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Raphaël IMBERT : NEWTOPIA PROJECT & SIXTINE GROUP

Sous le signe des Gémeaux

D 9 décembre 2006     H 19:59     A Michel Delorme    


Sortis, et conçus, en même temps, CES disques sont jumeaux.

Faux jumeaux, certes, car ils sont aussi dissemblables que possible.

Mais complémentaires comme dans la vie, et en ce sens shakespeariens.

Le premier, comme son titre l’indique, est une réflexion sur le deuil et le deuxième un joyeux fourbi jubilatoire.

Suite Elégiaque

Jamais depuis le XP-2 du grand Magic Malik avais-je entendu quelque chose d’aussi dense, d’aussi profond, d’aussi exigent.

Amateurs de David Sanborn, passez votre chemin.

Newtopia Project -  voir en grand cette image
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Suite élégiaque - 2006 - Zig Zag Territoires dist Harmonia Mundi

Les titres sont enchaînés mais je vais quand même tenter de les caractériser.

Ouverture s’ouvre, justement, sur un alto colemanien ( Ornette, pas Steve ) et un ostinato de piano conduit à un thème dont le début claque comme le Also sprach Zarathustra de Richard Strauss.

Le piano se fait rêveur et glisse vers Les Ancêtres où un superbe solo d’alto, que titille la flute, monte s’exaspérer doucement dans les aigus, si je peux dire.

La deuxième séquence du troisième mouvement, Regard face à la lumière, met en scène Zim Ngqawana qui démarre free à mort avant de céder la place au Regard de Yaron Herman pour la troisième partie. Décèlerais-je dans ce solo quelque trace du grand Tristano ? Pas triste.

Le quatrième mouvement, Eternité douce/amère, débute par un beau piano baroque et voit les saxophones alto se superposer pour atteindre le paroxysme final.

Migrant Workers

Le piano fleure bon l’univers de l’ immense Abdullah Ibrahim. Si l’on devait ne retenir que The Wedding, ce serait déjà suffisant pour le qualifier de génie de l’écriture musicale, comme Pharoah Sanders avec Venus ou Joe Zawinul avec A remark you made .
L’alto de Zim n’est pas en reste pour explorer le monde du plein sud de notre Mère Afrique, dont il est lui aussi originaire, dans un solo lyrique où il cite l’incontournable A Love Supreme.

Pieces for Christmas Peace

Fortuitement, je le sais, ce titre d’ album contient deux mots : Peace Piece qui devraient rappeler à tous un célèbre pianiste. De même que la pochette qui évoque furieusement les Golden Circle d’Ornette.

Ce disque est supposé être un recueil de chants de Noël, les titres sont là, mais c’est tout autre chose.

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Pieces for Christmas Peace - 2006 - Zig Zag Territoires dist Harmonia Mundi.

C’est un superbe kaléidoscope bordélique et réjouissant qui soubresaute sur quinze titres.

Tango Triste, du leader, commence sur les harmonies du sublime L’eau à la bouche de Gainbourg. Morceau composé pour le film du même nom dans lequel Bernadette Lafont affola nos adolescences.

Comme tout au long du CD, l’accordéon de Jean-Marc Fabiano sonne comme un harmonium dans O little town of Bethlehem. Enfin quelqu’un qui ne se croit pas obligé de singer Astor Piazzolla le Maître, qui devrait rester le seul dépositaire du tango classique argentin. Vocaux méditatifs.

Ouch ! Changement radical avec le traitement de Santa Claus is comin’ to Town dont le thème explose littéralement comme au bon vieux temps du Big Band de Dizzy Gillespie en 1948, dont se souvient encore Jef Gilson. Raphaël nous assène un faramineux solo d’alto que n’ aurait pas renié Eric Dolphy et le bugle de Christophe Leloil ( ouvert, écoutez ce son) prend la suite avec brio.

Le vocal a plus à voir avec le trio LHR qu’avec la crêche du petit Jésus.

Winter Wonderland est traité comme une chanson de 1930. Kitch à souhait.

Avec I’ll be Home for Christmas et White christmas, c’ est carrément Voulez-vous danser Mademoiselle ! Et comble du comble, White se termine avec un petit côté fiesta antillaise.

Amazing Grace est à peu près le seul morceau qui soit rendu dans sa forme traditionnelle.

Frosty the Snowman tranche à nouveau radicalement. C’est une joyeuse faridon où le thème se mélange avec Royal Garden Blues et où la trompette, wah wah ou non, sonne la charge. Avant que le ténor de Raphaël ne s’identifie à un Bud Freeman qui aurait viré vite fait à un Albert Ayler jouant Mon beau Sapin. De circonstance, non ?

TIMON EN BERCEUSE. Alors là, RESPECT. Composition de classe supérieure,soprano tendre sur lit de clarinette basse, on atteint le SUBLIME. C’ est beau comme un Garbarek qui aurait écouté Wayne Shorter et Joni Mitchell ( Raphaël, envoie ce morceau à Manfred Eicher ! ). Ce joyau vaut à lui seul l’achat du disque, sinon vous êtes sourd ou vous avez un goût de chiotte. J’ai dit.

Autre grand moment, Away in a Manger. L’intro de ténor se recommande de Pharoah Sanders et la magnifique complicité avec le bugle étonne de beauté.

Oh Hanuka voit Jean-Luc Difraya s’émerveiller en un vocal limpide dont un passage frise Klaus Nomi, image hardie, sans jamais tomber dans la bê(a)tification obcène d’Era.

Une suave intro d’accordéon/harmonium amène la jolie ritournelle de Cette veille de Christmas qui n’est pas sans rappeler le Quebec et Bruce Springsteen réunis. Pas étonnant, renseignements pris le compositeur nous vient d’ Acadie.

Une « walking bass » introduit Santa Claus is back in Town sur un tempo d’enfer. Le thème fait penser aux séances Barney Wilen/Kenny Dorham mais avec un son de batterie ellingtonien. Mr Imbert délivre un solo de ténor texan, que nous appelions « velu » au temps de notre belle jeunesse. Ce bougre peut tout faire mais ne sombre jamais dans les excès de James « Zavatta » Carter.

Le Spinoza de Raphaël s’ouvre sur une corne de brume et clot de belle façon ce pied de nez au carcan de la tradition.

ET Raphaël Imbert nous promet un Bach to Coltrane pour 2007. Le Jazz français porte de grandes espérances, singulèrement du côte de la Bonne Mère.



> NEWTOPIA PROJECT Suite Elégiaque : Zig Zag Territoires ZZT 061103 Dist. Harmonia Mundi

SUITE ELEGIAQUE/MIGRANT WORKERS
Raphaël Imbert ( saxophones, direction, composition ), Yaron Herman ( piano ), Zim Ngqawana ( saxophone, flutes, composition sur « Migrant Workers » ), Stephan Caracci ( vibraphone ), Simon Tailleu ( contrebasse ), Cedrick Bec ( batterie ).

Suite Elégiaque : Premier Mouvement « Ouverture » / Second Mouvement « Les Ancêtres » / Troisième Mouvement « Regard face à la lumière » / Quartième Mouvement « Eternité douce/amère » /
Tous les titres sont enchaînés mais les plages sont numérotées, sur le CD uniquement.
Migrant Workers


> SIXTINE GROUP Pieces for Christmas Peace - Zig Zag Territoires ZZT 061104 Dist. Harmonia Mundi

PIECES FOR CHRISTMAS PEACE
Raphaël Imbert ( saxophones, clarinette basse, direction, composition - 1, 8,15 ), Jean-Marc Fabiano ( accordéon ), Christophe Leloil
(trompette, bugle ), Stephan Caracci ( vibraphone ), Simon Tailleu ( contrebasse ), Cedrick Bec ( batterie )
Vocalistes invités : Jean-Luc Difraya ( voix, percussions ), Marion Rampal ( voix ).

1- Tango Triste / 2- O Little town of Bethlehem / 3- Santa Claus is comin’ to Town / 4- Winter Wonderland / 5- Amazing Grace / 6- I’ ll be home for Christmas / 7- Frosty the Snowman / 8- Timon en berceuse / 9- White Christmas / 10- Away in a manger / 11- Oh Hanukah / 12- Cette Veille de Christmas / 13- Santa Claus is Back in Town / 14- Auld Lang Syne / 15- Spinoza

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