« Le jazz tisse sa toile... »
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Collection d’automne 2010 #1 (septembre)

En onze disques.

D 29 septembre 2010     H 20:23     A Thierry Giard    


Il y a un monde entre la voix d’Anne Ducros rendant hommage à Ella Fitzgerald et celle de Youn Sun Nah qui poursuit son travail en finesse avec le guitariste Ulf Wakenius. Pas si loin, on trouve la japonaise Mieko Miyazaki, sa voix et son koto aux côtés de Michel Benita pour un nouveau projet.

Diversité aussi chez les saxophonistes : Dmitry Baevsky, en tenant de la tradition comme peut l’être aussi Pierrick Pédron invité de Greg Houben, Daniel Erdman et son quartet estampillé « 3000 », Jeff Clayton auprès de son frère John... Joe Lovano et Jim Pepper à réécouter avec Paul Motian...

Entre nouveautés et rééditions de disques relatant un passé proche, beaucoup de bonnes choses nous sont encore proposées cet automne...

À suivre...

Dmitry BAEVSKY : « Down with it »

Dmitry BAEVSKY : « Down with it » -  voir en grand cette image
Dmitry BAEVSKY : « Down with it »
Sharp Nine Records / City Hall

> Sharp Nine Records CD 1045-2 - distribution City Hall Records et disponible les sites de vente en ligne.

Dmitry Baevsky : saxophone alto / Jeremy Pelt : trompette (sur 4, 5, 7, 8) Jeb Patton : piano / David Wong : contrebasse / Jason Brown : batterie

01. Down With It (B. Powell) / 02. Mount Harissa (Ellington) / 03. We See (T. Monk) / 04. LaRue (C. Brown) / 05. Shabozz (G. Gryce) / 06. Last Night When We Were Young (H. Arlen - Y. Harburg) / 07. Decision (S. Rollins) / 08. Webb City (B. Powell) / 09. I’ll String Along With You (A. Dubbin - H Warren) // Enregistré à Brooklyn - NY le 31 mars 2010.

Après un premier disque « carte de visite » (Introducing D.B. - 2005), un second à l’académisme virtuose conservateur (Some Other Spring - 2009), le saxophoniste prodige de Saint-Petersbourg/New-York Dmitry Baevsky atteint une maturité indéniable avec ce nouvel album : Down with it. Passée la crise de vélocité parkerienne un peu mécanique ? La musique respire et nous envoie une belle bouffée d’oxygène.

Le répertoire reste accroché aux années 40 à 60 (mais qui se plaindra d’entendre encore une fois jouer Rollins, Monk ou Ellington ?) mais la relecture est, cette fois plus distanciée. Pourquoi ? Grâce, sans doute, à la présence du pianiste Jeb Patton qui tempère les ardeurs du leader sans laisser monter le tempo, aidé en cela par une paire rythmique très sereine à la musicalité certaine.

Une des grandes qualités de ce disque, c’est de proposer quatre thèmes en quintet dans lesquels excelle le trompettiste Jeremy Pelt, un musicien qui compte (fort justement) sur la scène new-yorkaise du jazz « in the tradition ».

Un disque vivement recommandé pour entendre un Dmitry Baevsky très épanoui qui affirme son identité en s’écartant un peu plus de l’ombre jusqu’alors trop pesante de ses musiciens de référence.

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Michel BENITA : « Ethics »

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Michel BENITA : « Ethics »
Zig-Zag Territoires / Harmonia Mundi

> Zig-Zag Territoires / collection Pure - ZZT 100902 - distribution Harmonia Mundi

Michel Benita , contrebasse, électronique et compositions / Mieko Miyazaki : koto, voix / Eivind Aarset : guitare, electronique / Matthieu Michel : trompette et bugle / Philippe « Pipon » Garcia : batterie et sampler.

01. Sugar on the ground / 02. Someday (M. Benita & M. Pieters) / 03. Monday / 04. Haikool / 05. Free at last / 06. Man Wo / 07. Oran nan raiders / 08. Green Power (dédié à George Harrison) / 09. Ishidatami / 10. Chemistry (P. Garcia & M. Michel) / 11. Blue Jay way (G. Harrison)

Une des plus belles émotions musicales de ces derniers mois fut, pour nous, la découverte du trio de Mieko Miyazaki au cours du Festival de Chaillol [1]. Virtuose du koto, également vocaliste, elle aime se confronter aux expériences musicales les plus diverses. Membre du trio de Nguyen Lê, elle est très présente dans ce nouveau disque du contrebassiste Michel Benita, musicien généreux, ouvert, respectueux qui fonde sa musique sur la notion de partage.

La collection « Pure » du label Zig-Zag Territoires donne carte blanche à l’ingénieur du son Philippe Teissier du Cros. Ce très bel album, Ethics en est la troisième référence après deux disques de la chanteuse et joueuse de oud palestinienne Kamilya Jubran.

Éthique sans doute, poétique assurément (Haikool), politique à sa manière (Green Power), ce disque se situe au carrefour des cultures. On y entend les brumes électriques du scandinave Eivind Aarset associées à la trompette (helvétique) de Matthieu Michel. Michel Benita y retrouve Philippe Garcia (soit la rythmique du meilleur quartet d’Eric Truffaz) et concocte avec ce dernier une subtile trame électronique, jamais envahissante.

On notera enfin l’hommage rendu à George Harrison, un des pionniers des rencontres orient-occident dans l’univers de la pop-music, un espace si cher à Michel Benita. Une reprise de Blue Jay Way, composition du défunt guitariste des Beatles vient conclure un disque raffiné et sensible qui restitue le meilleur de son époque. Un message d’espoir ?

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CLAYTON BROTHERS : « The New Song and Dance »

CLAYTON BROTHERS : « The New Song and Dance » -  voir en grand cette image
CLAYTON BROTHERS : « The New Song and Dance »
ArtistShare / www.artistshare.com

> artistShare AS0107 - disponible sur www.artistshare.com

Jeff Clayton : saxophone alto et flûte alto / John Clayton : contrebasse / Terell Stafford : trompette et bugle / Gerald Clayton : piano / Obed Calvaire : batterie

01 - Cha Cha Charleston / 02 - Soul Tango / 03 - Battle Circle / 04 - Terell’s Song / 05 - Smarty Pants Dants / 06 - The New Song and Dance / 07 - They Won’t Go When I Go / 08 - Chicago Bop Steppin’ / 09 - Street Dance // enregistré en janvier 2010 - NYC

Les frères Clayton, à savoir Jeff Clayton le saxophoniste à la culture funk-jazz-pop et John Clayton le contrebassiste virtuose (classique et jazz), ont commencé leur parcours musical commun en 1977. Après une période où chacun a pu reprendre son autonomie, les voilà à nouveau réunis pour proposer un jazz coloré et solide qui rappelle le grandes heures de la période « Blue Note » dans les années 50-60. Pas passéiste cependant grâce à des touches de modernité dans la structure de thèmes très arrangés et des formules rythmiques diversifiées !

Après « Brother to Brother » (2008), « The New Song and Dance » est un nouveau projet porté par la fondation ArtistShare [2], un gage de qualité avec de nombreux services en ligne associés. Cette fois, les deux frères et le fils de John, le pianiste Gerald Clayton, ont basé leur inspiration sur les rythmes de danse avec lesquels ils ont joué pour proposer une musique instrumentale très inspirée, swinguante, variée. La tradition est sérieusement relookée (Cha Cha Charleston, inspiré par... Wayne Shorter) et l’ensemble se caractérise par une cohésion à toute épreuve avec une prestation remarquable du trompettiste Terrell Stafford. Le tout est porté par la polyrythmie du jeune batteur Obed Calvaire, un musicien qui monte !

Un disque à l’esthétique raffinée qui s’écoute et se réécoute avec bonheur car il fourmille d’idées intéressantes.

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Bill DIXON : « The complete remastered recordings on Black Saint & Soul Note »

Bill DIXON : « The complete... »  -  voir en grand cette image
Bill DIXON : « The complete... »
Cam Jazz - Black Saint-Soul Note / Harmonia Mundi

> Cam Jazz / Black Saint / Soul Note BXS 1009 - (coffret de 9 disques) - distribution Harmonia Mundi

Bill Dixon : trompette, bugle, piano avec entre autres : Arthur Brooks, Stephen Haynes : trompette / Stephen Horenstein : saxophones / Alan Silva, Mario Pavone, William Parker, Barry Guy : contrebasse / Freddie Waits, Laurence Cook, Tony Oxley : batterie /

9 disques enregistrés entre 1980 et 1998. Compositions de Bill Dixon (+ improvisations, duos avec Tony Oxley).

En rééditant les catalogues des labels transalpins Black Saint et Soul Note, Cam Jazz permet de redécouvrir des disques qui sont de précieux témoignages de l’activité du jazz dit « créatif » dans les années 80 et 90.

Ce coffret de 9 disques présentés avec leur pochette d’origine, réduction du format vinyl (bons yeux nécessaires pour lire les détails sur la pochette !) permettent de pénétrer dans l’univers insolite du trompettiste (également pianiste par moments) Bill Dixon. Cet ancien compagnon de route de Cecil Taylor et Archie Shepp dans les années 60 et 70 aura conservé toute sa vie l’image d’un artiste en marge du système organisé de la musique. Une sorte de sage respectable et respecté qui ne manifeste aucune violence dans son propos. De ce fait, sa musique très libre, disons free, reste très accessible et sereine en exploitant les possibilités de formations à la structure originale comme les quartets à deux contrebasses.

Un document pour ne pas oublier un musicien qui est mort le 16 juin dernier. Il aurait eu 85 ans dans quelques jours...

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Anne DUCROS : « Ella... My Dear »

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Anne DUCROS : « Ella... My Dear »
Plus Loin Music / Harmonia Mundi

> Plus Loin Music PL4530 - distribution Harmonia Mundi

Anne Ducros : voix / « Coups de vents » Wind Orchestra direction Philippe Langlet / Ivan Jullien : arrangements / Jean-Pierre Como : piano / Essiet Okun Essiet : contrebasse / Bruce Cox : batterie / invité : Dany Brillant : vocal sur 5

01 - It Don’t Mean a Thing (If It Ain’t Got That Swing) / 02 - Laura / 03 - Save Your Love for Me / 04 - Stardust / 05 - Lullaby of Birdland (feat. Dany Brillant) / 06 - Ella… My Dear / 07 - Come Rain Come Shine / 08 - Bewitched / 09 - Fascinating Gershwin / 10 - Dindi // enregistré à Dunkerque et à Loos (59 - France) en juin 2009.

La petite fille du Pas-de-Calais est devenue une vraie star (Ac’...). Elle a droit à une pochette de luxe pour ce disque qui pousse encore un peu Plus Loin la mise en scène photographique. Place de la Concorde, la princesse se prélasse sur un sofa. Aubade d’un trompettiste. Ailleurs, de nuit en cuir ou robe de haute-couture, dans les avenues parisiennes haut de gamme, habillée par X, coiffée par Y, maquillée par Z...

Et le jazz dans tout cela ? (question récurrente, désolé !).

Eh bien, il est là. Et Ella reçoit un hommage qui fait honneur aux musiciens de la région Nord-Pas de Calais puisque Anne Ducros est accompagnée avec panache par un excellent orchestre d’harmonie ch’timi (spécialité locale !). La belle idée, c’est que les arrangements ont été confiés à maîtreYvan Jullien, un orfèvre qui est parvenu à faire swinguer un orchestre sans solistes secondé par une rythmique de vrais pros comme une grande formation digne de Broadway.

Anne Ducros chante, scatte sans trop en faire et avec l’assurance que lui confère son expérience et la pincée de bonheur que lui apporte le retour vers ses racines nordistes pour rendre hommage à sa reine : Ella Fitzgerald.

Vous pourrez sans doute offrir ce disque à des amis qui aiment un tant soit peu le djâzzze (et ont suivi la Star’Ac’) mais prenez le temps de l’écouter avant. Vous le garderez peut-être pour vous, égoïstement !

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ERDMANN 3000 : « Live in Berlin »

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ERDMANN 3000 : « Live in Berlin »
Quark Records / « L’Autre Distribution »

> Quark Records 008 - distribution « L’Autre Distribution »

Daniel Erdmann : saxophone ténor / Frank Möbus : guitare / Johannes Fink : contrebasse / John Schröder : batterie

01. Tintamarre / 02. La concrétion humaine / 03. Neu ! / 04. Sein AKG / 05. Aroma / 06. The dessert story / 07. Human rights : article 24 / Gunn 2001 // Enregistré en concert à Berlin en septembre 2008

Quark records est le label de l’association Quasart dans laquelle agit, en particulier, le batteur Edward Perraud. On y retrouve aujourd’hui le saxophoniste allemand Daniel Erdmann, de même que le guitariste danois Hasse Poulsen.

Erdmann 3000 est sans doute la formation de prédilection d’un saxophoniste au son « pêchu », au phrasé contrasté, un gars tonique et pas forcément survolté : l’énergie maîtrisée, disons ! Capté en concert, cet enregistrement restitue toute la vitalité d’un quartet germanique engagé sur le plan artistique mais cadré par les conventions floues d’un jazz qui doit beaucoup au free mais garde le sens des structures rythmiques et mélodiques. Entre la spirale endiablée de Tintamarre, la danse déjantée de Gunn 2001 on trouve la douceur épicée de The Dessert Story ou le groove bancale de Human Rights pour faire bonne mesure. Dans ce Live in Berlin, on perçoit l’envie de jouer d’un quartet très soudé et complice au service d’une musique ni simple ni ardue mais tout à fait captivante.

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Roberto FONSECA : « Live in Marciac »

Roberto FONSECA : « Live in Marciac » -  voir en grand cette image
Roberto FONSECA : « Live in Marciac »
ENJA ENJ / Harmonia Mundi

> ENJA ENJ 9565-2 (CD+DVD) - distribution Harmonia Mundi

Roberto Fonseca : piano, voix / Javier Zalba : flute, saxophones alto et soprano / Omar González : contrebasse / Ramsés Rodriguez : batterie / Joel Hierrezuelo : percussion

01. Fragmento De Misa / 02. Consumatum Est (Oya) / 03. LO Que Me Hace Vivir / 04. Siete Potencias (Bu Kantu) / 05. Se TE La Vida / 06. Llego Cachaito / 07. Triste Alegria // Enregistré au festival Jazz in Marciac en août 2009.

Après Richard Galliano et Winton Marsalis, après Sixun, c’est le pianiste cubain Roberto Fonseca qui poursuit la série des albums « Live in Marciac » contenant le CD et le DVD du concert enregistré. Cette fois, c’est le label ENJA qui publie ce disque.

Ceux qui ont déjà écouté en concert ce brillant jeune homme au jeu expressif et très démonstratif ne découvriront pas grand chose de neuf. On a cependant la confirmation de la cohésion d’une formation où le leader se montre respectueux de ses sidemen au premier rang desquels on remarque le phrasé fluide du saxophoniste Javier Zalba. On notera, une fois encore, que la musique de Roberto Fonseca est un alliage d’éléments rythmiques et mélodiques issus de la culture cubaine, des acquis d’une connaissance sérieuse du piano jazz et classique dans le cadre de compositions qui savent séduire et entraîner un public rapidement conquis. Le serez-vous aussi ? On est en droit de préférer un peu plus de sobriété et d’authenticité... Écoutez et regardez !

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Greg HOUBEN QUARTET : « Meets Pierrick Pédron »

Greg HOUBEN QUARTET : « Meets Pierrick Pédron » -  voir en grand cette image
Greg HOUBEN QUARTET : « Meets Pierrick Pédron »
Plus Loin Music / Harmonia Mundi

> Plus Loin Music PL 4533 - distribution Harmonia Mundi (parution octobre 2010)

Greg Houben : trompette / Pierrick Pédron : saxophone alto / Pascal Mohy : piano / Sal La Rocca : contrebasse / Rick Hollander : batterie

01. A Mail To JP (G. Houben - P. Mohy) / 02. A Light Wind Blew Through Her Hair (P. Mohy) / 03. Construção (C. Buarque) / 04. Mademoiselle Croissant (G. Houben - P. Mohy) / 05. Funnel Cloud (P. Mohy) / 06. Ocean Floor (G. Houben) / 07. Eyjak Jöll (P. Mohy) // Enregistré à Bruxelles en avril 2010.

« Je ne jouerai pas du jazz comme papa, je ferai du théâtre ! ». C’est bien connu, les jeunes veulent se démarquer de leurs parents. Et voilà comment Greg Houben, l’acteur, est devenu un trompettiste de jazz en pleine maturité, croisant souvent le cuivre avec son père Steve Houben musicien de référence de la scène belge dans la lignée du regretté Jacques Pelzer.

Au cours de jam sessions, Outre-Quiévrain, il a rencontré le frenchie Pierrick Pédron, notre as du sax alto et ils ont pactisé jusqu’à commettre ce fort beau disque qui paraît chez Plus Loin Music en cet automne 2010. Si les références esthétiques se situent du côté du jazz soft, plutôt cool (Greg Houben admire Chet Baker), la musique de ce quintet présente des qualités singulières : un pianiste qui sait poser des bases harmoniques et broder de belles lignes mélodiques, une section rythmique carrée sans être rigide et l’association fructueuse des cuivres chaleureux du leader avec l’alto funambule de P. Pédron.

Un disque sans monotonie aux climats tempérés qui dégage une chaleur communicative. Une rencontre réussie !

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Olivier KER OURIO : « Magic Tree »

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Olivier KER OURIO : « Magic Tree »
Plus Loin Music / Harmonia Mundi

> Plus Loin Music PL 4531 - distribution Harmonia Mundi

Olivier Ker Ourio : harmonica, compositions et arrangements / Emmanuel Bex : orgue Hammond, effets et voix / Philip Catherine : guitare / André Ceccarelli : batterie

01. Eva / 02. Magic Tree / 03. Sunday / 04. Libertalia / 05. Jenn / 06. Chaloupé Man / 07. St Jacques / 08. Okokalypso / 09. Mirella / 10. So Long P / 11. Achille // Enregistré à Meudon en septembre 2009.

L’harmoniciste Olivier Ker Ourio doit beaucoup au maître belge Toots Thielemans. C’est peut-être pour cela aussi qu’il a invité le guitariste, belge également, Philip Catherine à le rejoindre sur ce disque. Entre les deux musiciens, le courant passe et la musique coule de source. D’autant mieux qu’Emmanuel Bex et André Ceccarelli ne veulent pas être en reste et font le maximum pour restituer la chaleur et les couleurs d’une musique née sous les tropiques de la plume d’un descendant de navigateurs bretons qui a vu le jour à la Réunion. Beau parcours : une invitation au voyage !

Dans cet Arbre Magique (Magic Tree), on entend le chant des sirènes bleues et on chaloupe de bout en bout. Une belle association de musiciens (un « tout étoiles » comme diraient les cousins du Québec) et une palette de couleurs instrumentales séduisantes pour servir le jazz, tout simplement.

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MAGIC TREE EPK d'Olivier Ker Ourio, réalisé par Christian Massy from Massy Christian on Vimeo.

Paul MOTIAN : « The complete remastered recordings on Black Saint & Soul Note »

Paul MOTIAN : « The complete... » -  voir en grand cette image
Paul MOTIAN : « The complete... »
Cam Jazz-Black Saint-Soul Note / Harmonia Mundi

> Cam Jazz / Black Saint / Soul Note BXS 1008 (6 CDs) - distribution Harmonia Mundi

Paul Motian : batterie, percussion avec, selon les disques :

Jim Pepper, Joe Lovano : saxophones / Bill Frisell : guitare / Paul Bley, Enrico Pieranunzi : piano / Ed Schuller : contrebasse /

Ce coffret permet de retrouver six disques enregistrés par le batteur/leader Paul Motian pour le label italien Soul Note entre les années 1983 et 1992. Là encore, les pochettes originales 30 cm sont reproduites mais on regrette l’absence d’un livret qui rendrait les textes de certains disques plus lisibles !

Dans The Story of Maryam (83), Jack of Clubs (84) et Misterioso (86) on suit l’évolution du célèbre quintet à deux saxophones (Joe Lovano et Jim Pepper) que le batteur a fréquemment présenté en Europe à cette époque. Si les deux premiers disques cités sont entièrement consacrés aux compositions singulières de Paul Motian, le troisième cède une petite place à deux compositions de Thelonious Monk (Misterioso et Pannonica). Cette musique garde tout son intérêt aujourd’hui, ne serait-ce que pour écouter le jeu toujours inventif de Bill Frisell à la guitare... que l’on entend encore un peu mieux dans One Time Out (87) ! Le quintet est devenu trio (Lovano-Frisell-Motian) et les espaces se sont ouverts.

Un peu en marge du cheminement de Motian, le leader, on retrouve deux disques de dialogues avec des pianistes. Dans Notes (87), le batteur retrouve Paul Bley, son ami de 25 ans ! (à cette époque !). Compositions de Paul Bley mais aussi le célèbre Batterie de Carla Bley qu’il jouèrent jadis en trio : le dialogue est riche et animé !

En conclusion, Flux and Change est un peu plus tardif (1992). Le pianiste romain Enrico Pieranunzi y converse d’égal à égal et en live avec le batteur en conservant l’élégance du phrasé qui le caractérise, ce qui n’exclut pas des audaces harmoniques qui enrichissent le propos. Si Motian semble un peu ailleurs parfois, son interlocuteur le rattrape au vol et la musique reprend alors toute son ampleur. En conclusion, la Suite n°3 s’ouvre sur un solo pétaradant de Motian (Drumlogue 3) avant une succession de thèmes célèbres dont un St Thomas plein de vitalité... Un beau match USA-Italie !

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Youn SUN NAH : « Same Girl »

Youn SUN NAH : « Same Girl » -  voir en grand cette image
Youn SUN NAH : « Same Girl »
ACT 9024-2 / Harmonia Mundi

> ACT 9024-2 - distribution Harmonia Mundi

Youn Sun Nah : voix, kalimba, boîte à musique, kazoo / Ulf Wakenius : guitares / Lars Danielsson : contrebasse, violoncelle / Xavier Desandre-Navarre : percussion / invité, Roland Brival : narration (11)

01. My Favorite Things / 02. My Name Is Carnival / 03. Breakfast In Baghdad / 04. Uncertain Weather / 05. Song Of No Regret / 06. Kangwondo Arirang / 07. Enter Sandman / 08. Same Girl / 09. Moondog / 10. Pancake / 11. La Chanson d’Hélène // Enregistré en suède en avril 2010.

Youn Sun Nah s’est fait une belle place sur le label allemand ACT Records. Après Voyage, paru au printemps 2009, ce nouvel opus nous rassure : la chanteuse coréenne est bien restée la même (Same Girl) malgré le succès grandissant. On y retrouve la même formation que dans le précédent disque autour du guitariste Ulf Wakenius, à l’exception du trompettiste Matthias Eick. Une absence qui ne se fait pas ressentir tant l’ensemble a pris ses aises pour occuper l’espace sonore autour de Youn Sun Nah.

La chanteuse impressionne par sa maîtrise de la voix et ses capacités à restituer une réelle émotion sur un répertoire varié, de Randy Newman à Metallica, de ses propres compositions (culinaires ! Pancake) à une interprétation en dentelle de My Favourite Things. Brillant !

Question : Youn Sun Nah saura-t-elle résister à la tentation d’une dérive pop-jazz qui pourrait être une évolution possible de sa carrière ? Nous espérons surtout qu’elle restera elle-même... en ne changeant rien à son inventivité ! Pour le moment, l’équilibre est préservé pour le plus grand plaisir de l’auditeur.

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© www.culturejazz.net® - septembre 2010 - Association CultureJazz®


[1Mieko Miyazaki (koto), Manuel Solans (violon) et Bruno Maurice (accordéon) forment un trio inclassable qui mêle les musiques savantes et populaires d’Europe et d’Asie avec une rare intelligence. Ils jouaient du 5 au 7 août dans le cadre du festival de Chaillol (Hautes-Alpes). Des concerts d’une grande intensité émotionnelle.

[2ArtistShare est une entreprise « collaborative » de production musicale et discographique qui finance ses projets sur la participation de donateurs. Maria Schneider, Jim Hall, Chris Potter ou Brad Meldhau en font partie.