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François CORNELOUP « Next » : la fusion rêvée !

« Next » : nouvelle formation du saxophoniste et titre d’un album fulgurant !

D 6 juin 2008     H 09:53     A Thierry Giard    


On peut légitimement se méfier des assemblages intercontinentaux, ces cautions américaines recherchées par des européens en quête d’Eldorado... Sauf dans le cas où cet assemblage est initié par un élément aussi fédérateur que Jean Rochard. Le producteur français a un pied dans le Minnesota depuis pas mal de temps. Il y connaît les musiciens du cru et y invite ses amis de France et d’ailleurs, tout particulièrement dans le cadre du festival Minnesota sur Seine qu’il co-organise chaque année à Minneapolis. [1]

on aime !
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C’est ainsi qu’est né ce nouveau groupe, Next, fruit de rencontres mûries à l’épreuve de la musique vécue. François Corneloup, saxophoniste baryton et soprano, improvisateur et (de plus en plus) compositeur et Dominique Pifarély, son compère violoniste ont combiné leurs voix qui s’associent depuis longtemps (en duo...) à un trio rythmique aussi subtile que félin.

François Corneloup - « Next » -  voir en grand cette image
François Corneloup - « Next »
Hope Street / Nato - distribution Nocturne - 2008

Osera-t-on le dire ? Depuis Weather Report, nous n’aurons guère entendu de formations alliant aussi parfaitement et naturellement l’acoustique et l’électrique, sans pesanteur et dans un esprit de grande liberté. D’ailleurs, Dominique Pifarély y est transfiguré, au bord d’une transe jubilatoire, porté par la pulsation du groupe (un exemple : son chorus sur Cease Fire). François Corneloup affirme totalement sa personnalité : derrière une apparente sérénité, il cache un bouillonnement créatif qui transparaît dans ses interventions en soliste. Sa sonorité au saxophone baryton renforce par ailleurs les couleurs contrastées de sa musique faite de séquences où le groove [2] est très présent entre moments de tension vive et atmosphères plus « cool » et déliées. Les compositions de François Corneloup ne sont jamais simplistes comme en témoigne la structure complexe d’Iguana Crossing qui semble inspirer Dean Magraw, un guitariste dont il faut retenir le nom ! On notera un hommage délicat à Barbara avec une interprétation de Seule qui fait contraster le chant du baryton avec errances free de D. Pifarély et JT Bates.

Point commun entre ce disque et le dernier album de Michel Portal (Birdwatcher avec le même producteur !), le batteur JT Bates est impressionnant de bout en bout. Il sait allier la précision métronomique et la frappe des bons batteurs de rock à la finesse et à l’inventivité de ses « jazz-drummers » de référence (son jeu de cymbales sur Color beginning est saisissant). Dans Homeless Hymn, il propulse le bassiste Chico Huff dans un solo brillant avant que le baryton feutré de François Corneloup ne fasse monter une tension mesurée. C’est tout simplement magique !

Après la découverte de cette formation sur scène lors de l’Europa Jazz 2008 au Mans, l’écoute de ce disque conforte de belle manière tout l’enthousiasme ressenti lors du concert.

Alors, n’attendez pas le prochain disque : « Next » est là ! Grâce à François Corneloup, leader d’une vraie équipe, un avenir possible du jazz est devant nous.


> François Corneloup : « Next » - Hope Street / Nato HS 10068 - distribution Nocturne.

NB : ce disque a été mis en vente sur internet depuis le 10 mai 2008 - Chez votre disquaire à partir du le 22 septembre 2008

François Corneloup : saxophones baryton et soprano, compositions sauf 6 / Dominique Pifarély : violon / Dean Magraw : guitare / Chico Huff : basse / JT Bates : batterie

1 - Next door / 2 - Tinguelyness / 3 - Luz entre deux eaux / 4 - Cease fire / 5 - Iguana crossing / 6 - Seule (Barbara) / 7 - Homeless hymn / 8 - Colour beginning / 9 - French walker at Wounded Knee

Enregistré à Minneapolis en 2008.


> Liens :


[1Le groupe « Ursus Minor » avec le pianiste anglais Tony Hymas et... François Corneloup est aussi une illustration exemplaire d’association réussie entre Europe et USA.

[2Ce terme est aujourd’hui un peu galvaudé. Il s’agit bien là d’une pulsation ondulante, qui « balance » avec finesse et non d’un battement lourd qui secoue l’auditeur !

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