / Laurent Blondiau : trompette / Airelle Besson : trompette / Jean Louis Pommier : trombone / Daniel Casimir : trombone / Gilles Coronado : guitare / Gilles Olivesi : son

01. Où Je Vais la Nuit / 02. Autour des Jardins Anglais / 03. Chanson des Jours Bénis / 04. Murmures / 05. Lost in Copenhagen / 06. Copenhague / 07. Le jardin botanique / 08. Compilation jazzistique


> Liens :


[1Ça, c’est plutôt une qualité... Combien de disques de plus d’une heure sont réellement passionnants de bout en bout ?