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Collection hiver 2010 #3 : les délices de Mélisse

3 disques du label d’Édouard Ferlet.

D 6 mars 2010     H 08:27     A Thierry Giard    


« La mélisse officinale (Melissa officinalis) est une plante herbacée vivace de la famille des Lamiacées. Son nom vient du grec melissophullon qui signifie « feuille à abeilles ». » [1]. Jadis, on l’appelait aussi « herbe du bonheur »... Voilà donc un bien joli nom pour un label destiné à procurer des émotions en distillant une musique raffinée et inventive dont on pourra facilement faire son miel.

À la tête de ce label, on trouve le pianiste Édouard Ferlet et son complice, Benjamin Gratton. Le catalogue comporte aujourd’hui huit références : la qualité et la complicité artistique priment sur la quantité. Une démarche qui se caractérise par un souci de rigueur au service de la musique avant tout.

Nous allons nous arrêter sur les trois derniers disques du label, publiés entre juin 2009 et février 2010, à retrouver sur le site www.melisse-music.fr et distribués par Abeille Musique.

Frédéric NOREL : « Dreamseekers »

Frédéric NOREL : « Dreamseekers » -  voir en grand cette image
Frédéric NOREL : « Dreamseekers »
Mélisse / Abeille Musique

> Mélisse Mel 666006 - distribution Abeille Musique - paru en juin 2009.

Frédéric Norel, violon, compositeur / Alexandra Grimal, saxophones / Jean-Marc Foltz, clarinette / Benjamin Moussay, Fender Rhodes, clavier / Arnault Cuisinier, contrebasse

01. Dreamseekers / 02. Nuit après nuit / 03. Regards intérieurs / 04. Un Homme contre une femme / 05. Naissances / 06. Le Présage de Fanny / 07. Inconscients / 08. Les Neiges éternelles // enregistré en janvier 2009.

Comme un cœur qui bat... Ce disque est porté par une pulsation qui sert de fil rouge aux huit magnifiques compositions de Frédéric Norel. Pourtant, il n’y a pas de batteur dans cette formation agencée comme une palette de couleurs qui suggérent les contours d’un univers où la musique se fait narrative, poétique et imagée. Un ostinato sur les cordes du violon, le goutte à goutte des notes du piano, une ligne de contrebasse, des sons tenus, autant de procédés qui suffisent à créer la trame de chaque thème pour nous inviter au voyage.

on aime !
on aime !

Parmi ses chasseurs de rêves, le violoniste Fred Norel a invité deux de ses complices du Jazztet de Bernard Struber : le remarquable Jean-Marc Foltz aux clarinettes et le pianiste, alchimiste de la magie des sons, Benjamin Moussay. À la contrebasse, Arnaud Cuisinier peaufine les graves avec une sonorité d’une grande richesse.

Et puis, il y a Alexandra Grimal dont les saxophones irisent les compositions de Frédéric Norel. Son intervention sur le très romantique « Un homme contre une femme » est particulièrement exemplaire et bouleversante...

Du grand art, hors normes.

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Édouard FERLET : « Filigrane »

Édouard FERLET : « Filigrane » -  voir en grand cette image
Édouard FERLET : « Filigrane »
Mélisse / Abeille Musique

> Mélisse Mel 666007 - distribution Abeille Musique - paru en novembre 2009

Edouard Ferlet, piano / Airelle Besson, trompette, voix / Alexandra Grimal, saxophones, voix / Fabrice Moreau, batterie, voix /

01. La Fable du grimoire / 02. Il n’y a plus d’appret / 03. Salamandre / 04. Salamandre / 05. Valentine’s Day / 06. Note Line / 07. Bords perdus / 08. Interchange / 09. Julien / 10. Amane / 11. Sans titre apparent / 12. Tamanraset / 13. Je viens d’apprendre // Enregistré au Studio La Buissonne à Pernes Les Fontaines les 27, 28 et 29 juillet 2009.

Trois jours de plein été dans le Vaucluse, à la Buissonne, chez Gérard de Haro. On imagine le chaud soleil et une ambiance quelque peu indolente, propice à des flâneries musicales au gré des compositions du pianiste Édouard Ferlet. Deux femmes, deux hommes et des histoires qui se racontent, des conversations qui se nouent, des chemins qui se croisent. Filigrane propose une musique qui se construit en différents plans, sur des structures mouvantes qui servent de point d’appui aux propos toujours pertinents des solistes (échanges fructueux et riches entre Alexandra Grimal, décidément incontournable désormais, et Airelle Besson dont l’allure sage et réservée n’est que la parure d’une imagination fertile).

on aime !
on aime !

En l’absence d’un contrebassiste, le pianiste s’appuie sur le jeu inventif de Fabrice Moreau, batteur à fort potentiel (écoute attentive et richesse du propos). Tous nous emmènent dans un belle errance musicale au gré des vagues que ne manque pas de dessiner le piano d’Édouard Ferlet (un phrasé volontiers romantique mais porteur d’un feeling où le swing est plus que suggéré) qui n’évite pas la houle qui agite Interchange, par exemple, une pièce d’une grande densité.

Filigrane ? Un disque de tout premier plan.

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Franck VAILLANT : « Magnetic Benzine »

Franck VAILLANT : « Magnetic Benzine » -  voir en grand cette image
Franck VAILLANT : « Magnetic Benzine »
Mélisse / Abeille Musique

> Mélisse Mel 666008 - distribution Abeille Musique - parution le 18 mars 2010

Franck Vaillant, tambours, cymbales et composition / Soobin Park, chant, changgo, kwaenggwari, taepyeongso / Guillaume Orti, sax alto, c-melody sax, Korg MS-20 / Jozef Dumoulin, piano & Fender Rhodes / Jean Luc Lehr, basse électrique, contrebasse

01. L’Affaire à l’envers / 02. Petites Etoiles de Paris / 04. Million dollars / 05. Womp womp / 06. Fil de feu / 07. XY / 08. Boom boom ship / 09. Bondage Maracas / 10. Amulette / 11. Dancing In Armor / 12. Pousse tes pas / 13. Sadhana // Enregistré à Paris en octobre 2009.

Où l’on retrouve le quartet du batteur, et rassembleur d’éléments composites, Franck Vaillant qui s’illustrait en « couleurs explosive »s dans l’album Spirea en 2008 (label Yolk).

Cette fois, les quatre complices accueillent la musicienne coréenne Soo-Bin Park et lui font la politesse d’ouvrir les festivités par une séquence en forme de collage de chant traditionnel Pansori / Samul-nori sur rythmique electro-punk. Et ça fonctionne ! Pour une simple raison : le refus de toute idée de fusion dans l’esprit « world-music » pour préserver les identités et les juxtaposer. C’est sans doute cela le magnétisme de Benzine.

on aime !
on aime !

Bien sûr, on retrouve le territoire musical habituel des membres du groupe qui puise son inspiration dans les eaux les plus créatives du rock, du funk, du jazz, de l’électro, voire du punk. Un courant européen qui prolonge avec son identité propre le parcours de Steve Coleman et se ramifie vers Magic Malik, Octurn (Dumoulin, Orti...), Thôt en gardant l’idée fondamentale que le collectif trouve sa richesse dans l’expression de chaque individu. L’improvisation est largement valorisée sur des structures souvent complexes, imbriquées, superposées portées par le groove. On goûtera donc ici le chant d’alto de Guillaume Orti ou le savant maillage mélodique, harmonique et rythmique qui se tisse sous les doigts de Josef Dumoulin qu’on entend largement au piano (et moins au fender rhodes)... et on s’en réjouit (influence du producteur Édouard Ferlet peut-être ?).

Beaucoup plus travaillé (pensé ?) que le précédent album Spirea, ce nouveau disque de Franck Vaillant mérite vraiment une écoute attentive car il porte les signes de maturité d’un courant musical qui est désormais une des esthétiques fortes d’un jazz en perpétuel devenir.

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