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Charles LLOYD : l’anniversaire d’un maître.

Rabo de Nube, en quartet.

D 13 mars 2008     H 08:50     A Thierry Giard    


Charles Lloyd a 70 ans (le 15 mars 2008 exactement). A cette occasion, le label ECM publie l’enregistrement d’un concert datant de moins d’un an, autant dire l’actualité vive du saxophoniste, flûtiste, (r)assembleur de talents plutôt que leader.

Charles Lloyd fait souvent figure de sage, les pieds dans le jazz où il s’enracine solidement (les titres des thèmes en témoignent), la tête dans les nuages de sa pensée empreinte de philosophie et de certaine spiritualité mais toujours en phase avec le présent des musiques afro-américaines.

Charles Lloyd quartet - « Rabo de Nube » -  voir en grand cette image
Charles Lloyd quartet - « Rabo de Nube »
ECM 2053 - distribution Universal - mars 2008

Celui qui révéla un certain Keith Jarrett autrefois, qui reconnut très tôt le prodigieux talent du jeune Michel Petrucciani a toujours su s’entourer des pianistes qu’il fallait. Après la grande Geri Allen ces dernières années, il a fait appel à Jason Moran, un pianiste qui a dans les doigts une énergie héritée des grands pianistes historiques (James P. Johnson, Errol Garner, Monk, Cecil Taylor...) qu’il modèle à sa façon avec une science des accords fermes et des ponctuations incisives (l’introduction de La Colline de Monk en témoigne).

A l’écoute de ce disque, on est véritablement dans l’atmosphère des concerts de Charles Lloyd. Les contraintes du temps et de l’espace disparaissent et on se laisse emporter dans des thèmes longuement développés, du leitmotiv énergique de Promotheus en ouverture jusqu’à la ballade cubaine de Silvio Rodriguez Rabo de Nube. Si Lloyd privilégie le ténor (dont il reste un des grands maîtres), il sollicite aussi la flûte alto et sa sonorité feutrée dans Bookers Garden pour lancer le piano de Moran (belle finesse !). La parenthèse orientalisante de Ramanujan au tarogato [1] serait la plage la moins convaincante sans Jason Moran qui transcende le thème dans un solo exemplaire avec l’appui de la rythmique Rogers / Hartland, excellente tout au long du disque.

Rabo de Nube s’avère tout aussi indispensable que les productions précédentes de Charles Lloyd. On pourra sans doute dire ici et là qu’il se complaît dans son univers sans prise de risques mais c’est sans doute qu’il n’a plus rien à prouver sinon qu’il est bien un des gardiens du jazz fondamental et vivant.


> Charles Lloyd quartet : « Rabo de Nube » - ECM 2053 - distribution Universal

  • Charles Lloyd : saxophone ténor, flûte alto, tarogato
  • Jason Moran : piano
  • Reuben Rogers : contrebasse
  • Eric Harland : batterie, percussions

Compositions de Charles Lloyd sauf 7.

1.Prometheus / 2.Migration of Spirit / 3.Booker’s Garden / 4.Ramanujan / 5.La Colline de Monk / 6.Sweet Georgia Bright / 7.Rabo de Nube (Silvio Rodríguez)

Enregistré en concert à Bâle en avril 2007


> Liens :


[1instrument à anche simple, en bois, de Turquie.

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