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FOCUS JAZZ #3 : 15e Nuit du Jazz à Caen.

Trois quartets bien différents : Le Lann-Top, Ron Carter et Gaël Horellou.

D 19 mars 2009     H 19:40     A Christian Ducasse (Photo), Thierry Giard    


Le Théâtre de Caen est un outil formidable pour la diffusion de la musique. Une salle très vaste et confortable, l’espace des foyers pour l’intermède et le final, voilà de belles conditions pour organiser un rendez-vous annuel en quatre temps pour trois formations.

Un événement réussi grâce à un public fidèle, enthousiaste et passionné et des musiciens qui ont beaucoup donné dans le cadre d’une organisation impeccable. Un beau programme conçu par Michel Dubourg.

Éric Le Lann - Jannick Top Quartet

Éric Le Lann - Jannick Top Quartet -  voir en grand cette image
Éric Le Lann - Jannick Top Quartet
Caen, 13 mars 2009 - © Christian Ducasse

En s’associant au bassiste « star » (et bassiste des stars !) Jannick Top, le trompettiste Éric Le Lann a pu donner un nouvel élan à sa carrière en adoptant une esthétique « électrique » qui ne lui était pas coutumière. On peut se réjouir de retrouver sur scène un musicien de talent qui a longtemps été un trompettiste de référence dans le jazz français. Le répertoire, essentiellement binaire, souvent référé au funk ou au rock (on pense à Miles Davis dans sa dernière période) met en valeur la puissance et la robustesse de la rythmique (Top-Huchard) et la qualité des échanges souvent ludiques entre Éric Le Lann et Olivier Louvel, brillant à la guitare dans un tel contexte. De solides atouts pour cette formation qui sait faire bon usage des watts !

On regrettera toutefois le recours à des « matériaux sonores », sorte d’arrière plan pré-enregistré diffusé sur quelques morceaux. Si cette matière contribue à enrichir les couleurs du quartet, elle apporte en contrepartie une contrainte mécanique qui ne nous semble pas en accord avec la liberté du jazz. Ne serait-il pas plus judicieux d’adjoindre, sur scène, un clavier ou un de ces spécialistes de l’électronique qui savent aujourd’hui entrer dans le jeu de la musique « live » ?

Ron Carter Quartet

Ron Carter Quartet -  voir en grand cette image
Ron Carter Quartet
Caen, 13 mars 2009 - © Christian Ducasse

Quelle élégance ! Quelle finesse ! Quel sens du swing ! Avec son quartet actuel, le contrebassiste Ron Carter frôle la quintessence du jazz. Le parti pris esthétique mise sur la souplesse, le soyeux des alliages dans le jeu collectif autour d’une contrebasse au discours raffiné et chantant. Il y a, dans cette formation, une filiation avec le Modern Jazz Quartet : un grand art de la conversation entre gentlemen. Ici, pas de vibraphone mais les percussions légères de Rolando Morales-Matos, musicien cubain qui allie la science d’un percussionniste classique avec un sens des couleurs très rare. Peu de peaux mais un usage en finesse des bois et des métaux, des clochettes et triangles.

La musique de Ron Carter, aujourd’hui, emprunte beaucoup aux lumières du Brésil tout en restant ancrée dans le jazz des standards où excelle le pianiste Stephen Scott, quelque part entre John Lewis et Kenny Barron...

Un grand moment de musique que le public a salué par une standing ovation... amplement méritée à notre goût !

  • Ron Carter : contrebasse / Stephen Scott : piano / Payton Crossley : batterie / Rolando Morales-Matos : percussions

Gaël Horellou Quartet

Gaël Horellou Quartet -  voir en grand cette image
Gaël Horellou Quartet
Caen, 13 mars 2009 - © Christian Ducasse

Installé dans les foyers du théâtre, le quartet du saxophoniste Gaël Horellou avait la tâche difficile de jouer pendant l’intermède entre les deux concerts du théâtre puis de terminer le soirée devant un noyau de fidèles désireux de profiter pleinement des plaisirs musicaux de cette Nuit du Jazz. Peu après la publication de deux disques remarqués (lire les chroniques), ce concert confirma très largement la valeur d’un quartet très homogène (Philippe Soirat « remplaçant » avec talent Ari Hoenig, batteur du disque). Bien épaulé par le piano de l’excellent Jean-Sébastien Simonoviez, Gaël Horellou a pu laisser libre cours à son expression débordante où les notes s’enchaînent avec une énergie qui semble inépuisable. L’alternance de standards et de compositions personnelles met en avant l’expressivité de l’altiste sur tempo rapide. Les balades apportent des respirations bien venues. Ainsi, une très belle interprétation de My Funny Valentine, comme une réponse à Ron Carter qui venait, auparavant, de présenter sa version de ce thème si célèbre.

Gaël Horellou quartet, une formation qui devrait faire le bonheur de bien des programmateurs. On ne peut que le souhaiter.

  • Gaël Horellou : saxophone alto / Jean-Sébastien Simonoviez : piano / François Gallix : contrebasse / Philippe Soirat : batterie

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