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Trésors de la Black Music chez CamJazz

Les coffrets consacrés à Anthony Braxton et David Murray.

D 1er août 2011     H 10:41     A Thierry Giard    


Sur le label CAM Jazz, le producteur italien Ermanno Basso poursuit la réédition intégrale des catalogues Soul Note et Black Saint. Il rend ainsi un double hommage, d’une part à son confrère Giovanni Bonandrini qui mit toute sa passion de la musique dans la réalisation de ces disques aujourd’hui mythiques, d’autre part à la formidable créativité des musiciens afro-américains qui constituaient une certaine avant-garde du jazz et des musiques d’improvisation, du milieu des années 70 à la fin des années 90.

Pour rendre abordables ces musiques que d’aucuns trouveraient sans doute complexes, ardues, voire cérébrales (avant même de les avoir écoutées parfois !), CAM Jazz a fait le choix de la sobriété : coffret carton blanc qui présente les contenu du disque et, à l’intérieur, les CDS dans une simple pochette carton reproduisant à l’identique la pochette originale. De ce fait, le coût reste très modique.
Ceux qui ont connu ces disques au moment de leur parution ne seront donc pas déroutés... Par contre, il est préférable d’avoir de très bons yeux pour décrypter le verso des pochettes lorsqu’on est passé de 30 cm au format CD. Notons que la qualité sonore est excellente puisque ces disques ont été soigneusement remasterisés.

Il y a presque un an [1], nous avions présenté deux coffrets de la première série de rééditions, un consacré au trompettiste Bill Dixon (http://www.culturejazz.fr/spip.php?...), l’autre au batteur-leader Paul Motian (http://www.culturejazz.fr/spip.php?...).

Deux coffrets ont retenu particulièrement notre attention pour cet été 2011. Ils concernent deux saxophonistes-clarinettistes aux cheminements distincts mais fondés sur un même attachement aux racines de la musique afro-américaine : Anthony Braxton et David Murray. La sélection des disques diffère cependant pour l’un et l’autre : le choix de l’éclectisme pour Braxton, du duo à la musique pour des ensembles plus conséquents sur un répertoire ouvert et, pour Murray, une sélection qui se centre exclusivement sur différentes déclinaisons de son célèbre octet.

Anthony BRAXTON :

Anthony BRAXTON - coffret de huit disques - Black Saint -  voir en grand cette image
Anthony BRAXTON - coffret de huit disques - Black Saint
Réédition Black Saint-CAM / Hamonia Mundi.

En huit disques, on dispose d’un grand éventail des diverses options musicales défendues et développées avec science, méthode et un humour certain par Anthony Braxton.
Le duo légendaire avec Max Roach (Birth & Rebirth, publié en 1978) justifierait presque, à lui seul, l’acquisition du coffret ! Un dialogue totalement improvisé où les discours se complètent sans perdre leur identité.
Viennent ensuite trois déclinaisons du quartet de Braxton (1983, 1984, 1986) avec la « rythmique » John Linberg puis Mark Dresser (contrebasse) - Gerry Hemingway (batterie), le trombone virtuose et savant de George Lewis en 83 puis l’arrivée du piano ensuite avec Marilyn Crispell (84) et David Rosenboom (86). Trois disques pour percevoir le subtil agencement de la musique du saxophoniste pour ce type de formation.
Les trois derniers disques sont consacrés à des œuvres plus orchestrales où le saxophoniste se présente plus (voire exclusivement) en compositeur et chef d’orchestre qu’en instrumentiste soliste. Un univers passionnant et riche qui nécessite l’implication de l’auditeur car, malgré le temps passé, cette musique reste assez complexe.

on aime !
on aime !

On a gardé pour la fine bouche un petit bijou : « Six Monk’s compositions » de 1987 dans lequel Braxton se glisse avec délectation dans le répertoire du pianiste avec la complicité et toute la subtilité de Mal Waldron (piano), du grand contrebassiste Buell Neidlinger et de Bill Osborne à la batterie. Un disque qui rappelle à juste titre le célèbre album que Steve Lacy avait consacré à Monk en 1958 avec ces mêmes pianiste et contrebassiste ! (Mais, Elvin Jones était à la batterie !).

Que vous souhaitiez découvrir Anthony Braxton, approfondir votre connaissance de son œuvre singulière et éclectique ou remplacer des vinyls trop usés, ce coffret est pour vous !

David MURRAY :

David MURRAY Octets - coffret de cinq disques - Black Saint -  voir en grand cette image
David MURRAY Octets - coffret de cinq disques - Black Saint
Réédition Black Saint- CAM Jazz / Hamonia Mundi.

Même si John Coltrane est un de ses maîtres à penser la musique (dans une dimension spirituelle peut-être), David Murray est plutôt un trait d’union entre Lester Young, Ben Webster et Albert Ayler, entre un goût incontestable pour les racines, le swing, la danse (y compris caraïbe) et la fureur du jeu libéré et libérateur.

Le saxophoniste, également clarinettiste basse et compositeur, arrangeur a beaucoup enregistré tout au long de sa carrière (et continue, fort heureusement !) sur des labels américains et surtout européens (il a aujourd’hui adopté le vieux continent et la France tout particulièrement). Pour cette réédition, CAM Jazz a fait le choix de rassembler uniquement ses disques enregistrés en octet pour Black Saint (1980-1991).

on aime !
on aime !

Un excellent choix de notre point de vue car dans la diversité des formations dirigées par le saxophoniste depuis près de quatre décennies, son octet reste une des plus passionnantes.
À huit, Murray pouvait développer des formes orchestrales et mettre en place des arrangements souvent très influencés par les grands courants du swing et du blues, tout en laissant une grande liberté d’expression et d’improvisation puisqu’il prenait le soin de réunir des musiciens particulièrement inventifs et généreux(Une partie de l’élite de la musique créative est là !). On pense à l’Arkestra de Sun Ra dans les moments où le collectif se montre expressionniste tout autant qu’aux fomations ellingtoniennes (Home) mais toujours, on retrouve l’âme de ma Great Black Music et le bonheur des ensembles qui swinguent sauvagement !

En cinq disques dans un seul coffret, vous pourrez écouter une des formations les plus réjouissantes du jazz inventif et chaleureux des trente dernières années. Ça n’a pas vieilli, bien au contraire !

> Anthony BRAXTON - coffret de huit disques - Black Saint / CAM Jazz BXS 1012 - distribution Hamonia Mundi.

Contient les CDs :

Birth & Rebirth (duo avec Max Roach) - 1978 / Four Compositions (Quartet) 1983 / Six compositions (Quartet) 1984 / Five Compositions (Quartet) 1986 / 4 (Ensemble) compositions 1992 / Eugene (1982) with the Nortwest Creative Orchestra / Composition n°173 pour 4 acteurs, 14 instrumentistes, environnement et projections vidéo - 1996 /

> David MURRAY Octets - coffret de cinq disques - Black Saint / CAM Jazz BXS 1010 - distribution Hamonia Mundi.

Contient les CDs :

Ming (1981) / Home (1982) / Murray’s Steps (1983) / New Life (1987) / Hope Scope (1991) /

Dans la même série de rééditions, on trouve aussi les coffrets concernant :

  • Cecil Taylor - 5 disques - BXS 1007 - distribution Hamonia Mundi.
  • Charlie Haden - 5 disques (dont les Old and New Dreams Black Saint) - BXS 1001 - distribution Hamonia Mundi.
  • Enrico Pieranunzi - 6 disques - BXS 1004 - distribution Hamonia Mundi.
  • Enrico Rava - 5 disques - BXS 1002 - distribution Hamonia Mundi.
  • George Russell - 9 disques - BXS 1005 - distribution Hamonia Mundi.
  • Henry Threadgill - 7 disques - BXS 1003 - distribution Hamonia Mundi.
  • Lee Konitz - 5 disques - BXS 1011 - distribution Hamonia Mundi.
  • Lester Bowie - 3 disques - BXS 1006 - distribution Hamonia Mundi.
  • Steve Lacy - 6 disques - BXS 1013 - distribution Hamonia Mundi.

et les coffrets Paul Motian et Bill Dixon mentionnés plus haut.

> Lien :


[1article du 29 septembre 2010