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JSLP 2011 : Quartiers de pommes (2)

Psy-Jazz ?

D 16 juin 2011     H 16:16     A Thierry Giard    


Le blues de Sigmund Freud au pays des notes bleues.

Les musiciens de jazz sont, comme tout le monde, en proie à des tourments plus ou moins marqués qu’il est intéressant (et parfois amusant) d’observer... Un festival est l’occasion de réunir un panel représentatif qui aurait sans doute intéressé ce cher Sigmund !

Au nom d’un père :

Dans le plus simple des cas, la relation père-fils naturellement biologique trouve parfois un prolongement dans la filiation artistique. Dans ce cadre, nous avons déjà évoqué le duo Kif-Kif / Gibert & Gibert, dans notre premier « quartier de pomme » à propos du festival Jazz sous les Pommiers (lire ici).

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Laurent Mignard Duke Orchestra à Coutances, le 29 mai 2011.
photo © CultureJazz

Pour Laurent Mignard, trompettiste et chef d’orchestre français, son père jazzistique, c’est Duke Ellington et il lui voue une affection quasi-exclusive comme en témoigne son Duke Orchestra qu’il a présenté à Coutances le dimanche 29 mai. En étroite collaboration avec l’association parisienne, La Maison du Duke, il se consacre au « rayonnement de l’œuvre de Duke Ellington » au moyen de cet orchestre qui reprend des compositions connues mais collecte également des raretés et des inédits de son maître à swinguer.

  • Sur des orchestrations impeccables, Mignard rassemble des générations de musiciens autour de l’œuvre du Duke. Parmi les solistes, on retrouve des musiciens chevronnés comme François Biensan (trompette) ou Philippe Milanta (piano) aux côtés de représentants de la jeune génération comme Fidel Fourneyron (trombone) ou Julie Saury (batterie). Pas de combat des anciens et des modernes autour de Papa Duke mais un respectueux consensus. La musique en garde toute sa saveur hors du temps et on imagine que Laurent Mignard regretterait presque de ne pas être né dans la communauté afro-américaine pour être tout à fait en phase avec sa filiation rêvée.
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Thomas de Pourquery avec Supersonic, à Coutances, le 29 mai 2011.
Photo © CultureJazz

Non loin de là et quelques minutes plus tard, Thomas de Pourquery réglait ses comptes avec Sun Ra. Une sorte de « meurtre du père » sur l’esplanade des Unelles, ensoleillée (on n’en attendait pas moins !). Avec son sextet Supersonic, le saxophonistre entrait dans le corps de la musique du « dieu soleil » qui est une de ses idoles, un musicien qui compte dans son entrée en jazz iconoclaste et fantaisiste. De Sun Ra, T.d.P. a gardé des compositions qu’il a choisies pour exprimer le multiplicité des facettes d’un créateur illuminé aussi mythique que mystérieux. Instrumentaux et morceaux chantés se sont succédés dans une veine très XXIème siècle à l’énergie assez électrique avec l’heureux apport d’une chorale enthousiaste née d’un travail mené avec le collège de Saint-Hilaire du Harcoüet. Sun Ra est mort, vive Sun Ra ! Irrespectueusement mais avec le savoir (dé)faire qu’on lui connaît, Thomas de Pourquery a donné une jeunesse nouvelle au répertoire d’un musicien qui ne doit pas tomber dans l’oubli ! Sun Ra est immortel, on ne le tuera pas.

Frustrations, compensations, rêves et réalité.

Que dirait Mr Sigmund de la démarche de Jacques Gamblin acteur de renom qui se dévoilait sur la scène du théâtre en musicien manqué qui rencontre une Lady Jazz fantasmée ? Ce granvillais d’origine (un gars du coin !) devenu une comédien de renom raconte ses déboires d’enfant et d’adolescent qui s’essaie aux instruments « nobles » pour finir par jouer des cuillères en désespoir de cause ! Avec la complicité du sextet réuni par le pianiste Laurent De Wilde il présente un ensemble de textes, dits, déclamés, rythmés, scandés qui composent un spectacle tonique, sensible et attachant. La création aura fait naître une vraie amitié entre le musicien, ses complices [1] et le comédien qui s’est découvert une passion pour la scène musicale. La conclusion heureuse qui permet de venir à bout de frustrations et de rêves inassouvis. Une tournée est prévue au printemps 2012, vous auriez tort de la manquer !

S’ouvrir à l’autre...

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Marcin Wasilewski Trio à Coutances, le 31 mai 2011.
Photo © CultureJazz.

Le trio du pianiste Marcin Wasilewski est un cas mérite réflexion à défaut d’analyse. Voilà une formation qui venait juste de livrer un disque de grande valeur (« Faithful » - label ECM - mai 2011) en jalonnant des compositions personnelles qui évitent les clichés de nombre de trios actuels : jamais démonstratif, sans vituosité surfaite, avec des ancrages solides dans le jazz du dernier demi-siècle. L’écoute du disque laissait augurer un concert du plus grand intérêt.

  • C’est là que le paramètre relationnel vient décevoir notre attente. Repliés sur eux mêmes, physiquement et musicalement, piano presque fermé, ce concert parut bien sombre à la majorité des spectateurs. Voûtés comme des moines pendant la prière, les membres du trio semblent garder leur musique pour eux-mêmes. Pourtant porteurs d’un bagage artistique qui ne demande qu’à être partagé, ces trois polonais n’ont pas su offrir leur musique au public en attente.
  • Les yeux fermés pour s’extraire du contexte, on retrouvait toute la finesse relationnelle d’un trio soudé par une longue expérience commune. L’écoute d’un batteur au jeu précis et raffiné, la qualité des mélodies qui mettent en évidence un bel usage des alliages piano-contrebasse.
  • Seulement, un concert n’est pas un disque et s’il n’y a pas de démarche de l’un vers l’autre, entre artistes et public, le courant ne passe pas. Une sorte de brume enferme ces musiciens dans une attitude autistique qui nécessiterait sans doute une remise en cause (sans aller jusqu’à la thérapie).
  • Certes, le public d’un festival exige souvent des musiciens une attitude scénique qui n’est pas aussi conventionnelle dans la musique classique. On peut le regretter mais c’est une composante du spectacle vivant qu’il faut prendre en compte dès lors qu’on s’exprime dans le monde du jazz.

À suivre pour terminer la dégustation des quartiers de pommes 2011 !

> Lire aussi : JSLP 2011 : quartiers de pommes n°1

> Lien :


[1Jérôme Regard : contrebasse / Alex Tassel : bugle / Donald Kontamanou : batterie / Guillaume Naturel : saxophone / Dj Alea : platines, mixage

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