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BRUGES : festival 2008 (épisode 3)

Ce samedi, c’est braderie

D 9 octobre 2008     H 19:11     A Alain Gauthier    


Ce samedi, c’est braderie. Entre Mont-Saint-Michel et Montmartre, entre vide-grenier et brocante de rentrée. Un mélange de touristes ( beaucoup de panthères grises au fort pouvoir d’achat ) et de gens du crus ( oh !! une contrepèterie... ) sortis en famille, de couples en calèche se la jouant romantiques et de couples se la jouant en calèches romantiques. Bruges un samedi.

Et le festival qui se poursuit avec le concert de midi. Aujourd’hui le duo Louis SCLAVIS ( clarinette base et sax soprano ) et Francesco BEARZATTI, sax ténor et clarinette si b.
À nouveau, un concert magnifique, subjuguant, passionnant, épatant...

Louis Sclavis. -  voir en grand cette image
Louis Sclavis.
Photo © Yves Dorison

À partir de thèmes dont la simple exposition relève d’une ahurissante maîtrise instrumentale et rythmique ( ces deux lascars poussent même l’exigence jusqu’à recommencer un thème qu’ils ont un peu foiré ), ils nous donnent à entendre ce qui coule de leur doigts, de leurs lèvres et même des becs ôtés de l’instrument.

Ils ont l’air étonné et rigolard au terme de l’un ou l’autre des thèmes interprétés, comme s’ils s’étaient surpris par de l’inattendu ou de l’inouï.

Il me vient, en les écoutant, deux idées sottes et grenues :

d’abord, quel est l’impact du format d’une salle sur le jeu des musiciens, la réception de leur musique par le public, l’influence mutuelle public-musiciens ? Nous sommes 150 dans cette salle du musée et tout est partagé : un souffle, un regard, un geste de l’un ou de l’autre, le bruit d’une chaise, le cri enthousiaste d’un auditeur ( ahhhhh !!! ), le gloussement de plaisir d’un voisin.

Idem pour la salle du premier concert du soir.

Mais la grande salle de concert, comme celle de la cité de la Musique à la Villette, transforme l’auditeur en un lointain consommateur.
Ensuite, j’imagine un classement des groupes entendus ici ou là, quelque chose comme :
incontournable, c-à-d à voir et entendre sans hésitation aucune, on n’est jamais déçu,
à découvrir, c-à-d propice à secouer les routines et les certitudes musicales, à réjouir et/ou énerver voire à insupporter,

vaut un large détour, c-à-d erreur de casting ou daube absolue ( mes excuses à la daube), comme ce trio, près du bar, qui a exécuté « La fille d’Ipanema » plus sûrement qu’un coup de rasoir en travers de la gorge.

Alexander Von Schlippenbach Quintet -  voir en grand cette image
Alexander Von Schlippenbach Quintet
Le Mans - 13 mai 2007 - Photo © Culturejazz

Le soir, fort de cette ébauche de classement, je ne retiens que deux prestations : Alexander VON SCHLIPPENBACH MONK’S CASINO et Louis SCLAVIS BIG SLAM NAPOLI.

Le premier groupe composé de Alexander VON SCHLIPPENBACH, piano, Axel DÖRNER, trompette, Rudi MAHALL, clarinette base, Jan RODER, contrebasse et Uli JENNESSEN, batterie, nous offre une relecture des pièces de Monk qui s’avère aussi nouvelle aujourd’hui que Monk le fut en son temps. Faute de chronomètre, impossible de mesurer la durée des morceaux dont la légende dit que Monk les jouait et les rejouait au même tempo à la seconde près. Le son est une nouvelle fois mal traité et les auditeurs maltraités. Impossible d’entendre le pianiste, ce qui est un comble pour un programme dédié à Monk. Un musicien sort du lot par le haut, le clarinettiste basse : allumé, inspiré, facétieux, albertaylerien.

Hasse Poulsen, guitare... -  voir en grand cette image
Hasse Poulsen, guitare...
Ici, à Vannes, en août 2008.

Le groupe de SCLAVIS, lui aux clarinettes et sax soprano, Francesco BEARZATTI, invité du soir, sax ténor, Paul BROUSSEAU aux claviers, Vincent COURTOIS, violoncelle, Hasse POULSEN, aux guitares, DGIZ, rap et slam, François MERVILLE, batterie, termine la soirée. Il convient de saluer tout de suite le professionnalisme du groupe. Est présenté l’ingénieur du son ( membre à part entière de l’orchestre ? ) à qui l’on doit enfin un son impeccable [1] , digne de cette immense salle, réservant à tous et à chacun équilibre des volumes sonores et mise en valeur lors des soli. Le set est superbe : BEARZATTI déchaîné en duettiste avec DGIZ, lui-même maître des mots, BROUSSEAU nourrissant son synthé des sons bizarres tirés de ses petites machines à sampler et triturer, COURTOIS avec un cello digne d’un concert de rock sous acide, POULSEN jouant de la guitare acoustique !!, MERVILLE et sa force de frappe et SCLAVIS, qui est SCLAVIS qui est SCLAVIS qui est ... inénarrable.

( à suivre...)


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[1Normal, sauf erreur, il doit s’agir de Gérard de Haro, le magicien du son des Studios la Buissonne ! NDLR