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35ème printemps pour HATHUT : chapeau !

« La musique du futur » : hier comme aujourd’hui...

D 11 juin 2009     H 22:22     A Thierry Giard    


1975 : à 40 ans, Werner Xaver Uehlinger crée le label HatHut dans le but de publier la musique du saxophoniste- trompettiste Joe McPhee, musicien qu’il a rencontré et qu’il admire. En 2009, l’aventure continue puisque pour ce suisse passionné de musiques vivantes, inventives et exigeantes, le futur ne fait que commencer ! Un beau message d’espoir, de militantisme artistique, culturel et de courage.

Aujourd’hui, l’histoire du catalogue HatHut est d’une richesse impressionnante. Depuis les premiers enregistrements consacrés à McPhee, une foule d’artistes connus ou en devenir a été enregistrée par ce label qui dispose désormais de plus de 300 références. Beaucoup se souviennent des pochettes des vinyls présentées sous forme de boîtes en carton ondulé qui permettaient d’identifier immédiatement les disques HatHut tout comme leur logo qui dessine un chapeau. C’est sous cette forme que parurent, par exemple, les disques historiques du Vienna Art Orchestra. Aujourd’hui, le design reste également reconnaissable. Les dernières productions appartiennent à la série HatOLOGY : des digipacks déclinés en orange, noir et blanc. Une simplicité et une relative austérité qui sont un gage de sobriété esthétique et de qualité.

Pour ce 35ème printemps de HatHut, les parutions continuent bon train, malgré une conjoncture peu favorable pour l’édition discographique. Werner X. Uehlinger ne veut pas pour autant baisser les bras : « Notre espoir est de pouvoir poursuivre sur notre chemin bien au delà des 35 années. Tant de « musiques pour le futur » attendent d’être découvertes et diffusées ! ».

Quatre productions viennent illustrer la richesse et l’exigence de ce label : ouverture aux nouveaux talents, fidélité sans failles aux musiciens confirmés et volonté de remettre en lumière des disques du catalogue un peu oubliés...

Halvorson-Radding-Wooley

Mary HALVORSON, Reuben RADDING, Nate WOOLEY : « Crackleknob »  -  voir en grand cette image
Mary HALVORSON, Reuben RADDING, Nate WOOLEY : « Crackleknob »
HatOLOGY / Harmonia Mundi

La jeune guitariste américaine Mary Halvorson a débuté sa carrière au début des années 2000. Etudiante à la Wesleyan University, établissement militant dans le domaine des arts, elle y a rencontré le professeur Anthony Braxton qui l’a intégrée à son Diamond Curtainwall Trio avec le trompettiste Taylor Ho Bynum, lequel Ho Bynum compte également Mary comme guitariste de son sextet ! (chronique). On le voit, les interactions entre ces musiciens engagés dans les musiques d’improvisation correspondent bien au caractère très ouvert et en perpétuelle mouvance de leur domaine artistique. Crackleknob, signé en trio avec le contrebassiste Reuben Radding et le trompettiste Nate Wooley s’inscrit totalement dans cette logique : sans section rythmique, cette musique se construit dans l’instant. A ce niveau, l’improvisation devient une pratique savante bâtie sur l’écoute de l’autre auquel on s’associe ou s’oppose, sans heurts et sans violence, y compris par le silence. Une démarche qui, sans être totalement originale, témoigne d’une solide pratique de la musique collective, sans filet et sans développements interminables : une qualité !

Ellery Eskelin trio.

Ellery ESKELIN with Andrea PARKINS and Jim BLACK : « One Great Night... Live »  -  voir en grand cette image
Ellery ESKELIN with Andrea PARKINS and Jim BLACK : « One Great Night... Live »
HatOLOGY / Harmonia Mundi

Le trio d’Ellery Eskelin (saxophone ténor) avec Andrea Parkins (accordéon, claviers) et Jim Black (batterie, percussion) est un des phares du label HatHut. Voilà déjà 15 ans que cette formation incarnant une certaine forme structurée de l’avant-garde explore les méandres de la musique en trio sur les compositions anguleuses du leader ou dans l’improvisation libre. Plusieurs albums pour HatOLOGY auront balisé la vie du trio. En référence à l’album One Great Day enregistré en 1996, ce One Great Night... Live fait office de bilan de parcours puisqu’il reprend des compositions antérieures d’Ellery Eskelin. Si le spectateur a pu savourer le concert du 9 décembre 2007 à Baltimore, l’auditeur que nous essayons d’incarner reste un peu sur sa faim et s’interroge légitimement : l’avant garde serait-elle vieillissante et usée par le temps ? Le trio semble fonctionner sur des schémas certes maîtrisés à force d’expérience mais un peu éculés. Andrea Parkins et Jim Black s’occupent de l’arrière plan tandis qu’Ellery Eskelin, en soliste, déroule un discours qui ne parvient pas à convaincre, reprenant souvent les poncifs des épanchements free. Bien sûr, les contrastes créés par les fluctuations rythmiques et le penchant rock de Jim Black retiennent l’attention tout comme la diversité des sonorités déployées par Andrea Parkins qui semble papillonner d’un clavier à l’autre. On perçoit mal la cohésion de l’ensemble et la cohérence du propos, à moins, sans doute d’être un inconditionnel de cette formation (on en connaît !). Dommage pour nous, sans doute !

Polwechsel-Tilbury

Polwechsel & John Tibury : « Field » -  voir en grand cette image
Polwechsel & John Tibury : « Field »
HatOLOGY / Harmonia Mundi

Le quintet Polwechsel a été fondé à Vienne en 1993. Il se définit comme un des premiers ensemble d’improvisation dans un esprit minimaliste et réducteur. A la différence de la liberté revendiquée par les purs et durs du free, la préoccupation de cette formation est de garder un contrôle constant du développement (la lenteur en l’absence de tempo tangible), les sons tenus comme des ondes vibratoires presque plates, le développement à peine perceptible. Aujourd’hui, le saxophoniste britannique John Butcher a remplacé le tromboniste Radu Malfatti, présent à l’origine de Polwechsel. Dans ce disque, le pianiste John Tibury fait figure de soliste invité si tant est qu’on puisse parler de soliste dans un tel contexte où toutes les voix se fondent dans une texture tissée en long métrage : une matière originale, fascinante et poétique. Une conception très convaincante du minimalisme. Signalons qu’ici, il n’est pas question d’improvisation collective mais de compositions dues, pour l’une au violoncelliste Michael Moser (22’12) et pour l’autre au contrebassiste Werner Dafeldecker (20’00 très exactement !).

Gerry Hemingway réédité

Gerry Hemingway Quintet : « Demon Chaser » -  voir en grand cette image
Gerry Hemingway Quintet : « Demon Chaser »
HatOLOGY / Harmonia Mundi

Nous concluerons ce petit panorama des nouveautés HatOLOGY par une réédition : le quintet americano batave du batteur Gerry Hemingway (également aux steel-drums). Un disque enregistré en 1993 mais qui ne méritait pas de rester dans l’oubli. Outre la rythmique implacable constituée de Mark Dresser (contrebasse) et le leader, on trouve le violoncelliste Ernst Reiseger, le tromboniste Wolter Wierbos, sans doute un des spécialistes les plus brillants et complets de l’instrument en Europe. Lien USA-Europe, l’excellent clarinettiste-saxophoniste alto, Michael Moore [1] est installé en Hollande depuis 1982. La composition Buoys lorgne elle aussi vers un certain minimalisme (pas si loin de Polwechsel) et un jeu de textures mais dans l’ensemble, cette formation aime à jouer sur/avec des structures rythmiques et harmoniques assez élastiques, des décalages, des superpositions de phrases qui se chevauchent et se combinent : un vrai plaisir du jeu (sans doute) pour des solistes aussi doués et un régal à l’écoute (assurément !) . Le disque le plus swinguant de cette sélection, preuve que chez HatHut, on aime aussi le chabada fantasque... Une musique (déjà) d’hier mais qui alimentera aussi agréablement notre futur comme en témoigne leur interprétation de A Night in Tunisia. Dizzy aurait-il aimé ?

Les disques HatHut/HatOLOGY sont distribués en France par Harmonia Mundi.

> Mary HALVORSON, Reuben RADDING, Nate WOOLEY : « Crackleknob » - HatOLOGY 662

Mary Halvorson : guitare / Reuben Radding : contrebasse / Nate Wooley : trompette

Enregistré à Brooklyn le 5 novembre 2006.

Compositions collectives.

01. Under The Weight Of Aphorisms / 02. The Poor Chew Words To Fill Their Stomachs / 03. In The Teeth Of Ideology / 04. Spoilsports / 05. Libidinous Objects & The Decay Of Self / 06. Lakehurst, 1937 / 07. Quavering Voices Of The Mutilated / 08. In The Application Of Standards / 09. Caldwell, 1925 / 10. The Cadence Of Her Dying Breath


> Ellery ESKELIN with Andrea PARKINS and Jim BLACK : « One Great Night... Live » - HatOLOGY 683

Ellery Eskelin : saxophone ténor / Andrea Parkins : accordéon, piano, piano électrique, orgue, sampler / Jim Black : batterie et percussion

Compositions d’Ellery Eskelin. Enregistré le 9 décembre 2007 à Baltimore (USA).

01. The decider / 02. For No Good reason / 03. Coordinated Universal Time / 04. Split The Difference / 05. Instant Counterpoint / 06. I Should Have Known / 07. Half a Chance


> POLWECHSEL & John TILBURY : « Field » - HatOLOGY 672

Burkhard Beins : batterie et percussions / Martin Brandlmayr : batterie et percussions / John Butcher : saxophones ténor et soprano / Werner Dadeldecker : contrebasse / Michael Moser : violoncelle / John Tilbury : piano

01. Place / Replace / Represent ( Michael Moser) / 02. Field ( Werner Dadeldecker)

Enregistré à Vienne (Autriche) en août 2007.


> Gerry HEMINGWAY Quintet : « Demon Chaser » - réédition - HatOLOGY 673

Michael Moore : saxophone alto, clarinette et clarinette basse / Wolter Wierbos : trombone / Mark Dresser : contrebasse / Ernst Reijseger : violoncelle / Gerry Hemingway : batterie et steel-drums

Compositions de Gerry Hemingway, sauf 2 : Dizzy Gillespie/arrangement G. Hemingway

01. Slamadam / 02. Night in Tunisia / 03. Buoys / 04. Holler Up / 05. Demon Chaser / 06. More Struttin’ With Mutton

Enregistré en mars 1993

> Liens :


[1Rien à voir avec son homonyme cinéaste !