« Le jazz tisse sa toile... »
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Trois fils tendus entre la Bretagne et le jazz...

Guillaume Saint-James, Olivier Le Goas et Régïs Boulard : trois disques.

D 27 mars 2009     H 08:29     A Thierry Giard    


Voici trois disques récents qui sont liés de près ou de loin aux terres d’Armorique. Une occasion de montrer que si la Bretagne sait valoriser et exporter ses musiques traditionnelles, il existe aussi un espace de création pour le jazz et les initiatives sont valorisées et encouragées même si peu de musiciens bretons dépassent les « frontières » régionales. Un exemple : le Conseil Général des Côtes d’Armor soutient le projet d’Olivier Le Goas pour un disque produit sur un label...suisse !

Les musiques proposées ici n’entretiennent pas de liens avec les traditions bretonnes : ni biniou, ni bombarde, pas de bagad invité ! Du jazz créatif à découvrir entre conventions et recherches des musiques (plus ou moins) actuelles.

JAZZARIUM, Guillaume Saint-James Sextet : « Météo Songs »

JAZZARIUM, Guillaume Saint-James Sextet : « Météo Songs » -  voir en grand cette image
JAZZARIUM, Guillaume Saint-James Sextet : « Météo Songs »
autoprodution JR02

Guillaume Saint-James est non seulement un saxophoniste de très bon niveau et un improvisateur imaginatif mais c’est aussi, et ça s’entend, un passionné d’écriture musicale. Avec une formule orchestrale pourtant réduite, il donne souvent l’illusion de diriger une grande formation. Comme, en outre, il n’a pas la plume triste, ces chansons météo sont particulièrement réjouissantes : contrastes, éclaircies, coups de vents (Tamisier et l’indéracinable Pommier s’y connaissent !), rayons de soleil (la basse agile de Jérôme Séguin) entre les grêlons (Christophe Lavergne et sa frappe pas glacée du tout), souffles d’air chaud (l’accordéon basque de Didier Ithursarry). La transposition en musique de la diversité du climat breton... qui vaut bien mieux que le réputation qu’on lui attribue !

Météo songs est un disque réjouissant parce qu’il met en valeur des musiciens de grande classe, bien connus des amateurs curieux pour leur association à nombre de formations hexagonales. Guillaume Saint-James parvient avec beaucoup d’habileté et de pédagogie (c’est aussi une part de son activité de musicien !) à proposer une musique accessible référée aux conventions de rythme, de mélodie et d’harmonie mais sans cesse en mouvement, jamais linéaire.

Une belle réussite à mettre à l’actif de ce musicien qui publie là le second album de Jazzarium après « Les poissons rouges » (2006) et un disque en trio publié en 2004 (Briser la glace). Signalons enfin que Guillaume Saint-James est aussi chargé de la programmation du festival « Jazz aux Ecluses » à Hédé, en périphérie de Rennes. Un engagement complet pour ce breton d’adoption né... en Normandie !

Olivier Le Goas & Trilog : « Seven Ways »

Olivier Le Goas & Trilog : « Seven Ways » -  voir en grand cette image
Olivier Le Goas & Trilog : « Seven Ways »
Altrisuoni / Anticraft

Si son patronyme renvoie à des origines en Bretagne Nord, Olivier Le Goas est né à Senlis, dans l’Oise mais c’est bien le département des Côtes d’Armor qui le soutient dans la réalisation de ce projet en trio. A la tête d’une formation inhabituelle mais de haut vol puisqu’on trouve ici le saxophoniste Vincent Mascart et, à la guitare, Manu Codjia « himself », le batteur revendique la recherche d’une esthétique personnelle. On découvre, parmi les sept titres de l’album, des emprunts à Maurice Ravel (Sainte), à la musique baroque (Le Chant du Regard d’après Erasmus Widman, The Answer d’après H. Purcell) ou traditionnelle (Rêves de Bourgogne). La recherche de structures s’appuie essentiellement sur des lignes mélodiques proches du chant prétextes à des envolées solistes. En cela, on est totalement dans la grande sphère du jazz.

Seven Ways est un disque de caractère qui permet d’entendre un batteur qui possède un sens profond des espaces sonores qu’il habille de ses draperies de cymbales (Sainte) tout en assurant le tempo avec une efficacité qui lui a permis d’obtenir la reconnaissance de nombre de musiciens en France et Outre-Atlantique (le drive de Seven Ways en est une belle illustration...). Dans le contexte dépouillé du trio, Vincent Mascart rappelle qu’il est un de ces saxophonistes qui possèdent un vrai sens de la construction du discours d’autant plus que le jeu de guitare « habité » de Manu Codjia crée de surprenants espaces à investir.

Encore un disque qui vaut le détour ! La déclinaison d’une vision actuelle du jazz qui n’est pas sans évoquer, parfois, les trios de Paul Motian (avec Bill Frisell et Joe Lovano au cours des années 80) mais qui s’en démarque dès lors que le rythme devient plus affirmé. Le final sur une composition de Bill Evans est une bien belle conclusion pour ce voyage dans le temps et l’espace avec tout le confort moderne !

Régïs Boulard - Chien Vert : « Les touristes »

Régïs Boulard - Chien Vert : « Les touristes » -  voir en grand cette image
Régïs Boulard - Chien Vert : « Les touristes »
i éditions IE 1503

Le concept se veut résolument engagé, porté par une idée intéressante, à méditer : « Le tourisme est l’aboutissement moderne du fascisme ». Dans le livret qui accompagne ce disque, Régïs Boulard développe cette idée et argumente en associant tourisme et obsession de la mobilité qui, selon lui, gangrène notre société : « Vous bossez dans une PME ? Il FAUT bouger. Vous êtes à la retraite ? Il faut bouger. Vous êtes chômeur ? Il faut (vous) bouger. (...) L’immobilité devient immobilisme, devient surtout louche et suspecte. Qui cesse de bouger commence à penser. »

Ce Chien Vert fait un peu penser au chien de « Matin Brun », ce minuscule livre qui en dit long sur la montée du fascisme [1]. Avant même d’avoir placé le disque dans le lecteur, on se dit que Régïs Boulard a des choses à dire et que ce discours ne laisse pas indifférent... Et la musique alors ?

Alors, disons-le, la musique n’aura pas autant retenu notre attention que le texte. On entre dans un univers, assimilable au « rock-progressif », souvent un peu daté surtout par l’utilisation d’instruments qu’on dit « vintage » : le mellotron des années 70 (on en trouve encore ?), le légendaire Mini-Moog... Les bases rythmiques sont assez pesantes. On se dit qu’elles viennent sans doute en appui des conceptions de l’auteur sur l’oppression et l’aliénation mais cela pourrait sans doute se faire avec plus de légèreté et, disons-le, d’originalité...

Là encore, une prise de contact avec cette musique en concert permettrait peut-être de mieux l’appréhender puisqu’on met en avant la dimension « spectacle » des créations de Régïs Boulard. Le disque ne nous séduit guère en l’état.

> JAZZARIUM, Guillaume Saint-James Sextet : « Météo Songs » - autoprodution JR02 - disponible sur : www.guillaumesaint-james.com

Guillaume Saint-James : saxophones et compositions / GeoffroyTamisier : trompette / Jean-Louis Pommier : trombone / Daniel Ithursarry : accordéon / Jérôme Séguin : basse électro-acoustique / Christophe Lavergne : batterie / Eden Saint-James : voix (2)

Enregistré à Rennes (35-France) en mai 2008

01. Ode à Éole / 02. Le caprice des tornades / 03. Le souffle d’Eden / 04. Tango pour Sirius / 05. Le verglas ne fond pas / 06. Soleil / 07. Katrina / 08. La java des grêlons / 09. Éclaircie


> Olivier Le Goas & Trilog : « Seven Ways » - Altrisuoni AS260- distribution Anticraft

Olivier Le Goas : batterie, compositions et arrangements / Vincent Mascart : saxophones / Manu Codjia : guitare

Enregistré à Paris en juillet 2008.

01. Le Chant du Regards (Olivier Le Goas, d’après Erasmus Widman) / 02. Rêves de Bourgogne (Olivier Le Goas, d’après Anonyme XVIIème siècle) / 03. Dia (Olivier Le Goas) / 04. Sainte (Olivier Le Goas, d’après Maurice Ravel) / 05. Seven Ways (Olivier Le Goas) / 06. The Answer (Olivier Le Goas, d’après Henri Purcell) / 07. Turn Out The Star (Bill Evans)


> Régïs Boulard - Chien Vert : « Les touristes » - i éditions ! IE 1503 - Editions du Point d’Exclamation

Stéphane Fromentin : guitare, voix / Nicolas Méheust : mellotron, rhodes, mini-moog, basse / Régis Boulard : batterie, voix, rhodes

01. Prayer For Robert / 02. Touriste L Sur L’Echine / 03. Touriste K Chien Vert / 04. Touriste J Omaha-Les-Bains / 05. Touriste I Click Men-Yes Men / 06. Touriste H Low, Low Cost / 07. Touriste G Visitez Nos Restes / 08. Touriste F Head Reich / 09. Touriste E Swing Is White / 10. Touriste D Où Est Dieu ? Dieu Est Partout / 11. Touriste C Visitez Alcatraz / 12. Touriste B No Rest, No Peace / 13. Touriste A Swimming In A Graveyard / 14. Easy Re

> Liens :

et aussi :


[1Matin brun - nouvelle écrite par Franck Pavloff - Éditions Cheyne - décembre 1998 (10 pages ; ISBN 2-84116-029-7).