« Le jazz tisse sa toile... »
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Fuites de Jazz, édition 2009 à Champeaux (50).

Premier festival : les éléments du succès !

D 30 août 2009     H 22:21     A Alain Quesner, Christian Ducasse, Jean-Pierre Poirier, Thierry Giard    


Le 25 avril dernier, un premier concert organisé avec soin et beaucoup de savoir-faire permettait de découvrir la nouvelle association du Sud-Manche, Les Fuites de Jazz qui invitait le quartet de Jérôme Seguin. Un ballon d’essai qui a impressionné (lire le compte-rendu). Cette équipe d’organisateurs motivés se donne et sait fédérer les énergies. Quelques mois (et quelques concerts) plus tard, les mêmes ont proposé un festival « compact », sur deux jours les 21 et 22 août. Des concerts en soirée mais aussi un jazz-club judicieusement positionné à 19h30 (... et bienvenu quand les musiciens « du soir » ont du retard comme ce fut le cas pour Nicolas Folmer !). En journée, quelques concerts dans les cafés du coin... Il n’en fallait pas moins pour que le public réponde présent et que des observateurs attentifs et curieux se déplacent.

C’est ainsi que ces deux jours vous seront relatés ici « à quatre voix » sous des angles différents... Preuve que ce nouvel évènement n’a laissé personne indifférent !...

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Hervé Hec (piano), Zigfried Arcadus (contrebasse), Daniel Jan (batterie).
Champeaux - 22 août 2009

« Fuites de jazz » sur la colline de Champeaux.

Apparues depuis peu dans le paysage swinguant du Sud Manche, « les Fuites de Jazz »
marquent de leur empreinte singulière esprits curieux ou vagabonds.

Leur fief se situe sur la grande colline de Champeaux face au Mont Saint-Michel, les festivités musicales y sont présentées sous toile. A la lecture de cette information, un rictus pourrait s’afficher chez les mélomanes. Ces derniers sont ravis, tant la convivialité et le confort auditif du visiteur sont garantis.

Lors de leur première initiative festivalière d’août, on pouvait rechercher en vain la fausse note. La seule réserve viendrait du côté d’une rôtisserie à parfaire dans un pays qui excelle dans le genre. Sur le mode du cousinage manchot, les amoureux de la foire de Lessay, trouveront de bénéfiques rapprochements sur le thème de la fête populaire donnée sur un champ à l’herbe accueillante. La communication y a été optimisée par le trio d’ Hervé Hec ou la musique klezmer de Valduna ce samedi 22 août.

Ecouter Hervé Hec au piano avec ses compagnons Ziegfrid Arcadus à la contrebasse et l’indispensable Daniel Jan aux percussions, constituait la meilleure mise en bouche pour des mets plus corsés.

Les intentions de cette joyeuse bande intitulée « les Fuites de Jazz », apparaissent clairement sous la direction artistique de Pierre Betton. Beaucoup de formations inédites à l’affiche, une grande accessibilité du public au travers de la gratuité ou de petits prix d’entrée et une grosse envie de partage loin des logiques institutionnelles.

On sent clairement le désir d’occuper un espace à défricher, territoire qui pourrait s’étendre au delà de la commune de Champeaux.

A suivre attentivement.

. :: Christian Ducasse ::.

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Daniel Givone à Champeaux
21 août 2009 - Photo © Christian Ducasse

Daniel Givone Quartet

vendredi 21 août - Chapiteau - Falaises de Champeaux

Daniel Givone : guitare / Anthony Muccio : guitare / Simon Mary : contrebasse / Jacques Julienne : accordéon

A la fin des années 70, Daniel Givone, à peine sorti de l’adolescence, était déjà considéré par ses pairs guitaristes de la région Basse-Normandie, où il résidait alors, comme une « pointure », reconnu comme un musicien surdoué dont on enviait la virtuosité et l’aisance naturelle qu’il affichait dans tous les styles connus.

Il fit ses premières armes en scène avec son père, accordéoniste réputé, dans les bals populaires et était là sans nul doute à très bonne école. Son frère, Jean-Claude, multi-instrumentiste, tira d’ailleurs lui aussi le meilleur profit de cet héritage familial.

Doué, bénéficiant d’une immersion dans la musique dès son plus jeune âge, il réunissait donc toutes les conditions pour devenir un excellent musicien et faire carrière dans le « métier ». Mais Daniel Givone, loin de se reposer sur ces acquis, habité par une passion amoureuse de l’art musical, s’avéra aussi être un infatigable travailleur, toujours à l’affût de nouvelles connaissances, cherchant toujours à perfectionner son jeu et en quête de la voie la plus juste pour son expression artistique.
Une constante s’imposa et s’affirma au fil des ans : la vénération pour le maître Django Reinhardt et il finit par s’engager résolument dans le courant du jazz manouche.

C’est sous cette étiquette que nous avons eu le plaisir de l’écouter ce vendredi soir à Champeaux dans le cadre du tout nouveau festival « Les Fuites de Jazz ».

Daniel Givone... hors-scène à Champeaux -  voir en grand cette image
Daniel Givone... hors-scène à Champeaux
21 août 2009 - Photo © Christian Ducasse

Ce soir-là, c’est sur une guitare jazz électrique qu’il avait choisi de s’exprimer au sein d’un quartet formé du très brillant accordéoniste Jacques Julienne, et d’une base rythmique impeccable : le jeune Anthony Muccio à la guitare rythmique et l’excellent Simon Mary à la contrebasse, « Le cœur et les poumons de la musique » dit de ces deux derniers Daniel Givone en les présentant.

Développant sur cet instrument une magnifique sonorité limpide et lumineuse mettant parfaitement en valeur toutes les subtilités de son jeu et de son toucher, le guitariste nous offrit une prestation remarquable.

La virtuosité reste la composante la plus évidente de son talent. Si elle est stupéfiante, il faut surtout souligner qu’il ne s’agit jamais de démonstration technique mais qu’elle est ici en elle-même un mode d’expression, portée par une profonde intention artistique. Flamboyance, expression d’une force vitale, d’un élan du cœur elle s’inscrit pleinement dans l’héritage de Django dont «  l’âme plane toujours sur la scène », déclare Daniel Givone mais aussi dans celui d’un autre maître qu’il admire et a également étudié : le grand John Mac Laughlin. Avec celui-ci, il partage également un intérêt pour des musiques traditionnelles venues du continent indien, et plus précisément du Népal. N’oublions pas que les origines du peuple manouche se situent de ce côté...

Manouche donc, oui mais pas seulement. Le jeu de Daniel Givone, qui d’ailleurs n’est aucunement manouche (son père était un immigré italien) se démarque de cette école par une originalité nourrie de tous les autres styles qu’il a étudiés et par une culture musicale ouverte . La beauté de son inspiration mélodique et de ses compositions en est le fruit. Ce goût pour la mélodie, qu’il tient peut-être de ses origines italiennes, est d’ailleurs aussi une des composantes essentielles de sa personnalité musicale. Le guitariste manie avec une grande élégance toutes les subtilités expressives de l’instrument et donne à chaque note, à chaque accord une force émotionnelle portée par un toucher d’une grande sensibilité. Chaque phrase est énoncée avec une remarquable clarté. L’énergie et la maîtrise rythmique sont impressionnantes. Tout cela fait de Daniel Givone un guitariste de tout premier plan sur la scène jazz actuelle et sûrement l’un des plus agréables à écouter du fait de la générosité et de l’émotion qui se dégagent de son jeu.

> Un artiste à découvrir absolument. On peut à cet effet consulter son site internet : www.danielgivone.com

. :: Jean-Pierre Poirier ::.

Nicolas Folmer Quartet

samedi 22 août - Chapiteau - Falaises de Champeaux

Nicolas Folmer : trompette / Jean-Yves Jung : piano / Mauro Gargano : contrebasse / Rémi Vignolo : batterie.

Co-leader du Paris Jazz Big Band avec le saxophoniste Pierre Bertrand, Nicolas Folmer vole également de ses propres ailes depuis l’album I comme Icare qui le porta aux nues du jazz puisqu’il récolta un Django d’Or en 2005. Il y eu ensuite, au fil logique de la carrière du trompettiste, un second album, Fluide (chez Cristal records) puis un hommage à Michel Legrand enregistré plus récemment. C’est sur ce répertoire sensible et très mélodique qu’était centrée la plus grande partie du concert de Champeaux.

Nicolas Folmer à Champeaux. -  voir en grand cette image
Nicolas Folmer à Champeaux.
22 août 2009 - Photo © T. Giard / Culturejazz

Remarquablement entouré par un trio polyvalent et virtuose, Nicolas Folmer joua avec beaucoup de naturel et un sens du phrasé qui ne sombre jamais dans la démonstration technique. Bien que le quartet ait disposé de peu de temps pour « se parler » (dixit le leader) avant le concert à la suite d’un imbroglio dans les transports, ils surent trouver tout de suite leurs marques en proposant une prestation de haut niveau. Avec l’appui de Jean-Yves Jung, pianiste au jeu sensible et volubile, de l’italien Mauro Gargano et sa contrebasse chantante, du contrebassiste également, mais ici batteur, Rémi Vignolo, Nicolas Folmer apporta une nouvelle jeunesse à un répertoire fréquemment traité avec trop de romantisme. La rythmique est souvent ferme et appuyée : Rémi Vignolo, visiblement heureux et très adroit derrière les toms et cymbales se laisse emporter par son enthousiasme et en fait parfois « un peu trop » sans pour autant nuire à l’ensemble, il faut le reconnaître.

Au bilan, un concert de très hautes tenue qui aura permis d’entendre un trompettiste qui n’avait pas encore eu les honneurs de programmations régionales. Un lacune comblée grâce aux Fuites de Jazz !

. :: Thierry Giard ::.

Quand le jazz essaye de dévoyer St Michel.

Saint Michel, perché sur le mont qui porte son nom, combattant le démon depuis des centaines d’années, n’en croyait pas ses oreilles ce weekend du 21 au 22 août. Non content de se farcir cette espèce de dragon luciférien crachant feu et sang sur la côte normande, lui parvenaient, du coté des champs bordant les falaises Champeaux [1], les échos de la musique du Diable : le jazz !

Et de sacrées « fuites de jazz » [2].puisqu’il s’agissait entre autre du Quartet du guitariste Daniel Givonne sur des musiques manouches. De la trompette de Nicolas Folmer et son trio revisitant le répertoire de Michel Legrand. Le trio du pianiste Hervé Hec (qui nous gratifia un certain nombre d’années de sacrées prises de « bec »(3) avec le jazz) et de ses complices, le contrebassiste Siegfrid Arcadus et Daniel Jan à la batterie (affichiste de talent, auteur de nombreuses pochettes de disques - les premiers album de Sixun - ) .

Daniel Jan : au bonheur du jazz ! -  voir en grand cette image
Daniel Jan : au bonheur du jazz !
Photo © CultureJazz / Thierry GIARD

Du côté de Saint Jean le Thomas parvenait également aux oreilles de notre terrasseur de démon une voix charmeuse qui aurait pu le détourner de son noble combat. Celle de Florence Davis chantant Honeysuckle rose ou le célébrissime Night in Tunisia de son parrain Dizzy Gillespie. Parfois filtraient a travers les feuilles des arbres la brise légère des échos de musique roumaine, klezmer ou manouche distillée par le groupe franco/britannique Valduna.

Pour couronner le tout, ce week end du 21/22 août, l’astre Soleil (païen) s’était fait le complice de ces « jazzeux » des Fuites de Jazz. La seule consolation de Saint Michel face à cette avanie, c’est que, redoré depuis peu de temps, il brillait de tous ses feux. Dur dur d’être un Saint...

. :: Alain Quesner, Animateur sur RCF Calvados-Manche ::.

> Lien :


[1Petit village bas normand situé sur les côtes de la Manche entre Le Mont Saint Michel et Granville.

[2Association Bas Normande ayant pour objectif la promotion et la diffusion du jazz.