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Collection de rentrée - septembre 2010#1

Les disques du mois.

D 26 août 2010     H 18:29     A Thierry Giard    


Et c’est parti pour une nouvelle « saison » comme on dit (Vivaldi aurait du mal à s’y retrouver désormais !). Puisque c’est la « rentrée » (année scolaire/année civile, le chevauchement du temps !), les disques commencent à éclore à nouveau (à moins que ce ne soient les fruits de l’automne ? on s’y perd !).

Pour cette fin d’été (on s’y retrouvera mieux ainsi), voici quelques disques qui pourront donner un peu de baume au cœur pour travailler (plus ou moins ?), se détendre, se cultiver...
Le piano est, une fois de plus à l’honneur avec François Couturier, Chucho Valdés, Cesarius Alvim, Robin Notte, Danilo Rea... Mais cette sélection est avant tout variée. À vous d’écouter !

ARCHIMUSIC : « Terres arc-en-ciel »

ARCHIMUSIC : « Terres arc-en-ciel » -  voir en grand cette image
ARCHIMUSIC : « Terres arc-en-ciel »
Le Triton / Musea

> Label Le Triton TRI 10016 - distribution Musea

Jean-Rémy Guédon : saxophone, direction et composition / Nicolas Genest : trompette et bugle, flûtes, composition, architecture phonographique / Yves Rousseau et Guillaume Séguron : contrebasse, basse / David Pouradier Duteil & Antoine Banville : batterie / Jean-Pierre Arnaud : hautbois, cor anglais, cornemuse / Nicolas Fargeix : clarinette / Emmanuelle Brunat : clarinette basse / Valérie Granier : basson / + de nombreux invités africains, antillais...

11 titres enregistrés à Montreuil et Coutances (France), Pointe Noire (Congo) et Yaoundé (Cameroun).

Depuis 1993, le saxophoniste Jean-Rémy Guédon œuvre pour entremêler des musiques et des musiciens provenant de différents courants : jazz, classique, musiques contemporaines, musiques du Monde. Archimusic en est le laboratoire collectif et ce projet, Terres arc-en-ciel est une des facettes de son travail. Il s’agit cette fois d’un itinéraire qui guide l’auditeur à la rencontre de cultures venues d’Afrique avec, au volant du taxi-brousse, le trompettiste Nicolas Genest.

La musique présentée dans ce disque est chaleureuse, pleine de vie, généreuse. L’alliage des timbres des bois, voix, cuivres est percussions est très réussi et on retrouve avec plaisir des couleurs qui ne sont pas sans rappeler que les maîtres du jazz des années 60 et 70 avaient eux aussi cherché à rapprocher les cultures. Les ombres de John Coltrane, Pharoah Sanders, Don Cherry et d’autres jalonnent ce parcours.

Un disque qui saura combler des auditeurs épris d’ouverture culturelle exigeante, bien pensée loin de toute tentation commerciale. On regrettera cependant certains parti-pris de montage et de mixage façon « rembobinage de bande » qui nuisent à la cohérence de certains enchaînements.

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François COUTURIER - François MÉCHALI - François LAIZEAU (Les trois F) : « Musica Callada »

François COUTURIER - François MÉCHALI - François LAIZEAU (Les trois F) : « Musica Callada » -  voir en grand cette image
François COUTURIER - François MÉCHALI - François LAIZEAU (Les trois F) : « Musica Callada »
Zig-Zag Territoires / Harmonia Mundi

> Zig-Zag Territoires ZZT100803 - distribution Harmonia Mundi

François Couturier : piano / François Laizeau : batterie / François Méchali : contrebasse // compositions de Federico Mompou (1893-1987) sauf indication contraire.

01. Musica Callada 1 | 02. Variation 1 (3 F) | 03. Impresiones Intimas 1 | 04. Musica Callada X | 05. Variation 2 (F. Méchali) | 06. Variation 3 (F. Couturier) | 07. Variation 4 (F. Laizeau) | 08. Cancion y Danza III | 09. Palmier d’étoiles (3 F) | 10. Cancion y Danza VII | 11. Lamentation (3 F) | 12. Jardin secret (F. Couturier) | 13. Musica Callada XXV | 14. Cancion y Danza IX | 15. Jeux (3 F) | 16. Septième Prélude | 17. Musica Callada XXVIII // Enregistré du 11 au 13 mai 2009 - Paris

Musica Callada, la musique du silence, un des pans de l’œuvre du compositeur catalan Federico Mompou qu’interprètent les Trois François depuis quelques années déjà. En fait, ils préfèrent dire qu’ils « se jouent de » la musique d’un homme qui ne chercha jamais la notoriété, occupé qu’il était à composer une musique sensible et mélodique. Le disque qui paraît en cette fin août est donc le fruit d’un travail commun engagé depuis 2006 au moins (cf. le concert de Caen). Il nous parvient aujourd’hui en pleine maturité. On sait que ces trois compères sont liés de longue date. François Couturier et François Laizeau étaient une moitié d’un quartet qui marqua le jazz français des années 80 (avec JP Celea et D. Pifarely) et leur cheminement a été long et riche depuis cette époque. François Méchali a promené sa contrebasse avec bonheur du free au swing aux côtés des plus grands pour se consacrer aujourd’hui un peu plus à la transmission de son savoir.

À l’issue du concert d’octobre 2006, nous écrivions que « ce trio s’est construit sur des amitiés durables et on sent à tout moment une grande complicité un un plaisir de jouer sans concessions à la facilité qui fait plaisir à entendre. ». La joie de les écouter aujourd’hui n’est que plus grande encore. Avec le temps, la magie du studio et la confiance de l’équipe du label Zig-Zag, ils nous proposent un disque aussi sérieux que joyeux avec le savoir faire des grands du jazz.

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Kellylee EVANS : « Nina »

Kellylee EVANS : « Nina » -  voir en grand cette image
Kellylee EVANS : « Nina »
Plus Loin Music / Harmonia Mundi

> Plus Loin Music PL4528 - distribution Harmonia Mundi

Kellylee Evans : vocal / Marvin Sewell : guitares / François Moutin : contrebasse / André Ceccarelli : batterie

01. Do What You Gotta Do (J. Webb) | 02. Don’t Let Me Be Misunderstood (B. Benjamin, G. Caldwell, S. Marcus) | 03. Ain’t Got No/ I Got life (G. McDermot/J. Rado, G. Ragni) | 04. Mood Indigo (I. Mills, EK Ellington, AL Bigard) | 05. Feeling Good (L. Bricusse, A Newley) | 06. Tomorrow is My Turn (M. Stallman, C. Aznavour) | 07. I Loves You Porgy (I & G. Gershwin, D. Heyward) | 08. July Tree (I. Jurist, E. Merriam) | 09. Love Me or Leave Me (G. Kahn, W. Donaldson) | 10. Ne me quitte pas (J. Brel) | 11. Sinnerman (trad.) | 12. Wild is The Wind (N. Washington, D. Tiomkin) // enregistré en décembre 2009 au Studio Gimmick de Yerres (France)

Kellylee Evans a ses racines en Jamaïque mais elle elle canadienne, originaire d’Ottawa. Comme bien des vocalistes de sa génération, cette jeune personne a « percé » dans l’univers un peu fade de la « soul-pop ». De toute évidence, elle opère un virage vers le jazz plus orthodoxe avec cet album qu’elle dédie à Nina Simone autour d’un ensemble de thèmes empruntés à des auteurs de renom. On retrouve Ellington (Mood Indigo), Gershwin (I loves You Porgy) aux côtés de Brel (Ne me quitte pas) et Aznavour (Tomorrow is my turn). Pas de prise de risques avec ces thèmes qui ont résisté à l’épreuve du temps mais qui, de ce fait, doivent être transcendés, ce qui n’est jamais gagné !

Remarquablement secondée par le jeune guitariste Marvin Sewell (né à Chicago et basé à Brooklyn) qui sait varier les ambiances par une palette de belles couleurs sonores, Kellylee Evans fait preuve de qualités certaines en sachant adapter le timbre velouté de sa voix aux différents registres et climats de la musique qu’elle modèle avec sa personnalité. Elle dispose pour cela d’une rythmique à toute épreuve avec François Moutin (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie). On se demande toutefois si l’intérêt de ce disque ne réside pas plus dans la cohésion de ce quartet que dans la prestation de la chanteuse qui possède un talent certain mais qui peine à se démarquer du peloton serré des voix actuelles, toutes plus méritantes les unes que les autres mais pas toutes émouvantes, loin s’en faut ! Cette « Nina » est séduisante cependant. Vous vous laisserez peut-être charmer par un disque fort bien réalisé par le label rennais Plus Loin Music ?

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Eddie GOMEZ - Cesarius ALVIM : « Forever »

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Eddie GOMEZ - Cesarius ALVIM : « Forever »
Plus Loin Music / Harmonia Mundi

> Plus Loin Music PL4529 - distribution Harmonia Mundi

Eddie Gomez : contrebasse / Cesarius Alvim : piano

01. Witch Hunt (W. Shorter) | 02. Spring is here (Rodgers & Hart) | 03. Roda Vida (C. Alvim) | 04. Shining Star (C. Alvim) | 05. Forever (Eddie Gomez) | 06. Children’s Song - à tous les enfants du monde (C. Alvim) | 07. Ode to a dream (C. Alvim) | 08. The Dolphin (L. Eça) | 09. Lady CB (E. Le Lann) | 10. Invitation (B. Kaper, PF. Webster) | 11. Boréal Paysage (C. Alvim) // Enregistré à New-York en janvier 2010.

Après les retrouvailles discographiques entre Keith Jarrett (piano) et Charlie Haden (contrebasse) - Jasmine/ECM -, voici celles de Cesarius Alvim et Eddie Gomez. Même formule instrumentale et mêmes qualités d’écoute, de respect mutuel, de complicité. Le même amour de la musique, pour tout dire. Cesarius Alvim, le brésilien désormais breton est un phénomène musical. Lui qui a grandi aux rythmes de la samba, a appris le piano avant de venir à Paris pour devenir un des meilleurs contrebassistes de sa génération retrouve ici les 88 touches d’un instrument new-yorkais. Avec Eddie Gomez, il reprend une conversation commencée il y a plus de 20 ans pour l’album Threefold (avec le trompettiste Eric Le Lann pour dessiner les lignes mélodiques).

on aime !
on aime !

Les années sont passées mais la sonorité d’Eddie Gomez, est toujours aussi riche, le phrasé limpide. Découvert dans le trio de Bill Evans, ce contrebassiste né à Porto-Rico a conservé un sens particulier du dialogue avec les pianistes qui transparaît encore remarquablement ici. Cesarius Alvim se montre particulièrement à l’aise dans ces échanges sur un ensemble de thèmes qui inspirent la sérénité. Son vécu de contrebassiste est sans doute un atout pour parvenir à trouver la bonne place dans leurs échanges. Une polyvalence qui évite l’écueil de la virtuosité instrumentale (le « pianisme » démonstratif !) au bénéfice de la musique qui coule ici, claire et limpide. Chaque note est à la juste place tout simplement : la merveilleuse alchimie du jazz qui va droit au cœur.

Nous ne manquerons pas de signaler que Cesarius Alvim est aussi peintre et, à ce titre, auteur de l’image qui orne la pochette de cet album ! Un artiste on ne peut plus complet !

Remarquable !

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PANAM PANIC ! : « Panam Panic ! »

PANAM PANIC ! : « Panam Panic ! » -  voir en grand cette image
PANAM PANIC ! : « Panam Panic ! »
Autoproduction / Musicast.

> Autoproduction - distribution Musicast.

Robin Notte : Fendre Rhodes / Max Pinto : saxophone, flûtes / Julien Alour : trompette et bugle / Julien Tassin : guitare / Julien Herné : basse / Arnaud Renaville : batterie // invités : Beat Assaillant (4) et Teka (9) : vocal, rap

01. Revo | 02. I Can | 03. Keep Going | 04. Panam Panic Down | 05. Fashion Victim | 06. Polyphase | 07. Funky Cop | 08. Mysterious Thing | 09. Positive Justice | 10. Up and down | 11. Midnight Sun // enregistré à Paris en janvier 2010.

Après la vogue de l’électro-jazz (ou jazz-électro, question de priorité !), il semblerait qu’on entre dans une phase de décantation qui tend à revenir à la pratique instrumentale en laissant la sphère des musiques électroniques vivre sa propre vie (virtuelle ?). Panam Panic en est une illustration. Créé par un pianiste inventif et polyvalent, Robin Notte et le saxophoniste Max Pinto, ce sextet franco-belge dégage une énergie réjouissante dans un disque réussi parce qu’il parvient à équilibrer sans savants calculs et avec naturel l’inventivité du jazz (des solistes généreux qui se donnent) et une vigueur juvénile rocky-funky-groovy (une rythmique sans faiblesses). En onze titres ficelés avec le savoir faire de vieux briscards, ces six garçons dans le vent des musiques urbaines ont conçu un album qui a beaucoup de personnalité qui ne cherche pas à effacer l’influence de leurs univers de référence. On trouve là la trace des alliage amorcés dès les années 70 par les musiciens de Detroit autour du label Tribe Records.

Un disque qui incite à découvrir cette jeune formation qui tend une passerelle entre les musiques électriques et le jazz, rapprochant ainsi des publics qui ne sont pas si différents, somme toute !

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Danilo REA : « Piano Works X - A tribute to Fabrizio de André »

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Danilo REA : « Piano Works X - A tribute to Fabrizio de André »
ACT / Harmonia Mundi

> ACT 9759-2 - distribution Harmonia Mundi

Danilo Rea : piano

01. Bocca di rosa (De André, Fabrizio) | 02. Oona / Caro amore (Concierto de Aranjuez) (Rea, Danilo / Rodrigo Vidre, Joaquin (Caro amore) | 03. Il pescatore (De André, Fabrizio) | 04. Ave Maria (De André, Fabrizio) | 05. La ballata dell`amore cieco (De André, Fabrizio) | 06. La stagione del tuo amore (De André, Fabrizio) | 07. Girotondo (De André, Fabrizio) | 08. La canzone di Marinella (De André, Fabrizio) | 09. Highlands (Rea, Danilo) | 10. Carlo Martello (De André, Fabrizio) | 11. Valzer per un amore (De André, Fabrizio) // enregistré en janvier 2010 à Schloss Elmau.

Parlant de son professeur, Lilliana Vallazza, le pianiste italien Danilo Rea se souvient : “Elle me disait toujours, quelle que soit la musique que tu joues, pense toujours à la sonorité. Quand tu joues une note, donne-lui toute sa profondeur.”. Seul devant son grand piano Steinway, pour ce dixième opus de la série Piano Works du label ACT, Danilo Rea prouve qu’il a bien retenu ces conseils. Plutôt qu’un assemblage de pièces disparates, il a choisi de rendre hommage à l’auteur-compositeur italien Fabrizio de André (1940-1999), sorte de Brassens transalpin, libre penseur très attaché à la culture de son pays mais assez méconnu ailleurs. Rea glisse quelques une de ses propres compositions en contrepoint de la musique de De André et ose même une fine interprétation du Concerto d’Aranjuez.

Au final, l’association d’un pianiste virtuose, inventif et très expressif avec un compositeur fin mélodiste donne un disque hors du temps, comme un récital classique où le jazz s’inviterait par la petite porte pour placer ses notes bleues tout au long de ce parcours enchanteur aux senteurs d’Italie.

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Chucho VALDÉS & The Afro-Cuban Messengers : « Chucho’s Steps »

Chucho VALDÉS : « Chucho's Steps » -  voir en grand cette image
Chucho VALDÉS : « Chucho’s Steps »
World Village / Harmonia Mundi

> World Village WVF013 - distribution Harmonia Mundi

Chucho Valdés : piano, direction, compositions / Lázaro Rivero Alarcón : basse / Yaroldy Abreu Robles : congas / Juan Carlos Rojas Castro : batterie / Dreiser Durruthy Bombalé : tambours batá et voix / Carlos Miyares Hernández : saxophone ténor / Reinaldo Melián Alvarez : trompette /Yaroldy Abreu Robles : percussion / Baira Fermina Ramirez et Yemi Menocal : chœurs

01. Las Dos Caras (Both Sides) | 02. Danzon | 03. Zawinul’s Mambo | 04. Begin to be Good | 05. New Orleans (A tribute to the Marsalis Family) | 06. Yansa | 07. Julian | 08. Chucho’s Steps //

Un disque tout entier partagé entre un profond amour du jazz et de ses mythes (Coltrane, Zawinul, Marsalis, Ellington...) et l’enracinement dans une culture cubaine en perpétuelle mutation (richesse des rythmes, évocation de la danse...). Deux facettes (Both Sides) qui se répondent dans chacun des titres de l’album. Chucho Valdés est un géant, non seulement par sa stature mais surtout pour ce qu’il est et ce qu’il fait. Son clin d’œil au Giant Steps de Coltrane (devenu Chucho’s Steps) colle bien à la dimension du personnage. Avec une aisance confondante, il s’empare de thèmes qu’il façonne avec l’habileté d’un sculpteur sonore. Le Birdland de Zawinul, par exemple, s’allie à des rythmes chaloupés pour rendre un hommage plein d’élégance au pianiste autrichien. Les solistes rivalisent d’énergie sur des composition qui laissent toujours une large place à l’improvisation « structurée ».

on aime !
on aime !

Tout au long des 66 mn de ce disque, le piano du leader mène la danse et il semble que l’inspiration de Chucho Valdés est une source intarissable : on l’écoutera avec attention, par exemple, dans l’hommage qu’il rend à la famille Marsalis dans New-Orleans, passant en revue tous les styles du piano-jazz.

Un délicieux cocktail gorgé de swing et de créativité ensoleillée.

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