« Le jazz tisse sa toile... »
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Juin 2009 : sélection de 7 disques et 1 DVD.

D 24 juin 2009     H 09:45     A Jean Buzelin, Thierry Giard, Yves Dorison    


La sélection de juin 2009 :

> Gildas BOCLÉ : « Or Else »

> Willem BREUKER : « Kapitein Wolff Meert AF (concert pour 48 cornes de bateaux) » (DVD)

> The DORF : « The Dorf »

> Roberto FONSECA : « Akokan »

> Enzo LANZO Quartet : « Boastful Speeches »

> NAGUAL ORCHESTRA : « La boite à desseins »

> Stéphane SASSI - Mabel ODESSEY : « Piano paille pinhole »

> TERNOY/CRUZ/ORINS : « Le Gorille »

Gildas BOCLÉ : « Or Else »

Gildas BOCLE : « Or Else » -  voir en grand cette image
Gildas BOCLE : « Or Else »
7 Islands records / www.bocle.com

> 7 Islands records - GB001 - www.bocle.com / / Courriel 7 islands

Gildas Boclé : contrebasse et compositions / Walt Weiskopf : sax (3 titres) / Billy Drummond : batterie / Gary Burton : vibraphone (3 titres) / Jean-Baptiste Boclé : orgue, vibraphone (2 titres).

Dans la série « J’ai raté la sortie ! »

On parle des frères Boclé comme on parle des frères Lumière (Gildas est aussi passionné par l’image) ou des frères Wright (ils ont pris, jeunes, leur envol vers le rêve américain)... Les années ont passé. De leurs études à la Berklee School of Music de Boston (années 80), les deux bretons ont conservé des amitiés solides comme celle qui les lie à Gary Burton, invité prestigieux de ce disque.

« Or Else », trois ans après sa parution, reste un très bon disque pour qui aime le swing « moderne », un travail de grande classe avec un son très prenant, mélodique et racé. On se régale à écouter la contrebasse jouée à l’archet, libérée de sa fonction rythmique par l’orgue de J-B Boclé, le frère sur qui on peut compter. On retrouve bien là les influences toujours présentes de formations comme Steps Ahead (de la grande époque acoustique) et Gary Burton bien sûr.

Un disque tout à fait recommandable, pas terni par le temps mais qui subit malheureusement la défaillance récente de son distributeur, Nocturne. Des recherches sur le web ou dans les bacs s’imposent. On peut aussi tenter de le contacter le label par courriel...

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Willem BREUKER : « Kapitein Wolff Meert AF (concert pour 48 cornes de bateaux) »

Willem BREUKER : « Kapitein Wolff Meert AF » -  voir en grand cette image
Willem BREUKER : « Kapitein Wolff Meert AF »
SWANN Produkties / www.swanprodukties.com

> SWANN Produkties - www.swanprodukties.com

Willem Breuker : composition et direction / 48 musiciens sur 48 bateaux du port d’Amsterdam.

"Dans le port d’Amsterdam, y’a des bateaux qui chantent...

Le long des berges mornes dans le port d’Amsterdam..."

Brel l’aurait-il chanté ainsi ? Breuker qui l’a fait !

Ah ! Willem Breuker nous surprendra toujours ! Leader d’un Kollektief qui a retrouvé toute sa verdeur, il se présente ici à la tête d’une grande formation totalement inattendue : 48 bateaux à quai dans le célèbre port hollandais. 48 trompes ou cornes pilotées chacune par un musicien relié par radio au chef... Une musique totalement inattendue et inouïe proposée à un auditoire massé sur les ponts et pontons : hilare et médusé d’autant d’audace.

On est loin d’une symphonie classique ou d’un big band enflammé mais ce DVD restitue un événement littéralement insensé ! Il en a rêvé : oui, vraiment, Willem l’a fait !

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The DORF : « The Dorf »

The DORF : « The Dorf » -  voir en grand cette image
The DORF : « The Dorf »
LEO Records / Orkhêstra

> LEO Records CD LR 523 - distribution Orkhêstra

Jan Klare : compositions et direction / Katrin Scherer (as) / Andreas Wahl (g) / Ludger Schmidt (cello) / Nils Imhorst (basse) / Oliver Siegel (clavier) / Serge Corteyn (g) / Veit Lange (sax ténor) / Tobi Lessnow (dms) / Christian Hammer (g) /Hartmut Kracht (basse) / Martin Verborg (vln) / Stuart Grimshaw (electronic) / Christoph Berndt (sax basse) / Simon Camatta (dms) / Alex Morsey (tuba) / John D. Renken (tp) / Sven Decker (ts) / Jim Campbell (electronic) / Moo Lohkenn (vocals) / ...

Dans la série « J’ai raté la sortie ! »

Une grande formation germanique qui a du coffre : de solides gaillard(e)s (musicalement parlant) qui ne rechignent pas à souffler, frapper, chanter, bidouiller les potentiomètres, triturer les claviers, user les cordes devant un chef qui dit modestement « brasser de l’air ».

Jan Klare fait ici figure d’assembleur de talents au service d’une musique écrite à traits bien marqués sur une rythmique en béton armé mais qui ne manque ni de subtilité ni d’humour... Imaginons un peu Frank Zappa rencontrant une fanfare tyrolienne tendance métal qui aurait été gavée de bulles de jazz, en pintes...

Étonnant et simplement réjouissant.

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Roberto FONSECA : « Akokan »

Roberto FONSECA : « Akokan » -  voir en grand cette image
Roberto FONSECA : « Akokan »
ENJA / Harmonia Mundi

> ENJA / Montuno ENJ-9534-2 - distribution Harmonia Mundi

Roberto Fonseca : piano et voix / Javier zalba : flûte, clarinette et sax baryton / Omar González : basse / Ramsés Rodriguez : batterie / Joel Hierrezuelo : percussion // invités : Mayra Andrade : voix et Raul Midón : guitare et voix.

Enregistré dans les studios Egrem à Cuba, La Havane, en 2008.

A 34 ans, Roberto Fonseca allie la fougue de la jeunesse et une maturité musicale reposant sur une solide formation, entre rigueur et ivresse des rythmes. Avec ce second album, le pianiste cubain confirme les qualités perçues tant à travers l’écoute de sa musique enregistrée (Zamazu, également chez Enja en 2007 - chronique) et ses prestations scéniques qui ne laissent pas le public insensible (le charme ?!).

Akokan est un beau disque de jazz mêlé d’influences cubaines mais également nourri des musiques d’ailleurs comme une invitation au voyage. On citera Bulgarian aux couleurs balkaniques ou Everyone deserves a second chance du guitariste-chanteur Raul Midón aux parfums soul un peu mièvres.
Si l’ensemble est de très haut niveau, on aimerait un peu plus de naturel et de laisser-aller. Tout est travaillé, peaufiné (jusqu’aux fringues du leader « sponsorisé par AgnèsB ! »). La voix de Mayra Andrade est superbe mais le côté clinquant freine un peu l’enthousiasme.

Dans sa chronique de Zamazu, Jacques Chesnel préférait se tourner vers Gonzalo Rubalcaba, on y ajoutera, pour revenir aux fondamentaux, l’incontournable Chucho Valdès, le géant du piano cubain ! (cf. « Jazz à Vannes » 2008 : Fonseca et Valdès étaient à l’affiche...)

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Enzo LANZO Quartet : « Boastful Speeches »

Enzo LANZO Quartet : “Boastful Speeches“ -  voir en grand cette image
Enzo LANZO Quartet : “Boastful Speeches“
Terre Sommerse / www.enzolanzo.com

> Terre Sommerse TS-jèi-005

Enzo Lanzo (dm, perc, voc…), Lauro Rossi (tb), Roberto Ottaviano (ss, as, voc), Giovanni Maier (b), Giogio Vendola (b on 5).

Neuf compositions de Lanzo (+ Ottaviano et Vendola en 5) / Enregistré à Abeliano (Italie) en 2003.

Révélé en 1996 par un très beau disque, « Rondonella Project » ancré dans les mélodies de l’Italie du Sud, le batteur et compositeur Enzo Lanzo réapparaît avec la parution d’un enregistrement réalisé il y a près de six ans. C’est peu de dire que ce musicien n’encombre pas le marché — il dit d’ailleurs avoir longtemps hésité avant de publier ce nouveau CD, ce qui nous le rend d’autant plus précieux. Petit retour en arrière en guise de présentation. Passionné par le jeu d’Ed Blackwell, de Rachied Ali, de Paul Motian, intéressé par Tony Oxley et Paul Lovens en Europe, il a étudié notamment avec Jon Christensen et Pierre Favre, avant de commencer à jouer, en 1985, aux côtés de Rita Marcotulli, Gianluigi Trovesi et Enrico Rava entre autres. Si ses talents de batteur sont incontestables, ceux de compositeur nous parlent encore plus. Nous avions pu l’apprécier dans le nonette « Rondonella Project » qui comprenait notamment Pino Minafra et Antonello Salis, nous en avons confirmation avec ce superbe quartette qui réunit des improvisateurs de la trempe de Roberto Ottaviano (essentiellement au soprano) et de Lauro Rossi.

Mais surtout, toutes ses pièces (de très belles mélodies) sont écrites avec une conscience forte de la réalité de la vie et du monde dans lequel nous vivons, et dont les problèmes, les drames et les dérives le concernent et imprègnent sa musique. Qu’il puise dans l’Afrique traditionnelle, rende hommage à Ornette Coleman, évoque la prière d’un chaman ou joue un requiem pour un enfant palestinien, jamais Lanzo ne tombe dans les facilités d’une certaine world music. La sienne est le jazz, et c’est la musique seule qui permet la transposition d’un sujet en une œuvre d’art, et la rend nécessaire. Ce n’est pas si courant, et cela aurait été vraiment dommage qu’Enzo ne nous fasse pas partager son travail.

. ::JB ::.

> À écouter également :

  • Rondonella Project - Leo Lab CD 026 - distr. Orkhêstra
  • In the Groove - à paraître

> Lien :

NAGUAL ORCHESTRA : « La boite à desseins »

info document -  voir en grand cette image

> Vocation Records voc1026

Aymeric Avice, trompette, bugle / Florent Hubert, saxophone ténor, clarinette / Benoit Daniel, piano / Matthieu Bloch, contrebasse / David Georgelet, batterie

Le nagual représente le concept de l’indicible, de la liberté et de l’abstraction. Ah ? Ce dont je suis sûr, c’est que le Nagual Orchestra est un quintet de jazz moderne et que leur disque « La boite à desseins » est un sacrément bon disque, aux couleurs variées, qui trouve sa place dans l’oreille en susurrant le nom de quelques anciens dont Oliver Nelson. Le quintet développe des mélodies sensibles teintées d’assonances qui captent l’auditeur sans difficulté. L’interaction fonctionne à plein entre les musiciens et, à l’écoute, on se laisse porter sans effort par une forme d’énergie positive plaisante. Fruit de l’improvisation bien pensée, ce disque est hautement conseillé.

. ::YD ::.

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STEPHANE SASSI MABEL ODESSEY : « Piano paille pinhole »

Stéphane Sassi, Mabel Odessey, Piano paille pinhole -  voir en grand cette image
Stéphane Sassi, Mabel Odessey, Piano paille pinhole
mosaic records

> Mosaic records 214781214 - Mosaic music distribution

Stéphane Sassi, piano préparé / Yves Hafner, cuivrython, clarinette basse, flûte du Mali / Mabel Odessey, photographies sténopés

Un concept doublement original. Stéphane Sassi met des pailles dans son piano et lie son projet aux photographies de Mabel Odessey, plus précisement à ses sténopés. Une aventure hybride donc, pour le moins étonnante. L’intérêt qu’on lui porte relève de prime abord de la curiosité. A l’écoute, on est surpris de la richesse des sonorités et de l’originalité de la démarche de Stéphane Sassi. Mais deux CD, peut-être est-ce un peu trop long. Quant au travail de Mabel Odessey, il est à la hauteur de celui du pianiste. On s’interroge, on cherche. Tout cela relève plus de l’art contemporain que du jazz à proprement parler. La performance est bien réelle, elle nous laisse un peu coi.

. ::YD ::.

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TERNOY/CRUZ/ORINS : « Le Gorille »

TERNOY/CRUZ/ORINS : “Le Gorille“ -  voir en grand cette image
TERNOY/CRUZ/ORINS : “Le Gorille“
Circum-Disc / Les Allumés du Jazz

> Circum-Disc microcidi001 – distribution les Allumés du Jazz

Jérémie Ternoy (fender rhodes), Ivann Cruz (g), Peter Orins (dm).

Trois compositions collectives (?) / Enregistré à la Malterie (Lille), le 28 février 2008.

Né à Béthune en 1977, le pianiste Jérémie Ternoy, après diverses études et expériences, crée son Trio (piano-basse-batterie) en 2000. Un premier disque auto-produit, paru en 2004 (JTT0401) nous avait séduit par son ouverture, son sens de l’espace et autres qualités sortant de l’ordinaire. Justement récompensé lors de différents concours, le Trio réalisait un deuxième disque en 2007, “Bloc“ (chroniqué sur ce site par Thierry Giard le 25 mars 2008). Cette même année, alors que le Trio poursuit ses aventures — Thierry vient de l’écouter au festival de Coutances —, Ternoy organisait un nouveau trio, totalement différent car entièrement basé sur l’électronique, avec Ivann Cruz à la guitare et Peter Orins à la batterie, deux musiciens qui, comme lui, s’investissent dans un certain nombre de projets qui trouvent appui auprès de l’association Circum-Disc. Nous sommes là en présence d’une musique, assez expérimentale, qui a peu à voir avec le Trio “classique“. Trois compositions reliées entre elles forment une sorte de suite qui nous transporte dans des atmosphères assez stratosphériques. L’installation de climats par des nappes de clavier, des notes résonnantes de guitare, des ponctuations rythmées d’une batterie au son lourd, conduit à une belle harmonie sonore. Puis les rythmes s’accélèrent, voire s’emballent, tandis que clavier et guitare s’entremêlent en des fusions bruyantes, agressives et heurtées. Ainsi se succèdent les différentes séquences qui alternent violences et stridences rock et distributions aériennes des sons (très belles notes de guitare). Malgré la difficulté a priori de la conduite d’une telle œuvre musicale dans laquelle il faut entrer, le tout forme un ensemble cohérent et composé, ce qui n’allait pas de soi. Mais le travail avait été mûrement élaboré par les musiciens. En ce sens, il est pleinement réussi.

. ::JB ::.

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