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Raphaël IMBERT : un nouveau projet « Bach / Coltrane ».

Raphaël IMBERT PROJECT | BACH / COLTRANE

D 20 janvier 2008     H 15:28     A Jacques Chesnel    


Dans le communiqué de presse (fort documenté), on nous informe que : cet album s’inscrit dans le fil des recherches musicales de Raphaël Imbert, qui lui ont valu la distinction de la Villa Médicis hors les Murs pour ses travaux à New York sur le spirituel dans le Jazz. En établissant un lien musical et profond entre l’œuvre de J.S.Bach (1685-1750) et John Coltrane (1926-1967), Raphaël Imbert révèle les connivences qui n’ont pas seulement trait au swing intrinsèque partagé entre le Jazz et la Musique Baroque, mais qui démontrent aussi des racines communes, tant d’un point de vue historique que lyrique et émotionnel… R.I. propose donc de souligner les parentés spirituelles et musicales de Bach et Coltrane en suivant notamment la trame de la liturgie luthérienne, présente aussi bien dans le cantor que dans les negro-spirituals et les thèmes écrits par Coltrane…

Raphaël Imbert Project - « Bach Coltrane » -  voir en grand cette image
Raphaël Imbert Project - « Bach Coltrane »
Zig Zag Territoires - dist. Harmonia Mundi

Fort de ces considérations, on comprend pourquoi ce projet ne pouvait qu’intéresser ce label de musique classique ouvert au jazz (voir son catalogue).

J’avoue humblement qu’il m’est difficile de chroniquer une telle entreprise, éminemment louable certes, mais qui me pose problème : à part les pièces pour piano (Variations Goldberg) interprétées par Glenn Gould et les Six Suites pour violoncelle solo, la musique de Bach (incontestable premier génie de la musique européenne) ne me procure aucune émotion particulière, si ce n’est, parfois, un profond ennui... alors que je vénère Mozart dans les opéras et surtout les derniers concertos pour piano… et que, en règle plus générale, la Musique Baroque me laisse de glace…(je me pose des questions sur le swing intrinsèque !) alors que j’ai depuis toujours une admiration sans borne pour John Coltrane et la globalité de son œuvre, des débuts jusqu’à la fin, toutes périodes confondues. Or, il me semble que les rapports du saxophoniste avec sa recherche d’une musique universelle en offrande et remerciements, se manifestent surtout dans A Love Supreme, cette quête, cette ode merveilleuse de bruit et de fureur, de paix et d’amour d’une dimension spirituelle quasi mystique à un Dieu pour tous, affirmation musicale panthéiste.

Nous sommes loin de ce que disait de Bach le claveciniste André Pirro : profondément attaché à la religion évangéliste, il juge indispensable, pour l’édification des fidèles, que le texte religieux agisse sur eux dans sa plénitude et leur aille droit au cœur (dans « L’esthétique de Bach » paru en 1903). Cette « profession de foi » ne me semble pas du tout être celle de Coltrane, laquelle confine plus à un certain sens du sacré (sans exclusivité), à la spiritualité, plutôt qu’à la religion en tant que somme de croyances, dogmes et pratiques cultuelles monothéistes. Bien entendu, le Coltrane dont R.I. s’inspire n’est pas celui de Blue train, Giant steps ou My favorite things, mais bien celui de la dernière période avec et après A love supreme, l’œuvre emblématique de cette époque.

Pour qui entrera dans cet univers si particulier (ce qui n’est pas mon cas), les plages dans lesquelles s’exprime Raphaël Imbert aux saxophones ténor ou soprano ou bien encore à la clarinette basse démontrent à la fois son talent d’improvisateur et d’instrumentiste aux belles et franches sonorités… Reste que jusque là, à ma connaissance, personne n’avait osé tenter cette démarche, aussi louable et aboutie soit-elle, encore faudrait-il y trouver quelque intérêt, quelque plaisir… j’avoue que personnellement je n’ai rien ressenti de cela et je le regrette.


> RAPHAEL IMBERT PROJECT BACH / COLTRANE - zig-zag territoires ZZT 080101 - distribution Harmonia Mundi.

Raphaël Imbert (saxophones, clarinette basse, direction), André Rossi (orgue), Jean-Luc Di Fraya (percussion, voix), Michel Péres (contrebasse)
Quatuor Manfredi : Marie Béreau, Luigi Vecchioni (violons) Vinciane Béranger (alto), Christian Wolf (violoncelle), Gérard Lesne (chant) sur plage 15

1/ J.S.Bach – Art de la Fugue. 1er Contrepoint et improvisation de R.Imbert
2 – 5/ J.Coltrane – Crescent (part.2, 3, 4, 5)
6 – 7/ J.S.Bach - Concert pour clavier BWV 1056 (Largo et Improvisation)
8 – 9/ He nevuh said a mumbalin’ word (live)
10/ J.S.Bach – Fantaisie BWV 542 sol min /g min /g moll. André Rossi
11/ J.S.Bach – Messe BWV 232 si min /h min / h moll Crucifixus
12/ J.S.Bach – Art de la fugue, 9° contrepoint. Quatuor Manfredi
13 – 14/ J.Coltrane – Song of Praise / J.S.Bach – Jesus mein Freund BWV 227
15/ J.S.Bach – Cantate „Vergnügte Ruh, belieble Seelenlust“ BWV 170
16/ Improvisation sur B.A.C.H / J. Coltrane – The Father, the Son and the Holy Ghost
17/ M. Luther – Mit’ Fried und Freund’ ich fahr dahin
18/ J.Coltrane – Reverend King
19 – 20/ A.Rossi – Choral de Mi
21/ J.S.Bach – „O Welt, ich muss dich lassen“ BWV 45

Enregistrement à l’église Saint-André de Bouc Bel Air (Bouches-du Rhône). Orgue de Bouc Bel Air / Jean Daldosso (facteur d’orgues). Juillet 2007

Sur le recto de la pochette les patronymes BACH et COLTRANE sont superposés ; au recto, ils sont séparés par un trait vertical : BACH | COLTRANE.


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