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Collection hiver 2010 #2 : ECM

Quoi de neuf sur le label munichois ?

D 26 février 2010     H 21:53     A Thierry Giard    


Après une année 2009 qui marquait la célébration des 40 années d’existence du label ECM (Edition of Contemporary Music), Manfred Eicher conserve une activité régulière et suivie en restant fidèle à ses orientations esthétiques. Les quatre disques que nous présentons ici reflètent parfaitement la spécificité d’ECM basée sur la diversité et une constante exigence artistique.

Ralph TOWNER & Paolo FRESU : « Chiaroscuro »

Ralph TOWNER & Paolo FRESU : « Chiaroscuro » -  voir en grand cette image
Ralph TOWNER & Paolo FRESU : « Chiaroscuro »
ECM / Universal

> ECM 2085 - distribution Universal France

Ralph Towner : guitares classique, 12 cordes et baritone / Paolo Fresu : trompette et bugle.

Compositions de Ralph Towner sauf 5 (Miles Davis-BillEvans), 9 et 10 (Towner/Fresu)

01. Wistful Thinking / 02. Punta Giara / 03. Chiaroscuro / 04. Sacred Place / 05. Blue In Green / 06. Doubled Up / 07. Zephyr / 08. The Sacred Place (reprise) / 09. Two Miniatures / 10. Postlude

La carrière de Ralph Towner est intimement liée au label ECM depuis 1972. La discographie du guitariste comprend plusieurs enregistrements avec le groupe Oregon qui contribua à ouvrir le jazz vers les « musiques du monde ». Aujourd’hui, ce jeune septuagénaire se fait plus discret mais possède toujours le même toucher de guitare irréprochable, trop parfait peut-être. Dans ce duo assez atypique, il explore les interactions possibles avec le trompettiste Paolo Fresu dont c’est le premier enregistrement pour ECM [1].

Un dialogue chaleureux, d’un grand raffinement et d’une maîtrise technique absolue (Paolo Fresu est impressionnant de justesse), se noue entre les deux musiciens. Il manque cependant un peu d’aspérités à cette musique souvent trop lisse pour qu’elle nous séduise totalement. À l’écoute de leur belle interprétation de Blue in Green, on se dit que quelques standards ou reprises bien choisis auraient peut-être créé le contraste qui manque un peu dans les compositions de Ralph Towner.

François COUTURIER : « Un jour si blanc »

François COUTURIER : « Un jour si blanc » -  voir en grand cette image
François COUTURIER : « Un jour si blanc »
ECM / Universal

> ECM 2103 - distribution Universal France

François Couturier : piano solo

01. L’aube / 02. Un calme matin orangé / 03. Lune de miel / 04. L’intemporel (Hommage à J.S. Bach) / 05. Le soleil rouge / 06. Der Blaue Reiter / 07. Sensation (Hommage à Arthur Rimbaud) / 08. Un jour si blanc (Hommage à Andreï Tarkovski) / 09 à 12. Colors (Part 1-4) / 13 à 14. Clair-obscur (Part 1-2) / 15. Voyage d’hiver / 16. Par les soirs bleus d’été / 17. Moonlight // Enregistré en septembre 2008

« Un jour si blanc est une promenade calme de l’aube au crépuscule dans un monde idéal où « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » (Beaudelaire) ». Ainsi commence le court et très beau texte de François Couturier qui accompagne ce nouvel opus, le premier en piano solo pour ce pianiste. Ces rêveries du promeneur solitaire ont eu pour cadre un studio de Lugano, en Suisse et aux confins de l’Italie, en septembre 2008. C’est peut-être ce qui confère à cette musique son caractère automnal : lumières diffuses, regards sur le temps passé, repli sur les valeurs essentielles.

Le piano se fait sensible, le toucher est précis mais sait préserver les résonances propices à la méditation sur des compositions profondément inspirées. En filigrane de ces thèmes enchaînés, on trouve Bach et Rimbaud, Toru Takemitsu ou un standard suggéré (I Fall in Love too Easily dans Lune de miel) et toujours cette référence à la passion du musicien pour le cinéma d’Andrei Tarkovski (qui était au centre du précédent album de Couturier : Nostalghia – song for Tarkovsky - 2006 -).

À ce stade de sa carrière, François Couturier n’a plus à démontrer sa valeur. C’est ce qui lui permet d’être lui même, en toute simplicité mais avec force et élégance. Un très beau disque, intemporel.

Tord GUSTAVSEN ENSEMBLE : « Restored, Returned »

Tord GUSTAVSEN ENSEMBLE : « Restored, Returned » -  voir en grand cette image
Tord GUSTAVSEN ENSEMBLE : « Restored, Returned »
ECM / Universal

> ECM 2107 - distribution Universal France

Tord Gustavsen : piano / Tore Brunborg : saxophones ténor et soprano / Kristin Asbjørnsen : vocal / Mats Eilertsen : contrebasse / Jarle Vespestad : drums

01. The Child Within / 02. Way In / 03. Lay Your Sleeping Head, My Love / 04. Spiral Song / 05. Restored, Returned / 06. Left Over Lullaby No. 2 / 07. The Swirl / Wrapped In A Yielding Air / 08. Left Over Lullaby No. 1 - O Stand, Stand At The Window / 09. Your Crooked Heart / 10. The Gaze / 11. Left Over Lullaby No. 3 // Enregistré à Oslo en janvier 2009

Après trois albums remarqués et remarquables en trio [2], le pianiste norvégien Tord Gustavsen n’a pas voulu se laisser enfermer dans une formule triangulaire pour développer d’autres modes d’expression à l’intérieur d’un ensemble. Une commande du Vossajazz Festival (Norvège) lui a permis de réaliser son projet et de le présenter en concert. Ce disque, Restored, Returned, reprend ces compositions superbement enregistrées avec tout le savoir-faire de la maison ECM ! Si le saxophoniste Tore Brunborg sonne très « scandinave », au soprano (« l’école » Garbarek ?), il peut aussi développer une belle sonorité, grave et profonde au ténor (Wrapped...) mais c’est surtout la voix de Kristin Asbjørnsen qui retient l’attention avec un grain râpeux imprégné de blues dans les thèmes les plus félins du disque (Lay Your Sleeping Head, My Love, Restored, Returned et Wrapped ...).

L’écoute du disque nous entraîne dans un cheminement contrasté entre des séquences brumeuses et diffuses (The Child Within...) qui alternent avec des pièces aux structures rythmiques plus charpentées, celles qui nous séduisent le plus pour tout dire ! Il y a dans cet ensemble un potentiel qui doit se révéler avec plus d’évidence au contact du public. Pour le moment, on ne boudera pas ce beau disque, poétique et varié interprété avec finesse par d’excellents musiciens.

Stefano BATTAGLIA - Michele RABBIA : « Pastorale »

Stefano BATTAGLIA - Michele RABBIA : « Pastorale » -  voir en grand cette image
Stefano BATTAGLIA - Michele RABBIA : « Pastorale »
ECM / Universal

> ECM 2120 - distribution Universal France

Stefano Battaglia : piano, piano préparé / Michele Rabbia : percussion, électronique

01. Antifona libera (a Enzo Bianchi) / 02. Metaphysical Consolations / 03. Monasterium / 04. Oracolo / 05. Kursk Requiem / 06. Cantar del alma / 07. Spirits of Myths / 08. Pastorale / 09. Sundance in Balkh / 10. Tanztheater (in memory of Pina Bausch) / 11. Vessel of Magic // Enregistré en septembre 2008.

Stefano Battaglia aime dialoguer avec un percussionniste. Un échange presque d’égal à égal puisque le piano est aussi un instrument à percussion et il le conçoit comme tel. Après avoir croisé ses cordes avec les peaux et les métaux de Pierre Favre ou Tony Oxley, S. Battaglia privilégie le travail avec l’extraordinaire percussionniste qu’est Michele Rabbia, un musicien qui ouvre le champ de la percussion vers des univers sonores uniques, avec ou sans l’aide de dispositifs électroniques.

Il y a dans cette musique une force métaphysique (presque mystique comme l’évoque la référence pastorale...) qui captive, en marge des conventions et des genres bien définis (ce qui pourra laisser certains indifférents). Chaque pièce définit des espaces sonores faits de vibrations et de résonances. Souvent, le piano propose ou esquisse des formes rythmiques assez abstraites sur lesquelles les percussions de M. Rabbia tissent une trame sonore diffuse et inspirée (Oracolo).

On imagine aisément ce dialogue comme une danse, un jeu où le geste induit le son comme le laisse penser Tanztheater, une pièce dédiée à la mémoire de la chorégraphe Pina Bausch.

> Liens :

Towner/Fresu :

Couturier :

Gustavsen :

Battaglia / Rabbia :


[1Compte tenu des liens qui unissent le label Watt de Carla Bley avec ECM, Paolo Fresu a déjà mis un pied dans la maison en enregistrant le disque « The Lost Chords find Paolo Fresu » !

[2Lire la chronique de « Being There » -2007- sur CultureJazz