« Le jazz tisse sa toile... »
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Django BATES : une tornade multicolore.

« Spring is here (Shall we dance ?) »

D 7 juillet 2008     H 23:18     A Thierry Giard    


Les danois ont compris depuis longtemps, à la différence de bien d’autres (suivez mon regard « hexagonal » !) que Django Bates est un musicien exceptionnel. C’est ainsi qu’après lui avoir attribué le prestigieux Jazzpar Prize en 1997, l’avoir fréquemment invité pour divers projets, ils lui ont proposé en 2005 un poste de professeur au Conservatoire de Musique Rythmique de Copenhague [1] . Cette nouvelle fonction ne semble pas entamer la créativité débordante du pianiste et compositeur britannique comme en témoigne ce nouvel album qui vient tout juste de paraître sur le label Lost Marble.

on aime !
on aime !

« Spring is here (shall we dance ?) », dans ce titre, la parenthèse est essentielle car ce nouvel album est bien une invitation à la danse comme expression de la liberté. Sortons des carcans, de l’ordre établi, des routines, du troupeau... (Sheep) ! C’est le message qu’adresse ce compositeur hors-normes en invoquant l’éclosion (l’explosion) du printemps.

Voilà donc un des disques les plus débridés, décomplexés, « déjantés » qu’il nous ait été donné d’entendre depuis des lustres. Un des plus joyeux aussi ! On sort des turbulences de notre époque sombre (la tornade sur la pochette est chargée de symboles) pour courir vers la lumière... et l’espoir d’un monde nouveau (les éoliennes... également sur la pochette), les images bucoliques et les voix qui colorent ce disque d’un bout à l’autre.

Django Bates - « Spring is here... (shall we dance) » -  voir en grand cette image
Django Bates - « Spring is here... (shall we dance) »
Lost Marble 003 - juin 2008 - www.djangobates.co.uk

Pour ce nouvel album, le professeur Bates a fait appel aux forces vives du jeune jazz danois réunies dans un big-band turbulent intitulé StoRMChaser [2]. On retrouve à leurs côtés la vocaliste suédoise Josephine Lindstrand, fidèle des projets de Django Bates (très présente sur « You live and learn (apparently) » en 2004). Le répertoire regroupe pour moitié des compositions datant d’une dizaine d’années et des compositions récentes mais l’ensemble a été (ré)arrangé pour cette formation et sonne on ne peut plus neuf !

Le jazz, dans tout ça, est bel et bien présent même si les chansons pleines d’humour très british, le chœur Som en Sten a capella (à deux reprises) ou les collages à la Charles Ives (The right to smile) contribuent à brouiller les pistes. Spring est discrètement dédié à Don Cherry, période « Multikulti ». C’est un grand rayon de soleil dans le flamboiement des cuivres et des voix. Something Less Soothing s’ouvre sur la voix enregistrée de Tim Berne et se prolonge sur un arrangement savamment déconstruit / reconstruit que le saxophoniste adorerait...

Django Bates ne s’interdit rien, ose toujours et emmène sa joyeuse bande sur des chemins bigarrés, entre ruptures, contrastes, assemblages loufoques avec une science de l’arrangement au service d’une écriture unique. Les solistes, en particulier les saxophonistes Anders Barst et Marius Neset surfent avec beaucoup d’aisance dans les dédales de cette musique très ludique.

On pourra objecter que les assemblages d’hymnes nationaux de The Right to Smile, c’est déjà du connu (Carla Bley l’a fait, avant)... mais pas de cette façon et avec cette symbolique fédératrice puisque c’est l’Hymne à La Joie (9ème symphonie de Beethoven), autrement dit l’hymne européen qui émerge d’un collage disparate... On pourra aussi ironiser sur les chansons « pop » comme Fire Brigade qui, pourtant parvient très vite à « allumer le feu » ou May Day qui porte toute la vitalité du printemps.

L’album s’achève sur un hommage aux moutons (Sheep) si semblables et si différents, si anodins, pas très beaux mais si utiles pour tenir chaud... et même pour s’endormir en les comptant... Une chose est certaine : vous ne vous endormirez pas en écoutant ce disque vraiment extraordinaire.


> Django Bates : "Spring is here (shall we dance ?) - Lost Marble 003 - à commander sur www.djangobates.co.uk

Django Bates : claviers, tuba ténor, vocal, compositions, arrangements, direction

avec « StoRMChaser » :

Julie Kjaer : flûte, piccolo / Bo Skjold Christensen, Clars Anders Barst : saxophones soprano et alto / Aske Drasbek : sax alto / Marius Neset : sax ténor/ Martin Stender : sax ténor et flûte / Johan Bylling Lang : sax baryton / Lars Søberg Andersen, Jimmy Nyborg : trompette / Ulrik Kofded : cor / Kevin Christensen : trombone / Andre Jensen : trombone basse / Daniel Herskedal : tuba / Josephine Lindstrand, Elena Setién Yeregui : voix / Christian Bluhme : guitare / Peter Eloh : basse / Nikkel Schnettler : percussions / Anton Eger : batterie

avec également Som en Sten (chœur dans Early Bloomer et Evening Primrose) : Elena Steién, Josephine Linstrand, Carla Bryld, Sofia Feuer, Lil Lacy, Stefan Werner, Django Bates, Myk Thybo et Jacob Andersson.

01. Spring / 02. Turning twenty / 03. May Day / 04. The right to smile / 05. Early Bloomer / 06. Fire brigade / 07. Subjective hooks / 08. Something less Soothing / 09. Evening Primrose / 10. Sheep

Produit par Django Bates et Andrew Mudrock. Enregistré au RMC (Rhythmic Music Conservatory) de Copenhague.

(NB : Achetez ce disque -aussi- pour sa pochette qui, comme toujours chez Django Bates fourmille de petits trésors à découvrir !)


> Liens :


[1Rhythmic Music Conservatory de Copenhague, en danois : Rytmisk Musikkonservatorium.

[2Les trois lettres RMC pour Rhythmic Music Conservatory (Conservatoire des musiques actuelles de Copenhague)

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