« Le jazz tisse sa toile... »
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Autour de quelques cordes.

D 15 février 2011     H 20:10     A Thierry Giard    


Violon, violoncelle, contrebasse et autres... La famille des cordes est très présente dans le jazz mais les approches diffèrent dans la manière de traiter l’instrument (ou les instruments) à cordes selon le contexte choisi. Du quartet assez conventionnel au solo de violoncelle en passant par le trio de cordes, la table d’harmonie d’un piano ou la rencontre avec l’électronique, nous avons réuni quelques disques tout neufs.

Un large échantillon de couleurs et de styles à écouter attentivement :

Vincent COURTOIS : « L’imprévu » | Thierry MAILLARD / Debora SEFFER / Dominique DI PIAZZA / Yoann SCHMIDT : « 4 Essential » | Lionel MALRIC : « Solo pour 227 cordes » | REDRAILS : « Redrails » | Guillaume ROY, Vincent COURTOIS, Claude TCHAMITCHIAN : « Amarco » | et les références à noter et liens à visiter...

Vincent COURTOIS : « L’imprévu »

Vincent COURTOIS : « L'imprévu » -  voir en grand cette image
Vincent COURTOIS : « L’imprévu »
Label La Buissonne / Harmonia Mundi

Un disque en solo, c’est une prise de risque, surtout pour un violoncelliste qui s’exprime dans un domaine musical largement ouvert sur la spontanéité et l’improvisation.

  • Ce disque solo est construit sur la relation complice et confiante entre Vincent Courtois, le musicien qui se livre et s’exprime sur son instrument et celui qui écoute et fixe l’instant dans toute sa dimension esthétique et poétique, Gérard de Haro, l’ingénieur du son.

Depuis belle lurette, ces deux-là pensaient à ce solo mais sur les trois premiers jours d’avril 2010, dans la douceur du printemps, ce projet a éclos. Onze compositions de Vincent Courtois et un emprunt à leur copain Louis Sclavis dessinent le parcours de ce superbe disque entre solo absolu et des bouquets de violoncelles assemblés dans la magie du Studio La Buissonne.

on aime !
on aime !

Vincent Courtois est un musicien de tempérament. Ça s’entend dans le mordant des coups d’archet ou la vigueur du pizzicato. C’est aussi un conteur qui nous emmène dans des parcours où l’imagination s’évade sans peine...

  • Effluves du blues dépouillé et déconstruit pizzicato (No Smoking) ; tentures de cordes aux couleurs moirées (Skins) ; évocation du chant (La visite) ; mélodie pop dodelinante (Couldn’t imagine it)... Ce sont quelques unes des ambiances d’un disque fascinant, un parcours tracé de doigts de maîtres pour aller de l’Imprévu (à l’archet) à l’Imprévue (pizzicato).

Du grand art !

Thierry MAILLARD / Debora SEFFER / Dominique DI PIAZZA / Yoann SCHMIDT : « 4 Essential »

Thierry MAILLARD / Debora SEFFER / Dominique DI PAZZA / Yoann SCHMIDT : « 4 Essential » -  voir en grand cette image
Thierry MAILLARD / Debora SEFFER / Dominique DI PAZZA / Yoann SCHMIDT : « 4 Essential »
Plus Loin Music / Harmonia Mundi

Dans cette série de disques « autour des cordes », celui-ci est sans doute le plus conventionnel. Dans ce quartet, le violon lyrique et chantant de Debora Seffer dialogue avec le piano volubile et virtuose de Thierry Maillard sur une base rythmique qui renvoie le plus souvent à la robustesse un peu raide et sophistiquée du jazz binaire. Nous ne dirons pas pour autant que Dominique Di Piazza et Yoann Schmidt jouent comme des mécaniques : le talent du premier et son expérience ne sont plus à démontrer et le second possède des qualités techniques indiscutables.

Ce disque qui pourrait rappeler certains quartets de Jean-Luc Ponty ou Didier Lockwood mais le violon de D.S. (la déesse, fille du père Yochk’o...) ne cherche aucunement à se mettre en avant pour préserver l’esprit de groupe. Cette formation qui a su éviter l’ivresse des formules électriques pour privilégier la couleur naturelle des instruments acoustiques (si on fait exception de la la basse) au service de compositions travaillées où l’on remarque les hommages à Chick Corea (Chick - El Rey) et (probablement) à Jaco Pastorius (Jaco Ji). Un bons indicateurs pour situer les références esthétiques de 4 essential.

Un disque fort bien produit et réalisé (Plus Loin Music) mais qui ne nous émeut guère cependant. Il eut fallu pour cela un peu plus de spontanéité et d’audace créative.

Lionel MALRIC : « Solo pour 227 cordes »

Lionel MALRIC : « Solo pour 227 cordes » -  voir en grand cette image
Lionel MALRIC : « Solo pour 227 cordes »
Production Grand Chahut Collectif

Lionel Malric est un des activistes du Grand Chahut Collectif, une association de musiciens « désireuse de transgresser allègrement ses multiples influences à travers l’écriture, l’improvisation, l’expérimentation ». Ce collectif basé à Crest dans la Drôme compte une quinzaine de membres actifs et très investis dans des actions culturelles aux formes variées.

Seul, aux prises avec les 227 cordes d’un piano plus que centenaire, il prolonge avec la rigueur d’un chercheur surréaliste l’œuvre de John Cage (et suivants) inventeurs explorateurs du piano dit « préparé ». À la différence d’agités épris d’aléatoire qui fourrent tout et n’importe quoi dans leur piano, Lionel Malric agit avec ordre et minutie : une place pour chaque bidule et chaque bidule à sa place sur le terrain de jeux de la table d’harmonie.

Ce disque est le témoignage d’une création poétique vécue avec une grande sincérité et beaucoup de sensibilité. D’un moment à l’autre, les plages prennent des couleurs et des textures variées.

  • Il s’agit d’une trace d’artiste et, à ce titre, cette œuvre est tout à fait respectable avec les imperfections qui lui confèrent son authenticité.

> Voir la vidéo, ci-dessous...

REDRAILS : « Redrails »

REDRAILS : « Redrails » -  voir en grand cette image
REDRAILS : « Redrails »
DFragment Music / « l’Autre Distribution »

Voilà une sorte d’ O.V.N.I. (Orchestre à Violon sur Noyau Informatique ?) . Étrange, direz-vous ? Étrange et fascinant parce que Redrails a réussi l’osmose équilibrée entre instrument acoustique et musique numérique.

Ce trio est né de la rencontre entre Baltazar Montanaro-Nagy, violoniste d’origine hongroise avec Tadahiko Yokogawa, musicien-informaticien japonais, et Serge Ortega (effets et samples). Une formation qui tourne au carré avec l’indispensable contribution de Dominique Poutet alias Ostito 23, le désormais célèbre complice de Laurent De Wilde et de Gaël Horellou, par ailleurs.

Cet album possède un charme unique : il est totalement hors-normes. La musique combine des formes abstraites, architecturales nées de l’électronique avec la chaleur d’un jeu de violon nourri d’influences musicales populaires autant que savantes. Le trio installe des pulsations envoûtantes en évitant la dérive hypnotique des machines électro. Il y a de l’humain là-dedans et ça change tout !

Redrails brosse des paysages sonores d’où émergent des sonorités familières entre la simplicité de mélopées primitives et les voiles sonores des draperies électroniques travaillées avec une grande singularité esthétique.

  • Oublions les étiquettes, les genres, les chapelles et les styles. Cette musique appelle à l’harmonie et à la réconciliation.
  • N’est-ce pas une des quêtes du temps présent ?

Guillaume ROY, Vincent COURTOIS, Claude TCHAMITCHIAN : « Amarco »

Guillaume ROY, Vincent COURTOIS, Claude TCHAMITCHIAN : « Amarco » -  voir en grand cette image
Guillaume ROY, Vincent COURTOIS, Claude TCHAMITCHIAN : « Amarco »
Émouvance / Absilone- Socadisc

En janvier 2010, à la suite d’un concert de ce trio, Armel Bloch écrivait, pour CultureJazz :« On ressent par l’écoute des trois longues improvisations une envie d’inventer in situ des textures, des chants imaginaires et des architectures inhabituelles qui incitent l’auditeur à traverser des sentiers inconnus. Le rassemblement de ces trois grandes pointures de la musique improvisée fait de ce trio un orchestre constamment aléatoire, avec jubilation et sans tabous. » [1].

La publication de ce disque par le beau label Emouvance nous permet de conforter ce point de vue. On se demande d’ailleurs (comme toujours avec les musiques nées de l’improvisation) si le fait de fixer un instantané de la vie de ce trio, en studio peut avoir un sens. Il est fort à parier qu’il ne rejoueront plus cela... et c’est bien ce qui est formidable !

Parce que ce disque est remarquable. Grands artistes conscients de leur démarche, Guillaume Roy, Vincent Courtois et Claude Tchamitchian ont joué le jeu de l’enregistrement avec toute la richesse d’inspiration que leur confère leur grande expérience d’improvisateurs et d’interprètes.

on aime !
on aime !

Laissant de côté les longues plages improvisées de leurs concerts, il ont privilégié des formats courts allant de 1’36 pour Petite conversation entre amis et 5’38 pour le haletant Wild Town.

  • Ainsi, l’auditeur privé de la présence des acteurs de cette dramaturgie musicale pourra se délecter de la diversité des climats qu’invente le trio.

Et pourquoi ça marche ? C’est, sans aucun doute la résultante d’une recherche d’équilibre qui a abouti à la mise en place de modes de jeu implicites qui permettent des passer de l’épure rythmique des Palais oubliés aux flux et reflux des textures ondulantes d’Amarco.

Une musique a fait le choix de la gravité sereine (de l’alto à la contrebasse) mais qui n’est jamais austère et c’est pour ça qu’on l’aime !

  • Et tant mieux s’ils ne rejouent jamais cela. Ça ne peut que nous inciter à considérer ce disque comme une pierre de leur chemin saisie par l’habile collecteur d’instants musicaux l’instant qu’est Gérard de Haro.

> Les références :

> Vincent COURTOIS : « L’imprévu » - Label La Buissonne - distribution Harmonia Mundi

Vincent Courtois : violoncelle

01. L’imprévu / 02. Colonne sans fi / 03. Alone with G / 04. Sensuel et perdu / 05. Amnésique tarentelle / 06. Suburbs Kiosk / 07. Skins / 08. No Smoking / 09. Regards / 10. La visite / 11. Couldn’t imagine it / 12. L’imprévue

Enregistré en 2010 par Gérard de Haro au studio La Buissonne (Pernes-les-Fontaines - 84)

> Thierry MAILLARD / Debora SEFFER / Dominique DI PAZZA / Yoann SCHMIDT : « 4 Essential » - Plus Loin Music PL 4539 - distribution Harmonia Mundi

Thierry Maillard : piano / Debora Seffer : violon et voix (3) / Dominique Di Piazza : basse et guitare (1 et 8) / Yoann Schmidt : batterie

01. Pierre de Lune (Di Piazza) / 02. Paris N.Y.2 (Maillard) / 03. Funny Time (Seffer) / 04. Chick - El rey (Maillard) / 05. Today Dream (Seffer) / 06. D’un monde à l’autre (Maillard - Seffer) / 07. Labyrinthe (Maillard) / 08. Caravela (Di Piazza) / 09. Jaci Ji (Maillard) / 10. Rencontre (Maillard) / 11. Yoann impro /

> Lionel MALRIC : « Solo pour 227 cordes » - Autoproduction - Commande : lionel.malric.free.fr

Lionel Malric : piano Erard 212 cm de 1908

06. Grui-Grui #1(La chasse aux) / 04. Petite histoire des Stroïs (part 3) / 05. Frenetigratgrat / 07. Au milieu de l’intérieur / 01. Chant des baleines / 02. Prélude / 03. Un cercueil pour une harpe / 12. Grui-Grui #2 (Le retour) / 11. Chut ! / 10. En-Fin

Enregistré en mai 2009 dans la Drôme

> REDRAILS : « Redrails » - DFragment Music RDRLS3510 - Distribution « l’Autre Distribution »

Baltazar Montanaro-Nagy : violon / Tadahiko Yokogawa : ordinateur / Serge Ortega : effets, sampler, electronique / Dominique Poutet « Ostito23 » : réalisation sonore

01. Caresses déraillées / 02. 9 O’Clock / 03. La Fièvre / 04. Maman / 05. tea Time / 06. Avant la guerre / 07. Le chat sur la fenêtre / 08. Scotch / 09. Strike / 10. Zerkula

Guillaume ROY, Vincent COURTOIS, Claude TCHAMITCHIAN : « Amarco »

> Émouvance émv1032 - distribution Absilone / Socadisc (disponible le 18 mars 2011)

Guillaume Roy : alto / Vincent Courtois : violoncelle / Claude Tchamitchian : contrebasse

01. Les palais oubliés / 02. Amarco / 03. Champ contre champ / 04. Play ground / 05. petite conversation entre amis / 06. Question d’avenir / 07. Tactilographie / 08. Wild town / 09. Time to change / 10. Lune objective / 11. Le souffle de l’ivresse /

Enregistré au studio La Buissonne par Gérard de Haro.
Compositions du trio sauf 9 : Vincent Courtois

> Liens :

Vincent Courtois :

4 essentials

Lionel Malric

Redrails

Roy-Courtois-Tchamitchian


Et une vidéo à propos de Lionel Malric pour conclure :


Lionel Malric ::: solo pour 227 cordes
envoyé par grandchahutcollectif. - Regardez plus de clips, en HD !

© Association CultureJazz® - février 2011 - www.culturejazz.net®


[1Lire l’article d’Armel Bloch paru le 4 janvier 2010 : Vincent Courtois en 2 faces #1...