« Le jazz tisse sa toile... »
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Rééditions : Trois paires d’étoiles...

Les disques de trois duos mythiques à nouveau de sortie !

D 8 septembre 2009     H 22:10     A Thierry Giard    


De retour dans les bacs de nos (trop rares) disquaires (ou sur les devantures virtuelles des sites de vente en ligne...), voici trois duos devenus « historiques ». Ces enregistrements remontent couvrent les décennies 1970-1990. Pourtant, il ne sont aucunement « datés », surtout pas par la qualité de la gravure, ce serait faire injure à l’exigence de Manfred Eicher, le boss d’ECM et à Werner X. Uehlinger qui porte le chapeau du label Hat-Hut. Cette musique a passé sans dommages les épreuves du temps et elle n’en est que plus savoureuse aujourd’hui. On dira même que, dans le cas de Gary Burton et Chick Corea, le plaisir de se retrouver fréquemment pour jouer cette musique sur scène est resté intact. On l’aura constaté, par exemple, lors du concert qu’ils ont donné ce 29 juillet 2009 à La Roque d’Anthéron.

On peut noter que, parmi ces trois duos, celui qui réunit Max Roach et Archie Shepp est le plus audacieux puisqu’il ne fait appel à aucun instrument harmonique, à la différence des deux autres disques. On trouvera cependant un point commun entre ces trois joyaux du jazz moderne : un sens du dialogue porté par une profonde envie de mettre la musique en jeu. Et nous, auditeurs, ne pouvons que nous en réjouir !

Gary BURTON - Chick COREA : Crystal Silence / The ECM recordings 1972-79

Gary BURTON - Chick COREA : Crystal Silence / The ECM recordings 1972-79 -  voir en grand cette image
Gary BURTON - Chick COREA : Crystal Silence / The ECM recordings 1972-79
ECM / Universal Music

Lorsqu’ils enregistrèrent l’album Crystal Silence, le vibraphoniste Gary Burton et le pianiste Chick Corea n’avaient guère en commun que le fait de s’être succédés dans la formation de Stan Getz. Ce duo prit forme en trois jours en novembre 1972. Il a suffi de deux concerts à Berlin et d’une séance en studio à Oslo. C’est ainsi naquit le premier disque qu’on retrouve dans un coffret tout neuf, en trois parties et quatre CDs. Aujourd’hui, ces deux musiciens éprouvent toujours le même bonheur à jouer ensemble avec un son incomparable et une virtuosité naturelle qui n’est jamais démonstrative.

Le coffret qui vient de paraître permet de retrouver les trois premières étapes discographiques de leur collaboration qui se sont poursuivies sur d’autres labels (le dernier en date chez Concord en 2008). Outre Crystal Silence (1972) à la pureté intacte, on trouvera Duet enregistré en 1978. Dans ce second disque, Corea explore en duo quatre pièces de la série des Children Songs qui ne sont pas sans évoquer les Mikrokosmos de Béla Bartók en forme de sonates pour piano et vibraphone (avec une pointe de swing cependant !). L’album prend de ce fait une couleur plus « classique » sur le plan musical, contrebalancée par une seconde moitié qui met en valeur deux superbes compositions de Steve Swallow (Radio et Never) pour s’achever sur une interprétation incandescente de La Fiesta, un des tubes hispanisants de Chick Corea. Alors plongé en pleine période électrique, le pianiste semble trouver ici un espace pour prouver qu’il est toujours un musicien sérieux en même temps qu’un vrai pianiste de jazz.

Le coffret se referme sur la réédition de l’album enregistré en concert à Zürich en 1979 (disques 3 et 4) : toute la magie des alliages entre le piano dansant et swinguant de Corea et la science harmonique et mélodique de Gary Burton transcendée par la présence du public : la force du live ! Cette fois encore, on notera la mise en valeur de trois superbes compositions de Steve Swallow, compagnon de longue date du vibraphoniste en particulier.

Incontournable !

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Max ROACH & Archie SHEPP : « The Long March »

Max ROACH - Archie SHEPP : « The Long March » -  voir en grand cette image
Max ROACH - Archie SHEPP : « The Long March »
HatOLOGY / Harmonia Mundi

Vous voulez une preuve de l’importance de cet enregistrement dans l’histoire du jazz des trente dernières années ? Sachez alors qu’il s’agit de la quatrième édition ! Autant dire qu’il doit figurer dans nombre de discothèques... Si vous ne le possédez pas encore, ne manquez pas cette occasion de vous racheter (et de l’acheter !).

Après avoir joué le jazz dans bien des formules, du big-band (Ellington à ses débuts) au trio (avec Rollins -Saxophone Colossus- ou Ellington et Mingus -Money Jungle-...), le batteur Max Roach (1924-2007) s’engagea dans une série de rencontres en duo avec des musiciens issus de la génération du free-jazz mais plus tard aussi avec son vieux complice Dizzy Gillespie. En 1976, le premier de ces dialogues fut enregistré avec Archie Shepp : l’album « Force / Sweet Mao / Suid Afrika ». Il rencontra ensuite Anthony Braxton (pour Birth and Rebirth en 1978) mais aussi avec le pianiste Abdullah Ibrahim.

on aime !
on aime !

En 1979, Max Roach retrouve Archie Shepp au festival de Willisau (Suisse) pour une exceptionnelle leçon de jazz librement construit sur les fondamentaux. Un équilibre quasi parfait entre le respect des racines et de la tradition (Sophisticated Lady par Shepp, en solo) et la modernité (les 26 minutes de The Long March ; Giant Steps par Shepp à nouveau en solo). Seul à la batterie ou dans les échanges avec le saxophoniste, Max Roach rappelle qu’il est un rythmicien à la rigueur extrême. Une maîtrise technique qui permet une grande liberté dans la construction de structures sophistiquées vraiment éblouissantes (J. C. Moses et Triptych, un bel hommage à l’histoire de la batterie jazz qui se termine par le légendaire solo de cymbales charleston !).

Mais ce disque, même s’il comporte quatre plages en solo (2 pour chacun) est avant tout un dialogue qui prend sa force et son énergie dans des convictions sociales et politiques dont la musique se fait le miroir. Bien qu’ils appartiennent presque à des générations différentes (Roach est né en 1924 et Shepp en 1937), ces deux musiciens sont unis par une même ferveur militante. Ce disque rappelle en outre les combats et les espoirs de l’époque : le combat du peuple noir (U-Ja-Maa), le maoïsme idéalisé (The Long March) et la lutte contre l’apartheid (South Africa...). En cela, c’est aussi une leçon d’histoire.

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Lee KONITZ - Martial SOLAL : « Star Eyes - 1983 »

Lee KONITZ - Martial SOLAL : « Star Eyes 1983 » -  voir en grand cette image
Lee KONITZ - Martial SOLAL : « Star Eyes 1983 »
HatOLOGY / Harmonia Mundi

Une autre conception du duo (qui pourra paraître plus légère que le dialogue entre Roach et Shepp !), une joute habile entre deux jongleurs des notes qui prennent un malin plaisir à déjouer les pièges que chacun tend à placer sur leur parcours commun. C’est qu’au moment où ce disque fut enregistré (1983), Lee Konitz et Martial Solal avaient déjà une longue expérience de jeu en commun au gré des occasions qui se présentaient sur le parcours musical autonome de chacun.

Leur rencontre la plus célèbre eut lieu en 1974 à Juan les Pins, en quartet avec avec Daniel Humair (batterie) et Niels-Henning Ørsted Pedersen (contrebasse). Le disque Jazz à Juan reste une référence encore aujourd’hui mais il ne faudrait pas négliger ce duo enregistré neuf ans plus tard : il met en évidence le foisonnement d’idées qui construit les savoureux échanges entre deux musiciens à la carrière si riche en rencontres déterminantes qui semblent jouer presque en dilettante (et pourtant !...). Une poignée de standards, trois compositions célèbres de Konitz, une de Solal et une avalanche de citations et de clins d’œil en font un disque foisonnant de jazz et de malice, le tout mené avec une grande courtoisie et beaucoup d’élégance. Une heure (et quelques minutes) de vrai bonheur dès lors qu’on adhère aux esthétiques de Konitz et de Solal.

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> Gary BURTON - Chick COREA : « Crystal Silence - The ECM recordings 1972-79 » - ECM 2036-39 / Universal Music France.

Gary Burton : vibraphone / Chick Corea : piano

CD1 : Crystal Silence

01.Señor Mouse / 02. Arise, Her Eyes / 03. I’m Your Pal / 04. Desert Air / 05. Crystal Silence / 06. Falling Grace / 07. Feeling And Things / 08. Children’s Song / 09. What Game Shall We Play Today

CD2 : Duet

01. Duet Suite / 02. Children’s Song No. 15 / 03. Children’s Song No. 2 / 04. Children’s Song No. 5 / 05. Children’s Song No. 6 / 07. Radio / 08. Song to Gayle / 09. Never / 10. La Fiesta

CDs 3 & 4 : In Concert, Zürich, October 28, 1979

01. Señor Mouse / 02. Bud Powell / 03. Crystal Silence / 04. Tweak / 05. I’m Your Pal - Hullo, Bolinas / 06. Love Castle / 07. Falling Grace / 08. Mirror, Mirror / 09. Song To Gayle / 10. Endless Trouble, Endless Pleasure

enregistrements réalisés entre 1972 et 1979.


> Max ROACH - Archie SHEPP : « The Long March » - HatOLOGY 2-640 / Harmonia Mundi

Max Roach : batterie / Archie Shepp : saxophone ténor

Enregistré en concert au festival de Willisau (Suisse) , le 30 août 1979

CD1 : 01. J. C. Moses (Roach) / 02. Sophisticated Lady (Ellington-Mills-Parish) / 03. The Long March (Roach) / 04. U-JAA-MA (Shepp)

CD2 : 01. Triptych - For Big Sid - Drums Unlimited - Papa Jo (Roach) / 02. Giant Steps (Coltrane) / 03. South Africa Doddamn (Roach) / 04. It’s Time (Roach)


> Lee KONITZ - Martial SOLAL : « Star Eyes 1983 » - HatOLOGY 668 / Harmonia mundi

Lee Konitz : saxophone alto / Martial Solal : piano

Enregistré en public le 11 novembre 1983 au New-Jazz-Festival de Hambourg

01. Just Friends / 02. Star Eyes / 03. It’s You / 04. Body & Soul / 05. Subconscious-Lee / 06. Fluctuat Nec Mergitur / 07. April / 08. What’s New / 09. Cherokee


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