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2 stars d’ECM : Enrico RAVA & Keith JARRETT

« New York Days » pour l’un et « Yesterdays » pour l’autre.

D 28 janvier 2009     H 16:37     A Jacques Chesnel, Thierry Giard    


ENRICO RAVA : New York Days

>> Deux écoutes du nouveau disque du trompettiste italien !

Au mois d’août prochain, le trompettiste né à Trieste aura 70 ans. Au début de l’année 2008, il enregistre New York Days en compagnie du batteur légendaire et vétéran Paul Motian (1931) et de musiciens plus jeunes dont Mark Turner, l’un des ces musiciens quadras post-breckeriens qui, avec Chris Potter, Joshua Redman, Donny MaCaslin, offrent de nouvelles perspectives au saxophone ténor.

ENRICO RAVA « New York Days » -  voir en grand cette image
ENRICO RAVA « New York Days »
ECM / Universal

Rava est entré en contact avec l’avant-garde free en 1967 à New York (il y résidera pendant six années) et où il trouve les fondements de son identité musicale, citant l’influence conjointe de Duke Ellington et de Miles Davis (chez le Grand Duc : écrire spécifiquement pour les musiciens de l’orchestre ; chez Miles : la sonorité, l’absence de vibrato, le phrasé, le sens de l’économie, de l’épure).

Toutes ces qualités sont bien présentes dans ce nouvel opus ; ajoutons que la présence de Mark Turner devait ajouter un grand plus par le caractère singulièrement novateur de son style si personnel. Or, si l’on peut être sensible à ce genre de rêveries, flâneries, promenades, errances dans un New York à dominante nocturne proche d’une forme globale débordante de déstructurations voire de déliquescence (hormis Outsider, Thank You, Come Again et Luna Urbana), on peut, et c’est mon cas, ressentir quelque chose qui ressemble à un ennui profond (certes fort distingué), de lassitude ou même (pire) allant jusqu’à l’indifférence parfois ; bref, disons une sorte de délectation morose très élégante, un peu chichiteuse et somme toute complaisante…

Certains amateurs trouveront dans ces langueurs, alanguissements et autres indolences des traces de pure beauté ; peut-être ?... Je ne suis pas de ceux-là.
En écrivant cela, je pense à notre cher Jean Buzelin et aux « critères de la culture bourgeoise dominante » cités dans l’une de ses chroniques !

. ::Jacques Chesnel ::.


Certes, Rava , n’a peut-être plus la fougue de ses jeunes années mais en retrouvant de vieilles connaissances comme Lulù ou Outsider [1] en ouverture de ce disque, on se dit qu’il a bien conservé l’esprit libre et joueur qu’on lui connaît. Il y a dans ces jours new-yorkais (seul endroit où on puisse désormais jouer avec Motian qui ne voyage plus...), une force lyrique qui ne laisse pas indifférent. Ce disque ne dévoile ses subtilités et sa vigueur qu’après quelques écoutes. Tous jouent ici remarquablement. Les voix croisées de Mark Turner et du rital trompettiste, le piano subtil et souvent discret de Bollani dansant avec la contrebasse de Larry Grenadier, la batterie toujours aussi fine et inventive de Paul Motian sont autant d’ingrédients qui font de ce disque en clair obscur une œuvre séduisante à nos oreilles.

. ::Thierry GIARD ::.


> Enrico RAVA - « New York Days » - ECM 2064 - distribution Universal

Enrico Rava (trompette, compositions sauf 2 & 9, collectif), Stefano Bollani (piano), Mark Turner (saxophone ténor), Larry Grenadier (contrebasse), Paul Motian (batterie)

1/ Lulù. 2/ Improvisation I. 3/ Outsider. 4/ Certi Angoli Segreti.
5/ Interiors. 6/ Thank You, Come Again. 7/ Count Dracula. 8/ Luna Urbana. 9/ Improvisation II. 10/ Lady Orlando. 11/ Blancasnow.

Enregistré en février 2008 à New York

Keith JARRETT / Gary PEACOCK / Jack DeJOHNETTE : « Yesterdays »

Voici donc LE Keith Jarrett de l’année… celui de l’année 2001 ;
en effet, c’est le quatrième album à prendre place dans les enregistrements collectés lors de cette tournée mondiale cette année-là, entre Always Let me Go (avril) et My Foolish Heart /Montreux (22 juillet) et The Out-of-Towners (le 28) ; trois sur quatre sont consacrés exclusivement aux standards de Broadway (on sait à quel point ces chansons sont gorgées de musicalité ; les musiciens de jazz ne sont pas condamnés à sans cesse briser portes et fenêtres en quête de nouveaux territoires : la musique peut très bien se trouver déjà dans la pièce, déclare K.J.) ou aux compositions phares du be-bop.

Keith Jarrett / Gary Peacock / Jack DeJohnette - « Yesterdays » -  voir en grand cette image
Keith Jarrett / Gary Peacock / Jack DeJohnette - « Yesterdays »
ECM / Universal

C’est donc suite au 25° anniversaire du trio célébré tout au long de 2008 que paraît cet album ; à propos du trio K.J. confie : si vous rencontrez les deux musiciens qui vous sont complémentaires dans le monde du jazz, pourquoi vous forcer à aller chercher ailleurs d’autres personnes avec qui jouer ?. Dont acte.

C’est peut-être dans cet opus nippon que le pianiste s’aventure le moins hors de la mélodie (Yesterdays, You’ve Changed, A Sleepin’ Bee, Smoke Gets In Your Eyes) tant il semble admiratif de la simplicité, de la grâce qui en émane ; il « déboppise » malicieusement le Strollin’ d’Horace Silver ; rafraîchit la composition de Richard Rodgers et de Lorenz Hart pour l’opérette Present Arms (1928) qu’il termine à l’ancienne en solo sautillant, à la Waller ; on pourra au besoin comparer les deux versions de A sleepin’ Bee (celle-ci et celle du Bill Evans Trio en 1963 avec Gary Peacock, Trio 64).

Quelque esprit chagrin pourra renâcler devant trop de sagesse ; il y a ici manifestement une joie de jouer une musique de façon pondérée tout à fait réjouissante.

Total respect.

Nostalgie, coquetterie, coup de pub : cet opus paraît simultanément en CD et en disque vinyle, première édition « vinyle » d’un nouveau disque ECM depuis 15 ans.

. ::Jacques Chesnel ::.


> Keith JARRETT / Gary PEACOCK / Jack DeJOHNETTE : « Yesterdays » - ECM 2060 - distribution Universal

Keith Jarrett (piano), Gary Peacock (contrebasse), Jack DeJohnette (batterie)

1/ Strollin’. 2/ You Took Advantage Of Me. 3/ Yesterdays.
4/ Shaw’nuff. 5/ You’ve Changed. 6/ Scrapple From The Apple.
7/ Sleepin’ bee. 8/ Intro / Smoke Gets In Your Eyes. 9/ Stella By Starlight.

Enregistré le 30 avril 2001 au Metropolitan Festival Hall de Tokyo ; Stella By Starlight le 24 avril à l’Orchard Hall


[1Thèmes enregistrés sur le disque « Ah » en 1979 - ECM 1166 - avec Franco d’Andrea (piano), Giovanni Tomaso (contrebasse) et Bruce Ditmas (batterie)