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Junas 2010 (2) : l’art de la rencontre, la rencontre de l’art.

Jazz à Junas, un festival à dimension humaine.

D 6 août 2010     H 18:43     A Denise Giard, Thierry Giard    


Après un prélude passionnant le 17 juillet pour mettre en appétit, le festival reprenait le mercredi 21. Une pause de quelques jours nécessaire pour aménager le site étonnant des carrières anciennes en un vaste espace de concert qui permette de savourer pleinement la suite du menu. Le programme de choix a été préparé minutieusement par l’association Jazz à Junas [1], noyau de passionnés qui ne font pas leur shopping dans les rayons des tournées estivales standardisées mais qui assument de vrais choix artistiques. Cela donne un festival qui fait la clairement la différence : originalité, cohérence, et un éclectisme exigeant. La réussite repose aussi sur la présence d’une importante équipe de fourmis ouvrières, les bénévoles du festival.

Stéphane Pessina-Dassonville, président de « Jazz à Junas » -  voir en grand cette image
Stéphane Pessina-Dassonville, président de « Jazz à Junas »
Photo : © CultureJazz

Tout le village s’investit dans une manifestation qui est devenue une source de fierté. Il faut entendre Raymond, un sénior intarissable qui vante les mérites de cette manifestation à toutes les occasions. Lui, il savoure les concerts au temple : il sont gratuits et permettent de vraies rencontres avec des artistes intègres et exigeants : des spirituals de belle facture du quartet vocal « By The Gospel River » en passant par Noël Akchoté ou les espaces improvisés, libres et aériens, du duo Maguelone Vidal / Pascal Contet...

Il y a aussi Régine, rencontrée au hasard d’une promenade dans les ruelles du village. Elle ouvre avec passion la porte de son beau jardin. Elle aime ce village et l’esprit qui l’habite. Bénévole de la première heure, elle héberge les techniciens : le gîte et une belle chaleur humaine en plus. On peut compter sur elle, c’est certain !

Jazz à Junas, c’est aussi la mise en valeur des ressources locales comme l’illustre, par exemple, la collaboration avec les viticulteurs. La culture s’enracine ici comme les pieds de vigne qui s’épanouissent dans le terroir calcaire des Terres de Sommières. Pendant le festival, on peut déguster des crus locaux de caractère. Pendant l’année scolaire, le jeune public peut goûter les saveurs du jazz grâce aux actions mises en place par l’association. Des concerts sont programmés toute l’année pour maintenir le lien entre le public et les artistes, souvent locaux mais pas seulement. Un vrai travail de fond très structuré qui a permis la création d’emplois salariés mais qui ne perd pas de vue le désir les créer des rencontres, d’installer une convivialité qui est le meilleur ferment de la créativité. Cette dimension humaine essentielle qui est chère au président de l’association, Stéphane Pessina-Dassonville. Il ne manque pas de rappeler ces valeurs lors de présentations de concerts qui apportent touours un éclairage pertinent sur la logique artistique qui a étayé la construction des soirées. Cette exigence et cette action culturelle de fond portent leurs fruits comme le prouve la fréquentation du festival : une réussite méritée [2] qui n’est pas par hasard !

Noël Akchoté à Junas - 21 juillet 2010 -  voir en grand cette image
Noël Akchoté à Junas - 21 juillet 2010
Photo : © CultureJazz

À la différence des années précédentes où le festival « partait à la rencontre » d’un pays du Vieux Continent, il s’est centré cette année sur New-York une ville qui pourrait être, à elle seule, une des « nations » emblématiques du jazz. Entre les musiciens du sud de la France, une belle palette de musiciens français (au sens large) et européens, les jazzmen new-yorkais avaient une place de choix.

Nous vous avions déjà présenté le prélude du festival avec la formation de Samuel Silvant et le trio de Raphaël Imbert (lire : prélude du festival) , nous allons donc nous arrêter sur la suite du festival à l’exception du samedi 24 juillet. Nous ne pouvions être présents, malheureusement, pour écouter Patrice Soletti et Barre Phillips, Le trio de Stéphane Kerecki augmenté de Tony Malaby et, en final, David Murray et les Gwo Ka Masters (les commentaires seront les bienvenus à propos de cette soirée et/ou de l’ensemble du festival !).

> Mercredi 21 juillet - 18 heures - Temple de Junas

Noël Akchoté solo

Ceux qui ont gardé l’image d’un guitariste radical triturant son instrument à la recherche de l’inoui auront sans douté été surpris ! « C’était plein de chansons de plein d’époques », a déclaré laconiquement Noël Akchoté à la fin d’un concert où il a dessiné les contours de mélodies pop avec une grande finesse. Ainsi réduites à leur structure minimale, elles sonnaient comme des standards au charme presque désuet. Un beau moment de finesse et de simplicité.

> Mercredi 21 juillet - 21 heures - Carrières de Junas

« Push The Triangle » -Franck Vigroux Trio- invite Ellery Eskelin

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Franck Vigroux, Michel Blanc, Stéphane Payen et Ellery Eskelin - Junas, 21 juillet 2010.
Photo : © CultureJazz

Sur scène, Franck Vigroux n’est pas sans rappeler Marc Ducret, en plus radical encore, peut-être... Le guitariste assume totalement des choix esthétiques qui proposent de violents contrastes générés avec une énergie électrique. Une musique aussi escarpée que les volumes des carrières de Junas : pans verticaux qui s’élèvent dans l’azur étoilé du ciel. Un univers vertigineux partagé avec le batteur Michel Blanc et le saxophoniste Stéphane Payen où le saxophoniste Ellery Eskelin a fait un peu figure d’extra-terrestre cherchant les codes d’accès d’un espace musical assez fermé. La rencontre avec ce « quatrième type » sera reportée à un autre épisode ?

Al Di Meola « World Sinfonia »

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Kevin Seddiki et Al Di Meola - Junas, 21 juillet 2010
Photo © CultureJazz

Al Di Meola est un artiste sérieux et responsable : il l’a prouvé ce soir-là. En l’absence de la moitié de son « World Sinfonia » en raison de grèves dans les transports aériens et de problèmes de santé, il a assuré un concert de qualité qui a comblé le public venu en masse pour l’écouter. On se laisse facilement captiver par une musique qui fusionne habilement des influences latines et méditerranéennes bien servie par des musiciens de talent et un leader brillant dont on apprécie l’envie de jouer et de communiquer malgré les aléas du jour... de son anniversaire ! (célébré avec « des bulles » en fin de concert, sur scène ! D’où un rappel généreux avec une reprise de « Starwberry Fields » -Lennon/McCartney- qui fit mouche...). Une mention spéciale pour le jeune percussionniste (brésilien ?) qui joua au pied levé avec le « World Sinfonia » pour redonner un peu de couleurs à la musique et impressionna Di Meola himself par ses capacités d’adaptation.

> Jeudi 22 juillet - 18 heures - Temple de Junas

« By The Gospel River »

Un quartet vocal masculin « made in Languedoc-Roussillon » qui propose une relecture respectueuse et talentueuse du répertoire des spirituals et du Gospel. Emmenés par le guitariste et vocaliste leader Emmanuel Djob, cette formation a enthousiasmé le public nombreux réuni dans le temple de Junas.

> Jeudi 22 juillet - 21 heures - Carrières de Junas

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Ben Monder (guitare), Daniel Humair (batterie) et Jérôme Sabbagh (sax ténor) à Junas - 22 juillet 2010
Photo : © CultureJazz

Jérôme Sabbagh - Ben Monder - Daniel Humair

En marge de notre entrevue le 1er mai dernier, Daniel Humair semblait très enthousiaste à l’idée d’enregistrer quelques jours plus tard avec ce trio créé à l’initiative du saxophoniste Jérôme Sabbagh. À Junas, ils donnaient leur premier concert et il ne fallut pas beaucoup attendre pour comprendre que ce trio possède un formidable potentiel. Jérôme Sabbagh a acquis sa maturité musicale à New-York où il réside et travaille depuis plusieurs années. Leader d’un quartet remarqué, il aime aussi diversifier les formules, en solo, duo, trio... comme avec celui-ci, sans contrebasse mais avec la guitare de son complice de longue date, Ben Monder, un des guitaristes les plus originaux qui se soient révélés dans le jazz depuis belle lurette. Les trois hommes ont su trouver la position d’équilibre en s’appuyant essentiellement sur les compositions de Jérôme Sabbagh dont la finesse mélodique et harmonique laissait ouvert le champ de l’improvisation. Ben Monder a sagement construit des architectures sonores incroyables d’inventivité que Daniel Humair est venu colorer et mettre en lumière par son jeu de batterie flamboyant. Très concentré en début de concert, Jérôme Sabbagh est venu ensuite se positionner au plus près de ses deux complices pour mieux mêler leurs voix dans des échanges de très haut niveau.

Le premier disque de ce trio tout neuf, « I Will Follow You », paraîtra au début septembre (label Bee Jazz)... Suivons-les dès maintenant. Avis aux programmateurs !

« Contact » : John Abercrombie - Marc Copeland - Billy Hart - Dave Liebman - Doug Weiss

Marc Copland, pianiste de « Contact » - Junas, 22 juillet 2010 -  voir en grand cette image
Marc Copland, pianiste de « Contact » - Junas, 22 juillet 2010
Photo © CultureJazz

« Contact » n’est pas un nouveau quintet du saxophoniste Dave Liebman (qui n’est pas, non plus, le leader du groupe Quest, dont fait également partie le batteur Billy Hart). Ce All-Stars et plutôt la réunion de musiciens qui partagent le même plaisir du jazz qui se cale entre tradition (les standards, parfois... l’équilibre entre thème et improvisation) et modernité, liberté, inventivité. Tout cela fonctionne harmonieusement et, si la musique produite n’est pas d’une grande originalité, elle capte facilement l’oreille de l’auditeur pour l’inciter à une écoute attentive et fort plaisante. Deux mentions spéciales : la première au pianiste Marc Copeland, leader et soliste de grande classe dans ses propres projets qui prend plaisir à apporter sa pierre (précieuse) à cet édifice collectif, la seconde au contrebassiste Doug Weiss qui, en l’absence de Drew Gress a parfaitement trouvé sa place dans le quintet (où scintille doucement la guitare d’un John Abercrombie assez « dilettante » !).

> Vendredi 23 juillet - 18 heures - Temple de Junas

Maguelone vidal et Pascal Contet - Junas, 23 juillet 2010 -  voir en grand cette image
Maguelone vidal et Pascal Contet - Junas, 23 juillet 2010
Photo © CultureJazz

Pascal Contet et Maguelone Vidal

« C’est un duo d’anches » annonce Pascal Contet en surprenant plus d’un auditeur... C’est que saxophones et accordéon fonctionnent sur le même principe de mise en vibration de lamelles flexibles ! Une flexibilité qui est un des points forts de ce duo qui improvise avec un bonheur communicatif. La gestuelle de la languedocienne, Maguelone Vidal, au saxophone baryton comme au soprano, participe de son expression musicale : elle s’empare de l’espace avec le corps et les sons pour mieux vivre le dialogue avec l’accordéon de Pascal Contet, un maître de l’improvisation et de la création contemporaine et classique. En rappel, une mélodie s’invite dans les volutes des improvisateurs : l’Hymne à l’Amour de Piaf... Une belle manière de conclure un dialogue intense et passionnant.

> Vendredi 23 juillet - 21 heures - Carrières de Junas

« Paloma Recio » : Tony Malaby Quartet

Tony Malaby à Junas, le 23 juillet 2010 -  voir en grand cette image
Tony Malaby à Junas, le 23 juillet 2010
Photo © CultureJazz

Le jeu de scène n’est pas leur préoccupation première ! Ces musiciens (exceptionnels !) sont là pour jouer ensemble la musique pensée et écrite par Tony Malaby (eh oui ! Malaby, l’improvisateur, compose aussi !). La rencontre aura lieu si l’auditeur n’attend pas qu’on vienne le chercher délicatement : il sera nécessaire de faire quelques efforts pour entrer dans un univers sans doute austère à première vue mais d’une densité et d’une intelligence remarquables. L’assise rythmique de ce quartet repose sur la complicité de Nasheet Waits, batteur dont les qualités sont aujourd’hui justement reconnues, et du contrebassiste Eivind Opsvik, un jeune musicien qui sait exploiter toute la richesse sonore de son instrument. On retrouve ici le guitariste Ben Monder aussi impressionnant que la veille avec Jérôme Sabbagh qui offre au saxophoniste Tony Malaby un superbe tapis moiré de lumières électriques pour que s’envolent ses improvisations toujours inspirées. C’était le premier concert de ce quartet hors de New-York. En cela aussi, ce moment fut exceptionnel, une immersion dans le jazz exigeant et charnu de musiciens qui maîtrisent totalement l’art de l’improvisation dans des cadres structurés. Où pourra-t-on les entendre à nouveau ? Ils méritent amplement qu’on les invite souvent en Europe !

Jacky Terrasson Trio

Jacky Terrasson à Junas, le 23 juillet 2010. -  voir en grand cette image
Jacky Terrasson à Junas, le 23 juillet 2010.
Photo © CultureJazz

Jacky Terrasson est un très bon pianiste, indiscutablement. Il possède bien des qualités et, en particulier, il manifeste un vrai plaisir à jouer avec son trio une musique chaleureuse au groove irrésistible. Sa main gauche agile et volubile complète eficacement le fil mélodique de la main droite en composant une polyrythmie qui fusionne divers courans du jazz. Ces musiciens sont cultivés et dépensent une énergie communicative. Le public apprécie et en redemande mais nous restons un peu sur notre faim à l’issue d’un concert qui n’apportait pas grand chose de neuf dans le cheminement d’un pianiste qui reprend un répertoire connu (sa version de Smile est un peu datée !)et qui a une fâcheuse tendance à développer les thèmes interminablement... Ça plait mais ça devient lassant à la longue !

Une prestation honnête cependant...

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> Liens :


[1L’association Jazz à Junas et so festival sont membres de l’AFIJMA (Association des Festivals Innovants en Jazz et Musiques Actuelles), un label de qualité et l’assuarnce d’un engagement miliant au service de la diffusion des musiques issues du jazz et de l’improvisation.

[2Une réussite réconfortante quand on sait que le public est souvent plus attiré par des manifestations, certes plus médiatisées, qui ne sont que de grosses machines aux programmes sans imagination... Encore une raison pour privilégier les festivals adhérents de l’AFIJMA !

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