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Enrico Pieranunzi, de Chet au trio...

Une réédition et la parution d’un disque en trio (2004).

D 8 mars 2009     H 20:16     A Jacques Chesnel, Thierry Giard    


Le label italien EGEA poursuit la réédition des disques « historiques » du pianiste romain Enrico Pieranunzi en rééditant « Soft Journey » magnifique quintet autour de Chet Baker enregistré fin 1979, début 1980. Au même moment, un autre grand label transalpin, CAMjazz, propose le septième album du trio que le pianiste a constitué avec ses compagnons américains, Marc Johnson et Joey Baron dont l’enregistrement date de 2004.

Deux éléments importants de la riche discographie d’un musicien brillant, ouvert au dialogue qui n’est jamais en manque de projets.

Chet BAKER / Enrico PIERANUNZI : « Soft Journey »

Chet BAKER / Enrico PIERANUNZI : « Soft Journey » -  voir en grand cette image
Chet BAKER / Enrico PIERANUNZI : « Soft Journey »
Egea / DG Diffusion

Un doux voyage avec Chet

Il y aurait donc eu des avanies (?) pour que ce disque ne soit réédité qu’au bout de trente années d’attente et c’est à l’occasion du vingtième anniversaire de la disparition de Chet que cet album paraît enfin.

Le pianiste romain entre dans sa trente-et-unième année ; d’après la complète discographie sur www.chetbaker.net, c’était sa première rencontre avec Chet ; ils se retrouveront en mars 1987 (C.B. with the Jazz Space trio) et en duo à la fin de l’année suivante trois mois avant la mort du trompettiste le 13 mai. Début également de la collaboration avec Riccardo Del Fra.
Encore un disque de Chet, diront certains ; enfin, cette réédition pour d’autres comme moi car elle montre un Chet au mieux de sa forme dans tous les thèmes y compris ce sempiternel My Funny Valentine chanté en duo avec le plus bill-evansien des pianistes (impeccable justesse de la voix, improvisation/digressions parfaitement satinées jusqu’au chuchotements, une totale connivence, une réelle complétude avec le pianiste) ; sur les compositions plutôt boppisantes du pianiste, C.B. renoue avec de longues phrases sinueuses dans le registre grave qu’il affectionne sans ostentation et dont il avait le secret (Night Bird). Redécouverte de Roberto Gatto à la batterie, l’un des meilleurs batteurs de la péninsule ; quant à Riccardo Del Fra, admirer son soutien irréprochable et sa légendaire musicalité.

Sur les photos de Chet avec des lunettes, il y a une ressemblance évidente avec Pier Paolo Pasolini sur la fin de sa vie.

. ::Jacques Chesnel ::.

Enrico PIERANUNZI - Marc JOHNSON - Joey BARON : « Dream Dance »

Enrico PIERANUNZI - Marc JOHNSON - Joey BARON : « Dream Dance » -  voir en grand cette image
Enrico PIERANUNZI - Marc JOHNSON - Joey BARON : « Dream Dance »
CAMjazz / Harmonia Mundi

Un trio de rêve(s)

Deep Down, publié en 1986 sur le label italien Soul Note marquait les débuts de ce trio avec Marc Johnson et Joey Baron. Dream Dance, qui paraît aujourd’hui, en 2009, a été enregistré en 2004 aux célèbres Bauer Studios de Ludwigsburg, en Allemagne. Autant dire que ce trio a déjà une longue histoire commune.

Comme avec le trio Jarrett-Peacock-DeJohnette, la musique qui se noue, se joue entre ces trois là a été longuement pétrie par une expérience et une connivence qui transparaît dans chaque phrase. Cependant, à la différence de Jarrett qui se replie sur son univers personnel, Enrico Pieranunzi est un musicien d’ouverture qui n’hésite jamais à diversifier ses expériences en leader ou sideman. En duo avec Riccardo del Fra, en trio avec Gabrielle Mirabassi (clarinette) et Marc Johnson, entouré d’un quatuor à cordes (Les Amants), dans une grande formation (Egea Orchestra), il s’ouvre aux autres tout en restant sincèrement lui-même : vif, lyrique, subtil, inventif sans débordements. L’équilibre parfait.

Dream Dance est donc un magnifique disque de trio « hors catégorie », pas seulement en raison du talent du pianiste, mai surtout en raison de la qualité des échanges. Marc Johnson est autant un mélodiste qu’un accompagnateur avec un toucher et un phrasé limpides et Joey Baron, batteur malicieux et créatif apporte une structure rythmique sans failles (son drive exemplaire dans Five plus Five !).

Introduit avec vigueur sur tempo soutenu (End of diversions), le disque propose des climats variés parmi lesquels on retiendra un magnifique « Castle of Solitude », mélodie latine lumineuse et dansante où dialoguent la contrebasse de Marc Johnson et le piano du leader et une progressions rythmique enivrante ! Sans temps morts, ni points faibles, l’ensemble du disque reste à un haut niveau esthétique. Un régal !

On est rarement déçu par les facettes du travail d’Enrico Pieranunzi. Si on peut être plus ou moins sensible à certains de ses projets, ce trio ne pourra que ravir ses fans et conquérir ceux qui ignoreraient encore à quel point ce pianiste est essentiel.

. ::Thierry Giard ::.

> Chet BAKER / Enrico PIERANUNZI : « Soft Journey » - réédition, Pieranunzi series, Egea records SCA 140 - DG Diffusion

Chet Baker (trompette, voix), Enrico Pieranunzi (piano, compositions sauf 2 & 4), Maurizio Giammaco (saxophone ténor), Riccardo Del Fra (contrebasse), Roberto Gatto (batterie)

1/ Soft Journey. 2/ Animali Diurni. 3/ Brown Cat Dance. 4/ My Funny Valentine. 5/ Night Bird. 6/ Fairy Flowers

Enregistré à Rome le 4/12/1979 et le 4/01/1980


> Enrico PIERANUNZI - Marc JOHNSON - Joey BARON : « Dream Dance » -CamJAZZ CAMJ 7815-2 - Distribution Harmonia Mundi

Enrico Pieranunzi (piano), Marc Johnson (contrebasse), Joey Baron (batterie)

01/End of diversions. 02/ No-nonsense. 3/ As never before. 4/ Castle of solitude. 5/ Peu de chose. 6/ Nippono ya-oke. 7/ Pseudoscope. 8/ Dream Dance. 9/ Five plus five

Enregistré à Ludwigsburg (Bauer Studios) les 6 et 7 décembre 2004.


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