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SUN en quartette, RA en Big Band…

Quatre disques distribués par Orkhêstra.

D 15 octobre 2008     H 19:31     A Jean Buzelin    


Au tournant des années 1977-78, Sun Ra se trouve fréquemment en Italie. Un « Piano Recital » en solo est notamment enregistré au théâtre La Fenice de Venise le 24 novembre 77 (Leo/Golden Years GY 21), et plusieurs séances en studio sont organisées entre le 8 et le 13 janvier 78 à Rome, qui donnent naissance à deux albums doubles Horo, jamais réédités en CD à notre connaissance. Ces disques sont enregistrés exceptionnellement en quartette, et c’est avec les mêmes musiciens (John Gilmore, Michael Ray et Luqman Ali) qu’il donne un concert à Milan le 23 janvier. Des extraits en furent publiés à l’époque sur un rare 33 tours Saturn (la marque de Sun Ra) intitulé « Disco 3000 ». Grâce au tout nouveau label anglais Art Yard, voici ce concert dans son intégralité. Enregistrées sans doute à la même époque, d’autres pièces, soit live, soit en studio, composent « Media Dreams ». Certaines avaient été éditées également par Sun Ra sur les albums « Media Dreams » et « Sound Mirror », pressés au compte-gouttes, ceci pour les discographes sunophiles qui en perdent parfois leur latin !

Sur le même label, et réédités cette fois à l’identique, suivent deux autres rarissimes albums réalisés aux Etats-Unis en 1979, cette fois en grand orchestre. Intéressants à plus d’un titre, ils présentent des compositions originales peu ou pas jouées en concert — les disques live sont nombreux à partir de cette époque et présentent souvent les mêmes morceaux.— et qui renvoient, par certains côtés, à la période pré-free de la carrière de Sun Ra.

Sun Ra : « Disco 3000 »

Sun Ra : « Disco 3000 » -  voir en grand cette image
Sun Ra : « Disco 3000 »
Label Art Yard / Orkhêstra

> Art Yard CD001

Pour qui connaît les noms “spatiaux et intergalactiques“ dont sont baptisées les compositions de Sun Ra, Disco 3000 est un titre surprenant ! En pleine mode de cette musique de danse “fabriquée“, il fait mine d’en adopter les rythmes répétitifs pour poser la question de l’abâtardissement de la musique populaire noire dans une longue suite de 26 minutes. Avec ses claviers et synthétiseurs qu’il maîtrise admirablement, il brasse, organise — et désorganise — une masse musicale considérable, travaillant la matière sonore et allumant des explosions cosmiques d’une incroyable liberté. Il se présente dans une formation inédite, un quartette singulier qui comprend le fidèle John Gilmore au ténor qui développe quelques improvisations admirables, le trompettiste Michael Ray, aux envolées stratosphériques, que l’on retrouvera souvent en figure de proue de l’Arkestra, et le batteur Luqman Ali, qui ne restera que quelques années dans le giron saturnien.

Sun Ra : « Media Dreams »

Sun Ra : « Media Dreams » -  voir en grand cette image
Sun Ra : « Media Dreams »
Label Art Yard / Orkhêstra

> Art Yard CD002

Cet album, qui se présente comme le petit frère du précédent, procède de la même démarche même s’il n’en a pas l’unité temporelle : rythmes en boucle (Constellation), improvisations généreuses, entre autres deux solos intégraux de Gilmore absolument renversants, mais aussi morceaux de jazz plus “classiques“, ballades et “spécialités“ comme l’inévitable Space is The Place chanté. Comme Duke Ellington dans des formules réduites similaires, Sun Ra reste un orchestrateur, en petite formation comme en solo. S’il ne possède pas tout à fait la densité de « Disco 3000 » qu’il me semble nécessaire d’acquérir en premier, cet album, qui comprend également deux CD, en est un bon complément.

Sun Ra & His Solar Arkestra : « On Jupiter »

Sun Ra & His Solar Arkestra : « On Jupiter » -  voir en grand cette image
Sun Ra & His Solar Arkestra : « On Jupiter »
Label Art Yard / Orkhêstra

> Art Yard CD004

Une première pièce, courte, se présente avec ce déhanchement typique des rythmes de Sun Ra, cette “légèreté de l’éléphant“ ou cette démarche chaloupée du dromadaire qui parcourt le désert égyptien auquel se réfère toujours le compositeur. Suit une pièce qui nous replonge dans une ambiance très funky assez inhabituelle, avec des rythmes très marqués, de multiples effets sonores, voix mêlées en arrière-fond, dignes d’Isaac Hayes, et des solos gorgés de soul de ténor, trompette et guitare électrique. Le personnel est au complet dans la longue pièce d’atmosphère qui suit, sorte de concerto de piano sur un fond sonore mouvant d’où se distinguent le basson et le hautbois ; le tempo est plus lent, la rythmique plus complexe et tout se termine par une improvisation collective. Un disque qui, s’il ne figure pas parmi les réalisations majeures de l’œuvre de Sun Ra, est attachant et très accessible d’écoute.

Sun Ra & His Intergalactic Myth Science Solar Arkestra : « Sleeping Beauty »

Sun Ra & His Intergalactic Myth Science Solar Arkestra : « Sleeping Beauty » -  voir en grand cette image
Sun Ra & His Intergalactic Myth Science Solar Arkestra : « Sleeping Beauty »
Label Art Yard / Orkhêstra

> Art Yard CD003

Dans le même esprit, mais avec une palette sonore plus large, ce second disque enregistré à la même époque joue, tout au long des trois pièces, de longueur voisine cette fois et de tempos essentiellement mi-lents, sur l’alliage des instruments et les timbres variés : vibraphone, piano électrique, flûte, etc. À nouveau les chœurs sont intégrés avec les sections instrumentales, et les solos sont également réservés aux ténor (Gilmore), trompette (Ray) et guitare. Plus ambitieux que l’album précédent, celui-ci ne possède peut-être pas la même fraîcheur. Cela dit, l’un comme l’autre méritent largement d’être (re)découverts, car ils tranchent assez sensiblement sur une production qui, à l’orée des années 80, commence à vivre sur son passé. Mais on peut en dire autant de Basie ou d’Ellington !

> Ces albums sont distribués par Orkhêstra

> Sun Ra : « Disco 3000 » - Art Yard CD001

Sun Ra (p, o, Moog synth, rhythm machine, voc), Michael Ray (tp, voc), John Gilmore (ts, dm, voc), Luqman Ali (dm, voc).

CD1 : 1.Disco 3000 / 2.Sun of The Cosmos / 3. Echos of The World / 4. Geminiology / 5. Sky Blues / 6. Friendly Galaxy.

CD2 : 1. Third Planet / 2. Dance of The Cosmo Aliens / 3. Spontaneous Simplicity / 4. Images / 5. When There is no Sun / 6. We Travel The Spaceways.

Enregistré à Milan, le 23 janvier 1978.


> Sun Ra : « Media Dreams » - Art Yard CD002

Personnel identique.

CD1 : 1. Saturn Research / 2. Constellation / 3. Yera of The Sun / 4. Media Dreams / 5. Twigs at Twilight / 6. An Unbeknoweth Love.

CD2 : Friendly Galaxy / 2. An Unbeknoweth Love / 3. Of Other Tomorrows Never Known / 4. Images / 5. The Truth About Planet Earth / 6. Space is The Place / 7. The Shadow World.

Enregistré en Italie, probablement en janvier 1978.


> Sun Ra & His Solar Arkestra : « On Jupiter » - Art Yard CD004

Personnel collectif : Michael Ray, Eddie Gale (tp), Marshall Allen (as, fl, oboe), John Gilmore (ts, perc, voc), Danny Thompson (bs, fl, perc), Julian Presley (bs), Eloe Omoe (bcl), James Jacson (basson, fl, perc), Sun Ra (p, elp, o, voc), Skeeter McFarland, Taylor Richardson (g), unknown (vln)(cello), Richard Williams (b), Steve Clark (elb), Luqman Ali, Samarai Celestial, Reg McDonald (dm), Ataukatune (perc), June Tyson (voc).

1. On Jupiter / 2. UFO / 3. Seductive Fantasy.

Enregistré probablement le 16 octobre 1979.


> Sun Ra & His Intergalactic Myth Science Solar Arkestra : « Sleeping Beauty » - Art Yard CD003

Id. + Walter Miller, Curt Pulliam (tp), Vincent Chancey (cor), Craig Harris, Tony Bethel (tb), Noel Scott (as, bs, perc), Hutch Jones (as, ts), Kenny Williams (ts, fl), Sylvester Baton (reeds), Eddie Thomas (dm), Harry Wilson, Damon Choice (vib), Stanley Morgan (conga), Rhoda Blount (voc) ;

  • Gale, Presley, McFarland, Celestial, vln & cello (personnel collectif).

1. Springtime Again / 2. Door of The Cosmos / 3. Sleeping Beauty.

Enregistré probablement le 1er novembre 1979.


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