« Le jazz tisse sa toile... »
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CHET, « l’oiseau âme »

Zéno Bianu publie un recueil de poèmes consacrés à Chet Baker

D 26 mars 2008     H 21:43     A Yves Dorison    


Rares sont les poètes qui offrent au jazz un vers, une strophe. Zeno Bianu, lui, consacre un recueil entier à Chet Baker. A l’évidence imprégné par la musique du trompettiste, le poète le fait, tout au long du texte, parler à la première personne. Cette identification de l’un à l’autre crée la surprise, sans provoquer là gêne. L’écriture de Zéno Bianu semble avoir suffisamment assimilé le jeu de Chet Baker, sa voix aussi, pour oser le « je ». On pénètre de la sorte, dès les premières pages, dans une intimité dichotomique, entre jazz et toxicomanie. Chet Baker était, ou n’était pas, un ange. C’est selon. Lui seul savait, portait sa vérité et, comme chacun, l’a enterrée avec son dernier souffle.

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Zéno Bianu expose dans son recueil les fêlures d’un individu dont la carrière fut comme une exception entre celles d’autres jazzmen (il suffit de nommer Miles, Clifford Brown, Gillespie, Donald Byrd, Freddie Hubbard... la liste n’est pas exhaustive). Exception donc, par son inventivité d’abord, puis par le creusement d’un sillon sans trêve approfondi. Différente également par les cahots que lui infligèrent la toxicodépendance et, sur la fin, par la relative équanimité que lui donna l’Europe à laquelle il offrit une mort mythique un vendredi 13, il y a vingt ans cette année.

Légendaire de son vivant, par ses frasques autant que par ses qualités musicales, il conserve aujourd’hui un statut que bien des morts lui envient... Une chance pour ceux qui le découvrent seulement. Zéno Bianu fait œuvre de poète et, en toute liberté, éclaire, recrée le parcours intérieur d’un artiste qui fut poétique jusqu’au bout des notes. On ne juge pas les gens, on ne juge que des faits. Il est un fait que Chet Baker a illuminé de sa présence musicale quelques décennies du siècle dernier. Nous lui en sommes reconnaissants.


>CHET BAKER (DEPLORATION) - Editions Le Castor Astral - Préface d’Yves Buin - (13 €)

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