« Le jazz tisse sa toile... »
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Bill CARROTHERS trio à Caen le 11 novembre.

Le jazz, tout simplement...

D 13 novembre 2007     H 16:03     A Jacques Chesnel, Thierry Giard    


Le pianiste Bill Carrothers était de passage à Caen le 11 novembre, en concert, et le 12 pour une master-class avec les élèves du conservatoire.

Pour ce passionné d’histoire, auteur du remarquable Armistice 1918 paru en 2004 sur le label Sketch, ce fut l’occasion de donner un concert paisible, en cultivant l’art du trio avec un sens profond de la musique partagée.

Voici deux points de vue sur cet évènement, deux regards et deux écoutes assez convergentes pour relever la qualité de ce concert.

D’abord, un petit tour du côté de chez Glenn Gould pour l’apparence :
une chaise en lieu et place du traditionnel tabouret de piano, puis le pianiste arrivé ne salue pas, ôte ses chaussures et se chauffe les doigts, un peu de cinéma, brrrr, ça commence perplexe…

Bill Carrothers, Ben Street, Dré Pallemaerts -  voir en grand cette image
Bill Carrothers, Ben Street, Dré Pallemaerts
Caen - 11 novembre 2007 - Photo © CultureJazz

Beau répertoire surtout à mon goût en deuxième période… on reconnaît au passage quelques standards relookés façon Carrothers (phrasé contrasté : retenue ou expansion, pas trop de maniérisme à la Jarrett, toucher classieux, harmonies chatoyantes) dont un Moonlight Serenade popularisé par Glenn Miller et Dave, le crooner de variétoche. La rythmique est impeccable, le contrebassiste n’en fait pas trop (justesse, sonorité ronde) au contraire de l’impavide et rébarbatif batteur au demeurant excellent (tempo/solo)… On sait à la fin (vente de disques) que le trio fait la promo de son dernier album (Keep your sunny side up) sorti chez Pirouet, label germanique.

Bref, on ressort content avec quelques emballements pendant. Malgré la pluie, sur le conseil de Bill « je conserve mon côté ensoleillé ». C’est toujours ça de pris.

 :: :: Jacques Chesnel :: ::

P.S. : Bill Carrothers est un très bon pianiste, comme il y en actuellement tant d’autres. Il lui manque le signe distinctif des grands (comme Errol Garner, René Urtreger, Ahmad Jamal, Martial Solal, Cecil Taylor, Bill Evans, Keith Jarrett... parmi les plus récents) : l’identification immédiate, dès les premières notes, le premier accord, la première phrase. Ce n’est pas donné à tout le monde…

Carrothers, le feeling et la simplicité

Certains diront qu’il a travaillé à l’économie, qu’il n’a pas « mouillé la chemisette ». C’est que Bill Carrothers prend son temps. Il aime le temps, celui qui passe et laisse des traces (émouvant hommage à un ami disparu... il y a quatre ans, déjà... une pause de recueillement ému), les blessures de l’histoire (un concert le 11 novembre l’Armistice Day, pour lui, ça a un sens profond... la musique comme un hymne, les chansons des temps de guerre...), la superposition du temps linéaire, celui qui ne fait que passer et des repères du temps cyclique (Noël qui revient chaque année et qu’il évoque à travers une courte citation de « Douce nuit » : rappel de la chorale fantomatique et polyglotte qui traversait Armistice 1918...).

Bill Carrothers -  voir en grand cette image
Bill Carrothers
Caen - 11 novembre 2007 - Photo © CultureJazz

Ce qui frappe, séduit, surprend dans un tel concert, c’est que cette musique ne donne pas grand chose à voir mais tout à écouter. L’auditeur est actif mais jamais bousculé... Endormez-vous si vous voulez, ils ne viendront pas vous réveiller... La musique se tisse paisiblement sur des thèmes évoqués pour ouvrir aussitôt la voie à des échanges en trio. Club ou vaste auditorium, pas de différence ! On joue pour faire vivre la musique vivante et fugitive, pas pour offrir du spectacle.

Indiscutablement (et Jacques Chesnel le souligne), ces trois-là ont pour eux une maîtrise aboutie de leur art, une science de l’improvisation implicitement structurée qui n’a besoin que de quelques mots ou d’un signe furtif pour prendre vie et sens (à ce jeu là, Ben Street et Dré Pallemarts sont de sacrés partenaires !). Tout se construit devant le spectateur, dans la simplicité, avec souvent le silence en invité (savoir se taire, aussi !).

Bill Carrothers, Ben Street, Dré Pallemaerts -  voir en grand cette image
Bill Carrothers, Ben Street, Dré Pallemaerts
Caen - 11 novembre 2007 - Photo © CultureJazz

Certes, Bill Carrothers n’est ni Solal, ni Jarrett, ni Hancock, on ne le reconnaît sans doute pas dès le premier accord parce qu’il est capable de s’adapter aux contextes les plus divers tout en restant imperturbablement lui-même. C’est en cela qu’il est, à mon sens, incontournable dans le jazz d’aujourd’hui, en toute simplicité.

 :: :: Thierry Giard :: ::

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> Grand Auditorium du conservatoire de Caen, dimanche 11 novembre 2007 à 17 heures.

Bill Carrothers : piano / Ben Street : contrebasse / Dré Pallemaerts : batterie

> Liens :


> Jazz au conservatoire de Caen

> Ce concert est le premier d’une série de trois proposée cette saison au Conservatoire de Caen par Samuel Loviton et Thierry Lhiver. Une programmation de funambules, entre le jazz enraciné et les mouvances vives des musiques improvisées, en essayant de se trouver une place singulière dans l’ensemble des programmations de Basse-Normandie. Des rendez-vous qui stimulent les oreilles et l’intellect !

> Prochaines dates à noter :

  • vendredi 7 mars à 20H30 / grand auditorium : VU-TET (USA), le quartet de Cuong Vu, (trompette, membre par ailleurs du Pat Metheny Group !) avec Chris Speed, saxophone ténor et clarinette et, en première partie, RENZA BÔ (FR) avec le trompettiste Pierre Millet, une des formations phare du jazz bas-normand.

Ce concert est organisé dans le cadre de la 2e édition de l’opération Focus
Jazz, coordonnée par le Collectif Jazz de Basse-Normandie.

  • vendredi 16 mai à 20H30 / grand auditorium : TRIBU, quartet avec le tromboniste GEOFFROY DE MASURE + un invité.

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