« Le jazz tisse sa toile... »
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FOCUS JAZZ #3 : La Grande Pérézade // Drew Gress quintet

au Conservatoire de Caen, le 3 mars 2009.

D 9 mars 2009     H 08:42     A Thierry Giard    


Pour sa troisième édition, Focus Jazz a bien mérité le titre de festival régional. Cette belle idée qui vise à fédérer des actions à l’échelle des trois départements bas-normands pendant tout le mois de mars permet de créer une dynamique autour du jazz en mettant en avant de petits lieux de diffusion au même titre que des structures plus importantes et plus institutionnelles.

Les élèves du Conservatoire de Caen - Apero jazz ! -  voir en grand cette image
Les élèves du Conservatoire de Caen - Apero jazz !
3 mars 2009 - photo © culturejazz

Ce mardi 3 mars, Focus Jazz venait de débuter et c’est au Conservatoire de Caen que le public était invité à se rendre pour une soirée en deux temps et trois mouvements.

En guise d’apéritif (effectivement et agréablement servi), les élèves de la classe de jazz disposaient d’une heure pour présenter le fruit de leur travail. Devant un public attentif, les jeunes pousses du jazz caennais ont fait preuve d’une aisance plus ou moins affirmée mais on sent que le potentiel est prometteur.

Second temps, dans le grand auditorium avec deux concerts dédiés à des musiques originales, créatives et cependant attractives pour un public nombreux et curieux.


La Grande Perezade

La Grande Perezade est une des formations les plus intéressantes parmi les « grands formats » français. Nous avions salué ici la réussite du disque « Urban Bush » que Christian Ducasse avait d’ailleurs cité parmi les meilleurs disques de 2008 ! Le concert confime l’énergie et la finesse créative d’un orchestre qui est bien plus qu’un big-band conventionnel.

Samuel Belhomme (tp) - La Grande Perezade. -  voir en grand cette image
Samuel Belhomme (tp) - La Grande Perezade.
3 mars 2009 - photo © culturejazz

A propos du CD, il nous semblait que « La force de cette formation, c’est (...) l’esprit collectif qui l’anime. Le leader est celui qui balise le chemin, définit la structure, organise la musique selon ses conceptions mais surtout pas le chef qui ordonne à des exécutants ». Le concert confirme ce point de vue. On ajoutera que le partage des rôles amène chacun à tour de rôle à prendre part à la direction de l’ensemble ou d’une section en fonction des structures. Samuel Belhomme, remarquable trompettiste, s’acquitte remarquablement de cette tâche avec une maitrise certaine de la direction gestuelle tout comme le meneur de l’équipe, le saxophoniste-clarinettiste, Jean-Baptiste Perez. Des solistes inventifs, des trouvailles sonores et (souvent) visuelles, des compositions ouvertes sans être hermétiques font de cette formation une sorte de laboratoire créatif où s’assemblent des éléments contrastés. Le public apprécie. Un succès justement mérité.


« 7 Black Butterflies » - Drew Gress quintet

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les 5 de « 7 Black Butterflies » !
3 mars 2009 - photo © culturejazz

Autre univers, également inventif avec cette sorte de « all stars » du jazz créatif qui répond à l’étrange intitulé de « 7 papillons noirs ». Une énigme sans doute, un secret peut-être que détient le leader à la personnalité visiblement discrète, le contrebassiste Drew Gress.

Pas très à l’aise avec le micro comme il le dit lui même, Drew Gress n’aime visiblement pas parler de sa musique. Il préfère la jouer selon un ordre qui s’établit dans l’instant (des recherches de partitions s’ensuivent !)... Un sens du flou que l’on retrouve aussi dans ses compositions basées sur des lignes mélodiques enchevêtrées, décalées où le silence et l’aléatoire ont aussi leur place, ce qui confère à cette musique une certaine dimension poétique.

Tim Berne (as) & Drew Gress (cb) -  voir en grand cette image
Tim Berne (as) & Drew Gress (cb)
3 mars 2009 - photo © culturejazz

De toute évidence, cet univers convient bien aux quatre complices de Drew Gress. Les espaces de liberté et d’improvisation permettent l’expression de chacun, sans pression, un peu en dilettante. Ralph Alessi s’exprime avec une sonorité franche qui complète bien le phrasé complexe de Tim Berne, sorte d’extra-terrestre de l’alto placé ici dans un contexte plus conventionnel que celui auquel il nous a habitué. Au piano, on retrouve le toucher subtil de Craig Taborn, un musicien qui maitrise la nuance en préférant des phrases souples et lègères, voire le silence, à des avalanches de notes. En cela, il est un élément essentiel de cette formation.

Pour stabiliser cette musique volatile, il faut toute la maîtrise d’un Tom Rainey qui sur une batterie minimale (presque minimaliste), parvient à placer des structures rythmiques qui contribuent à charpenter l’ensemble.

Ce concert s’est déroulé comme un voyage dans des univers très personnels permettant d’apprécier le potentiel des membres du quartet. Il s’est achevé dans un final à la flamboyance mesuréeée qui n’était pas sans évoquer les couleurs des hymnes d’Albert Ayler...

Une formation hors-normes qui ne propose cependant pas de l’inouï mais qui permet de pénétrer dans l’univers de Drew Gress, musicien sensible qui a su s’approprier les codes du jazz pour mieux les dépasser.

On ne pourra que remercier l’équipe du Conservatoire de Caen d’ouvrir leurs scènes à des musiques et des musiciens souvent peu programmés. Une voie à poursuivre comme en atteste la présence du public.


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