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Dox & Gaël Horrelou : jazz sur la dune !

D 31 mars 2008     H 22:37     A    


Samedi 29 mars, au restaurant de plage « La Cale » à Blainville-sur Mer se produisait l’excellent trio Dox du saxophoniste Nicolas Leneveu (avec Jean-Benoît Culot, batterie et Bastien Lambert, contrebasse).

Le leader avait invité pour cette occasion le saxophoniste alto Gaël Horrelou.

Celui-ci nous a offert ce soir là une prestation que je ne suis pas près d’oublier.
Nous sommes là manifestement en présence d’un prodige. Un musicien exceptionnel qui nous a offert, comme il en a apparemment l’habitude, un moment d’une très grande intensité auquel le public, averti ou non, ne pouvait rester insensible.

DOX & Gaël Horrelou  -  voir en grand cette image
DOX & Gaël Horrelou
à Saint-Lô en novembre 2007 - Photo © Christian Ducasse

Technique époustouflante, science très approfondie de l’harmonie, ce diable d’homme développe sans limites un langage directement hérité de deux maîtres, Charlie Parker et John Coltrane, qu’il semble avoir étudiés sans rien omettre et dont il se serait donné pour objectif, au-delà de transmettre l’héritage, de poursuivre les œuvres en en réalisant une synthèse. Ceci s’illustre jusque dans la sonorité magnifique qu’il tire de ce saxophone alto, instrument parkerien, avec lequel il évoque souvent celle du John Coltrane illuminé des dernières années au soprano.

Développements et superpositions d’accords, polytonalités, arpèges vertigineux et gammes s’enchainent avec toujours un sens mélodique et expressif qui captive immanquablement, le tout servi avec un swing à couper le souffle, une maitrise et une inventivité rythmique sans faille, une énergie et un enthousiasme qui semblent inépuisables.

Ainsi, le dernier set terminé, ses compères ayant quitté la scène, il continua à jouer seul, comme emporté par une transe, ou tout simplement parce-que, ce soir là, il avait encore beaucoup à dire. Il l’affirma avec tant de conviction qu’au bout de quelques minutes, le batteur et le contrebassiste ne purent faire autrement que de reprendre du service et l’accompagner avec un plaisir évident et un talent servant très efficacement l’extraordinaire soliste.

Le jeune et très talentueux saxophoniste ténor Nicolas Leneveu, resté un peu en retrait face à un tel phénomène, bénéficia en plus, une fois apaisée la frénésie de jouer de l’altiste, de conseils éclairés de son aîné qui exhiba un carnet de notes griffonné, commentant avec générosité quelques subtilités du système harmonique qu’il développe dans ses improvisations et dont tout un chacun put constater ainsi qu’il est le fruit non seulement d’un travail acharné mais aussi d’une constante réflexion.

J’eus vraiment l’impression ce samedi soir de grand vent, dans ce bistrot de plage fort sympathique au décor atemporel où les clients mangeaient des moules-frites et où l’on fit passer une soupière dans l’assistance pour récolter quelque argent pour les musiciens, de vivre un instant musical exceptionnel ancré très profondément dans les racines lointaines du jazz le plus authentique.

Jean-Pierre Poirier