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JAZZ CAMPUS 2011 (2)

Aventures en terre clunisoise, suite !

D 27 août 2011     H 19:16     A Yves Dorison    


Suite des nos aventures en terre clunisoise où l’originalité croise inlassablement le fer avec l’excellence.

MEGADOG (FROM BERLINE)

Paul Brousseau, claviers, machines
Mathieu Metzger, saxophone, machines
Philippe Pipon Garcia, batterie, machines)

Massilly, mercredi 24 août 2011

Dubitatif, voilà l’impression finale de votre serviteur à l’issue d’un concert ne manquant pas de qualités, ne serait-ce que par le casting. Si nous ne remettons pas en cause la démarche musicale du trio qui confie aux machines l’essentiel d’une sonorité lourde et prégnante, nous nous interrogeons sur le résultat obtenu. Des méandres musicaux plongeant l’auditeur dans une atmosphère urbaine, sinon industrielle, on ne retient que peu de choses hormis l’impression d’unité tonale lancinante dont les développements nous sont apparus comme inachevés.

AKOSH S. & GILDAS ETEVENARD

Akosh S. -  voir en grand cette image
Akosh S.
Jazz Campus en clunisois, 2011.

Akosh S., saxophone ténor, clarinette métal, bombarde tibétaine, ocarina, harmonium, flûtes, kalimba, madacopde, cloches
Gildas Etevenard, batterie, gordon, daf, gongs, cloches, trompette, kalimba

Massilly, mercredi 24 août 2011

La Hongrie musicale est un univers dense et complexe. Géographiquement influencée par l’Asie, elle contient des couleurs sibériennes, turco-mongole ou encore chinoise. Sa richesse intrinsèque est le fruit des flux migratoires sur une terre féconde. Akosh S. (Akosh Szelevényi), saxophone souvent étiqueté « free », non sans raison, met cette musique en valeur avec une approche extrêmement personnelle. Son duo avec Gildas Etevenard offre un voyage musical à mi-chemin entre nomadisme et territorialité. Sans compromission possible, Akosh S. porte un message tellurique où s’entrecroisent les matériaux musicaux. Sa transe chatoyante et itérative déploie une inventivité qui ne défaille jamais. Ainsi, au sein d’un dialogue perpétuel avec le batteur, naissent des fulgurances mélodiques entêtantes qui étirent espace et durée. La variété des timbres utilisés y crée une dramaturgie où l’explorateur puise une force peu commune. On aime ou non, mais l’on ne peut être indifférent à la sincérité qui habite cette musique. Rien n’est gratuit et chaque note est un cri où l’humain solitaire cherche son authenticité par l’accumulation des possibles, car avec le temps, on note chez Akosh S. que si la colère initiale de l’exilé contraint s’est partiellement transmuée en quête irrépressible d’unicité, elle n’est pas celée sous l’éteignoir du conformisme. Loin s’en faut.

Q

Q - Julien Desprez -  voir en grand cette image
Q - Julien Desprez
Jazz Campus en clunisois, 2011.

Julien desprez, guitare
Sylvain Darrifourcq, batterie
Fanny Lasfargues, basse

Cluny, jeudi 25 août 2011

Chez la jeunesse musicale du jazz et des musiques improvisées, un courant notoire aime la fureur, le gros son et l’expérimentation. Le trio Q lui appartient. Il offre une plongée dans les entrailles sonores d’un univers post-industriel lourd et gras, aux grincements effrayants. Le mode exploratoire est simple : introspection / explosion. Réitéré durant tout le concert, il lasse un peu malgré la finesse des approches. Le concept est là. Sans être creux, il semble cependant manquer de maturité. Qu’il soit Brut et brutal ou étouffé dans une recherche bruitiste de l’infime, le discours semble exprimer l’inanité d’une société en déshérence qui ne survit que par à-coups. Pour l’oreille, il ne donne en solution que l’attente. Au concept précédemment évoqué, il faudrait ajouté l’intuition, source de liberté, de libération.




SOWETO KINCH Quartet

Soweto Kinch -  voir en grand cette image
Soweto Kinch
Jazz Campus en clunisois, 2011.

Soweto Kinch, saxophone, programmation, voix
Sharaka Hutchings, saxophone ténor, clarinette
Karl Rasheed Abel : contrebasse, basse
Graham Godfrey, batterie

Cluny, jeudi 25 août 2011

Le quartet de Soweto Kinch fut la découverte du festival. Programmé in extremis après la défection d’Ursus minor, l’altiste de Birmingham et ses comparses ont enthousiasmé une salle quasi pleine. En alternant sur scène un jazz très contemporain et le Hip hop, il élargit son propos musical aux revendications d’une jeunesse immigrée en proie aux affres du libéralisme anglais dont on sait à quel point il est insupportable pour les minorités ethniques du Royaume Uni.
Brillant universitaire issu d’un milieu favorable aux arts, il a assez tardivement choisi la carrière de musicien. Doté d’une sonorité très dynamique, d’une énergie explosive, ce virtuose de l’alto explore la contemporanéité du jazz tout en gardant les pieds solidement ancrés dans une tradition qu’il apprécie à sa juste valeur. Handicapé lors de son concert par des problèmes de sonorisation récurrents, il a développé un discours personnel très construit, ouvert sur une recherche évidente de la musicalité en s’appuyant habilement sur ses musiciens. Les passages où il empoigne le micro du rappeur ont transmis la colère d’une jeunesse subissant les maux évoqués ci-dessus avec une une approche stylistique du rap moins caricaturale, ne serait-ce que par son aspect acoustique qui l’éloigne à l’évidence des canons du genre. Avec une présence scénique marquée, Soweto Kinch ne manque pas de séduire l’assemblée. Et quand il propose un freestyle sur les lettres du mot « Freedom » avec des mots français choisis par le public, il obtient son adhésion avec talent et humour.
Assurément leader, Soweto Kinch ne manque d’atouts. Original et rayonnant, mu par un instinct musical saisissant, il balaie devant sa porte à grands coups de soli dévastateurs. Plus qu’un émeutier éperdu, c’est à l’évidence un théoricien du combat pour les idées, par la musique. Dans le Jazz Campus de Didier Levallet, il ne dépareille pas.

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