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Martial, Andy et Antonio jouent du piano, avec brio.

Les derniers disques de M. Solal, A.Emler et A. Faraò

D 29 novembre 2008     H 12:08     A Thierry Giard    


Le même jour, le 6 novembre de cette année 2008, sortaient dans les bacs (comme on dit encore, pour combien de temps ?) les disques de trois pianistes et non des moindres : Martial Solal, Andy Emler et Antonio Faraò .

Ces trois fortes personnalités ont choisi des options différentes pour leur nouvelle production avec en point commun, le piano roi.

Martial Solal, en solo, ce n’est pas nouveau. Mais au Village Vanguard, c’est un peu plus exceptionnel non seulement pour notre octogénaire à l’humour si subtil mais aussi pour le légendaire club New-Yorkais : c’est la première fois qu’un disque en piano solo y est enregistré !

Andy Emler, 30 ans de moins, cultive un humour tout aussi vif que celui de Mr Solal et se montre, aussi à l’aise en solo qu’au sein de son Mégaoctet ou à la tête d’un orchestre beaucoup plus conséquent. Ces hommes là vivent la musique et l’aiment sans réserve...

Alors que, une fois de plus, Solal s’est exposé aux périls du solo live (il a l’assurance nécessaire pour s’en sortir sans séquelles !), Andy Emler, lui, est allé se recueillir au calme du Vaucluse dans les studios La Buissonne, chez le grand maître des consoles, Gérard de Haro. Oubliant un moment son travail au service de la joyeuse bande du Mégaoctet, il s’est livré, seul devant le piano, à une introspection « multipistes » en développant le solo par un travail de studio. Il s’agit, dit-il, d’une « œuvre orchestrale pour pianos multiples » conçue à partir du Steinway Grand Concert des studios La Buissonne, un instrument qui a désormais une sacrée réputation !

Le benjamin de cette sélection triangulaire est italien et il a choisi la formule du trio. Pas très singulier par les temps qui courent mais Antonio Faraò a de la ressource et des connaissances : culture musicale, cinématographique et des amis de renom. C’est avec André Céccarelli (batterie) et Dominique Di Piazza (basse électrique) qu’il a choisi de rendre un hommage très chaleureux, sensible et très expressif à Armando Trovajoli, compositeur, fin mélodiste qui a beaucoup travaillé pour le cinéma. Le titre « Woman’s Perfume », c’est le fameux « Parfum de femme » de Dino Risi, film marquant du cinéma italien (1974). Un disque très pianistique par un instrumentiste doué, volubile, charmeur, au jeu élégant et dansant : italien, quoi !

Il y a dix ans, Antonio Faraò accédait à la reconnaissance des maîtres : il remportait le concours... Martial Solal (on y revient !).


Martial Solal : « Live at the Village Vanguard - I can’t give you anything but love. »

Martial Solal : « Live at the Village Vanguard - I can't give you anything but love. » -  voir en grand cette image
Martial Solal : « Live at the Village Vanguard - I can’t give you anything but love. »
Cam Jazz / Harmonia Mundi - 2008

> Cam Jazz - CAMJ 7814-2

Le disque commence par un éclat de rire du public. Martial Solal, dans son anglais tiré à quatre épingles, a prévenu son auditoire de l’enregistrement du concert : Je devrai être bon ce soir, mais vous aussi car vous serez sur le disque !. Humour légendaire du pianiste aussi vif dans ses commentaires verbaux que dans ses jongleries musicales.

C’est ensuite la parade des standards, de Lover Man à Corcovado, ponctuée par deux opus « solaliens » : Centre de gravité, presque au milieu du disque et Ramage comme une cascade d’accords au joli plumage (chez Martial, la fontaine à musique ne tarit pas !).

On entend dire parfois qu’il n’y a pas d’émotion dans la musique de Solal : ce serait trop parfait, travaillé, technique ? On peut le percevoir ainsi mais l’auditeur peut aussi retirer un grand plaisir dans le jeu d’écoute stimulant jalonné de citations et de clins d’œil en tous genres.

Un disque détendu mais important par un grand musicien qui aurait mérité tout autant la scène du Carnegie Hall.


Andy Emler : « For Better Times »

Andy Emler : « For Better Times » -  voir en grand cette image
Andy Emler : « For Better Times »
La Buissonne / Harmonia Mundi - 2008

> La Buissonne - RJAL 397007

Quelle année pour Andy Emler ! Une Victoire du jazz, un Django d’Or, un DVD remarqué, des concerts dans de nombreux festivals, une résidence, tout cela centré sur le Mégaoctet, sa magnifique formation cuivrée, musclée, joyeuse et créative. Pour clore cette année, un disque en solo comme un moment de paix et de recueillement, introspectif et surprenant, dépouillé dans le choix de l’instrument unique (le piano) mais puissant dans sa forme.

Une sorte de défi. Comment restituer, seul dans un studio avec un piano magnifique et un ingénieur du son hors-norme, une dimension orchestrale ? Tel Némo dans son Nautilus, Andy plonge dans les profondeurs de l’instrument, cordes et bois, harmoniques et résonnances, écho de sa voix... Et les mélodies émergent avec force pour se diluer dans les voiles tissés par les superpositions d’un mixage expert.

Andy Emler nous convie dans son univers fait de complexité décontractée, entre jazz, musique contemporaine savante et pop « classieuse » : le Father and son de Peter Gabriel !

Une belle ponctuation pour une année riche !


Antonio Faraò : « Woman’s perfume »

Antonio Faraò : « Woman's perfume » -  voir en grand cette image
Antonio Faraò : « Woman’s perfume »
CAM Jazz / Harmonia Mundi - 2008

> Cam Jazz CAMJ 7805-2

On serait tenté de se dire : encore un pianiste en trio !

Un de plus ? Non, un autre ! Car Antonio Faraò nous présente un disque qui a de la classe et de la personnalité.

La première bonne idée, c’est de mêler sa passion du cinéma et son amour du jazz qui swingue et dégage de une énergie bénéfique. Avec les compositions d’Armando Trovajoli, il dispose d’une base riche sur le plan harmonique et mélodique.

La seconde bonne idée, c’est de faire appel à Dominique Di Piazza dont la basse électrique donne une souplesse féline à la musique en étroite complicité avec l’excellent André Ceccarelli qui booste l’ensemble et contribue à rendre cette musique particulièrement chaleureuse... Quasiment jubilatoire !

Le jazz comme on l’aime, aussi !

> Toutes les références :

Martial Solal : « Live at the Village Vanguard - I can’t give you anything but love. »

> Cam Jazz - CAMJ 7814-2 - distribution Harmonia Mundi.

Martial Solal : piano | Enregistré le 12 octobre 2007 au Village Vanguard (New-York)

01- intro 1 / 02- On green dolphin street / 03- Lover man / 04 - I can’t give you anything but love / 05- Centre de gravité / 06- Ramage / 07- Round midnight / 08- Have you met miss jones / 09- The last time i saw paris / 10- Intro 2 / 11- Corcovado

> Lien :


> Andy Emler : « For Better Times »

> Le Buissonne - RJAL 397007 - distribution Harmonia Mundi

Andy Emler : piano, compositions (sauf 04)

01- There is only one piano left in this world / 02- Fear no more, suffer no more / 03- Crouch, touch, engage / 04- Father and son (Peter Gabriel) / 05- Speak up ! Tribune for better times. / 06- Let’s create together

Enregistré aux studios La Buissonne à Pernes-les-Fontaines par Nicolas Baillard et Gérard de Haro en août 2008.

> Liens :


> Antonio Faraò : « Woman’s perfume »

> CAM Jazz CAMJ 7805-2 - distribution Harmonia Mundi

Antonio Faraò : piano / Dominique Di Piazza : basse électrique / André Ceccarelli : batterie

01. Vecchi Amici (du film Totò Sexy) / 02. Via Dei Babbuini (du film LA Via Dei Babbuini) / 03. Woman’s Perfume (du film Profumo di Donna) / 04. Positive Life (A.Farao) / 05. Golden Age (du filmTotò Sexy) / 06. Try to Change (A.Farao) / 07. Prete Sposato (du film Il Prete Sposato) / 08. My Father’s Song II (A.Farao) / 09. Faustina (du film Faustina) / 10. Oscar Is the Back (du film Il Vedovo) / 11. Nowise (A.Farao) / 12. Confessione E Addio (du film Paolo il Caldo)

Compositions de Armando Trovajoli (sauf indication contraire)

Enregistré à Paris en septembre 2006.

> Lien :

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