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Chanteuses... enchanteuses ?

Sept voix féminines pour servir le jazz (etc.)

D 28 janvier 2012     H 10:08     A Michel Delorme, Thierry Giard    


Et si on chantait en ces temps qu’on dit moroses ? Ou plutôt, si on écoutait chanter des musiciennes qui utilisent leur voix comme mode d’expression de leur sensibilité artistique ?
Entre les grandes divas du jazz (qui donnèrent ou donnent encore un scintillement incomparable au répertoire) et les pop-stars, il y a tout un espace dans lequel les chanteuses d’aujourd’hui cherchent à se frayer un chemin, leur chemin pour être entendues ou mieux... écoutées.

En ce début d’année 2012, paraissent plusieurs disques qui mettent en avant des voix féminines déjà bien connues (La Velle...), en passe de l’être (Susi Hyldgaard) ou à découvrir.

Susi HYLDGAARD : « Dansk »

Susi HYLDGAARD : « Dansk » -  voir en grand cette image
Susi HYLDGAARD : « Dansk »
yellowbird / Harmonia Mundi

> yellowbird YEB 7722-2 / Harmonia Mundi (parution le 07/02/2012)

Susi Hyldgaard : voix,piano, claviers, ukulele, guitare, accordéon / Benita Haastrup :batterie / Jannik Jensen:basse

01. Regarde je tends la main vers toi / 02. Sa elsker jeg di, du / 03. Was nun wenn / 04. Il n’y a pas si longtemps / 05. Women / 06. Det’ dansk / 07. Til jer to / 08. Sie hat Sauerkrautstampfer / 09. le combat intérieur / 10. Geburt / 11. alles mit einem zu teilen / 12. Dreh dich

Chanteuse et pianiste danoise, Susi Hyldgaard revendique fièrement la langue de son petit pays en intitulé de ce disque. Pourtant, elle assume une volonté d’ouverture linguistique puisqu’elle passe avec aisance du danois au français, de l’allemand à l’anglais, parfois dans un même titre !
C’est sans doute une des grandes qualités de cet album réalisé sur la base d’un trio surmultiplié par un travail en studio qui préserve cependant la légèreté de l’ensemble.
La chanteuse séduit par un timbre de voix feutré qui ne vise pas l’éclat mais l’expressivité. On a parfois l’impression d’écouter la bande son d’un film imaginaire qui invite au voyage à travers des ambiances jamais mièvres.
Le jazz est là, sous les doigts de la pianiste (aussi polyinstrumentiste) qui sait s’accompagner et improviser sur ses instruments et à la voix, soutenue par une rythmique qui ne démérite pas. L’esthétique générale se veut assez ouverte et accessible, ce qui donne au final une réalisation diversifiée intelligente et vivante, très agréable à l’écoute.

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Margeaux LAMPLEY : « Rain »

Margeaux LAMPLEY : « Rain » -  voir en grand cette image
Margeaux LAMPLEY : « Rain »
Fuschia jazz / Codaex

> Fuschia jazz FJ02 / Codaex (paru le 25/01/2012)

Margeaux Lampley : voix / Olivier Hutman : piano / David Sauzay : saxophone, flûte / Olivier Louvel : guitare / Michel Rosciglione : contrebasse / Blaise Chevallier : contrebasse / Olivier Robin : basse / Thierry Chauvet : basse

01. Wastin’ my time / 02. Is it a crime ? / 03. La chanson des vieux amants / 04. Blues / 05. Don’t let me down / 06. Be like the wind / 07. Devil may care / 08. Shades of blue / 09. Waiting in silence / 10. My romance / 11.Where we belong / 12. Rainy day

« Pourquoi la pluie (rain) ? La pluie stimule ma créativité. Je me blottis dans mons studio... Je chante, je compose, je rêve... Cet album est le résultat de nombreux jours de pluie... ». C’est ainsi que Margeaux Lampley, chanteuse new-yorkaise ex-avocate d’affaire internationale présente son second album, après Love for Sale paru en 2008.
Il a dû effectivement beaucoup pleuvoir pour lui permettre de composer 9 des 12 titres de ce disque dans lequel elle a réservé une petite place à des bijoux composés par Jacques Brel (La chanson des vieux amants), Bob Dorough (Devil May Care) et Mrs Rodgers & Hart (My Romance).
Entourée d’une solide équipe de jazzmen tous-terrains (Olivier Hutman, Olivier Louvel, David Sauzay et deux rythmiques qui alternent impeccablement), cette chanteuse aujourd’hui parisienne fait briller le soleil dans la grisaille en naviguant entre jazz, pop, soul et musique latine.
Ce désir d’éclectisme, certes compréhensible (un CD sert aussi à se faire remarquer des programmateurs), ne permet pas à ce disque de mettre en valeur la réelle personnalité de la chanteuse. Cependant, comme souvent, on ne l’appréciera que plus justement si on a l’occasion d’écouter en concert cette équipe talentueuse qui joue avec générosité.

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LA VELLE : « Special »

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LA VELLE : « Special »
Plus Loin Music / Harmonia Mundi

> Plus Loin Music PL4446 / Harmonia Mundi (paru le 24/01/2012)

LaVelle : voix / Sangoma Everett : batterie / Emil Spanyi : piano / Christophe Lincontang : contrebasse / Jacques Schwartz-Bart : saxophone / Matthieu Michel : bugle / Linda Josefowski : flûte

01. Blue Bolero (A. Ibrahim) / 02. Blue Monk (T. Monk / 03. I Got it Bat (And That anin’t Good) (Ellington / Fitzgerald) / 04. Jo & James ( S. Everett) / 05. Napoli (T. Lang) / 06. Dimension (M. M’Ba) / 07. Auburn Prive (S. Everett) / 08. Special (M. Thompson / LaVelle) / 09. Who can I Turn To (Bricusse / Newley) / 10. My Favorite Things (Rodgers / Hammerstein)

Lavelle McKinnie Duggan, plus connue sous le nom de La Velle, on la suit depuis le début des années 80, toujours en équilibre entre le jazz, le gospel et l’énergie de la soul-music. Elle nous avait habitués jusqu’alors à chanter au piano, articulant sa voix avec son jeu intense et efficace sur le clavier. Surprise avec ce disque, elle chante, un point, c’est tout ! Elle a laissé le piano à Emil Spanyi qui, on le sait, n’est pas embarrassé devant les 88 touches qu’il fait danser, chanter, vibrer avec une grande élégance et une constante musicalité.
Dans cette situation, La Velle se centre sur le jazz, plus sensible, plus mélodique, plus subtilement ternaire avec une pointe de fragilité dans la voix qu’on ne lui connaissait pas. Cela lui permet d’aborder un répertoire différent, entre le superbe Blue Bolero d’Abdullah Ibrahim et My Favorite Things en conclusion. Les couleurs changent selon le soliste invité, Jacques Schwartz-Bart et son saxophone au son ample et au phrasé subtil, Matthieu Michel, grand spécialiste du bugle avec un timbre chaleureux et diffus...
Mais on comprend vite que ce projet doit beaucoup à Sangoma Everett, batteur et co-producteur qui assure non seulement un soutien rythmique sûr et inventif mais qui rappelle aussi qu’il sait être un bon compositeur (Jo & James, Auburn Prive).
Un disque effectivement « spécial » dans la carrière de la chanteuse qui se plait aujourd’hui en Suisse... D’ailleurs, on trouve sur la pochette de l’album la reproduction d’une toile de Daniel Humair, l’helvète de Paris, batteur toujours et peintre plus que jamais.

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Sarah LENKA : « Hush »

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Sarah LENKA : « Hush »
E-Motive Records / L’Autre Distribution

> E-Motive Records EMO121 / L’Autre Distribution - (parution le 30/01/2012)

Sarah Lenka : chant / Damon Brown : trompette / Florent Gac : piano / Manuel Marchès : contrebasse / David Grébil : batterie /+/ Thomas Savy : clarinette et clarinette basse sur 2, 5, 7, 11, 12 / Aurore Voilqué : violon sur 4, 5 et 12

01.Grandma’s hands / 02. Glory Box / 03. I’ll Wait / 04. Red Cardinal / 05. Stormy Weather / 06.Never Say Never / 07. If I Were You / 08. I don’t Mind / 09. All In All / 10. Old Country / 11. I Try / 12. You may Say / 13. Miss Celie’s Blues

À la différence de nombreuses chanteuses de ce début de XXIème siècle qui picorent un peu partout dans les musiques d’aujourd’hui et d’hier pour proposer un répertoire composite et consensuel, Sarah Lenka va puiser plus profond dans le blues des racines. Ainsi pour Grandma’s hands en duo avec le contrebassiste Manuel Marchès. La voix est rugueuse, souvent déchirée jusqu’à forcer le trait. Elle a aussi écouté Billie Holiday (I’ll wait) et se délecte des ambiances qui évoquent le swing félin des années 30.
Cette chanteuse possède un timbre de voix chaleureux et souple qui lui permet de proposer des atmosphères différentes, au risque d’exagérer les effets vocaux comme dans Stormy Weather (sur un arrangement original cependant !).
On saura apprécier à sa juste valeur ce second disque de Sarah Lenka. Il ne manque pas de qualités car il révèle une personnalité affirmée soutenue par des musiciens de grande valeur (comme Florent Gac au piano ou Thomas Savy à la clarinette et clarinette basse)...

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Deux écoutes de...

Laura LITTARDI : « Inner dance »

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Laura LITTARDI : « Inner dance »
Great Winds / Musea
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

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> Great Winds GW 3147 / Musea - (paru le 15/01/12)

Laura Littardi : chant, compositions, arrangements / Carine Bonnefoy : piano / Mauro Gargano : contrebasse / Fabrice Moreau ou Guillaume Dommartin : batterie / Francesco Bearzatti : saxophone ténor, clarinette

01. Sunny Days (Laura Littardi) / 02. Old Man (Neil Young) / 03. Hold the Line (John Foggerty) / 04. Another Star (Stevie Wonder) / 05. Lotta Love (Neil Young) / 06. Higher Ground (Stevie Wonder) / 07. Carried Away (Graham Nash) / 08. Beautiful Flower (Laura Littardi) / 09. Isn’t She Lovely (Stevie Wonder) / 10. Proud Mary (John Foggerty) / 11. I’m Praying (Laura Littardi) / 12. Sunny Days (Laura Littardi)

Installée en France depuis 1987, Laura Littardi est (peut-être) connue des habitués des clubs et des salles parisiennes mais elle mériterait d’être entendue plus souvent ailleurs.
Entourée d’un trio remarquable d’efficacité et de musicalité avec Carine Bonnefoy au piano, Mauro Gargano à la contrebasse et Fabrice Moreau (ou Guillaume Dommartin) à la batterie, elle s’empare de standards du répertoire pop/soul des années 70 pour faire d’Inner Dance un des meilleurs disques de jazz vocal de ce début 2012.
Sur des compositions de Neil Young, Graham Nash, John Fogerty, Stevie Wonder (entre autres), elle chante avec simplicité et un feeling très naturel. On pense inévitablement à Joni Mitchell mais Laura Littardi s’en distingue par la sensibilité de ses origines latines. On ne s’étonnera pas alors que le dialogue avec Mauro Gargano et l’invité incontournable, Francesco Bearzatti soit si intense et lumineux. Pour vous en convaincre, écoutez la version renversante d’Another Star, magnifique ballade de Stevie Wonder : la voix et son timbre grave et velouté se love dans les lignes tracées par la contrebasse et se fond dans le chant du ténor... Savoureux !
Un disque qui possède un charme très naturel qui se diffuse dans les espaces ouverts à l’expression de chacun. Simplement réussi !

. ::Thierry Giard ::.

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Ce disque de Laura Littardi fait irrésistiblement penser à la grande Joni Mitchell, avec une légère pointe country ( traduisez « terroir » ) à la Bobbie Gentry. Quel compliment !
Par le tone fabuleux de sa voix, comme disent les anglo-saxons, sa diction parfaite, la flexibilité de ses interprétations, par la qualité de ses propres compositions, par la justesse avisée du répertoire choisi : les grandes chansons pop des années 70. En évitant de tomber dans le piège des tubes rabâchés.
Neil Young, Graham Nash, John Fogerty, David Paich, la part du lion étant réservée à Stevie Wonder, excusez du peu !
Par contre, pourquoi vouloir à tout prix scatter ? C’est un exercice « vulgaire », au sens qu’il est là pour coller au concept du jazz, il FAUT du scat pour faire jazz, comme si c’était une obligation. Je lui préfère de loin les modulations sans paroles, comme quand on fredonne. C’est le cas ici dans Another star...
Reste que quelques interprétations tutoient le sublime, Hold the line, Another star, Higher ground, meilleur titre de l’album, Isn’t she lovely, traité de façon exceptionnelle, un poil bossa sur tempo extra-lent avec une respiration digne de Miles Davis. À ce propos, il faut souligner que Laura fait siennes toutes ces chansons, sans exception.
Que dire encore ? Qu’il y a un titre fou, le plus aventureux du disque : Proud Mary, où la chanteuse s’engage dans un dialogue invraisemblable avec le ténor de Francesco Bearzatti. Parlons-en justement, de Bearzatti, actuellement l’une des voix les plus originales du saxophone et de la clarinette. Savourez la suavité du son sussuré de la voix et de la clarinette dans Carried away.
Encore que la pianiste Carine Bonnefoy « soloïse » magnifiquement dans le Sunny days qui ouvre l’album et dans sa version soft qui le clôt. Qu’elle délivre également une intro d’une beauté rare sur Isn’t she lovely.

Que voici une chanteuse qui renvoie à leurs fourneaux toutes celles qui ne font que se complaire dans le confort douillet du conventionnel.

. ::Michel Delorme ::.

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Noëmi WAYSFELD & BLIK : « Kalyma »

Noëmi WAYSFELD & BLIK : « Kalyma » -  voir en grand cette image
Noëmi WAYSFELD & BLIK : « Kalyma »
AWZ Records / L’Autre Distribution

> AWZ Records CW896633 / L’Autre Distribution - (parution le 30/01/2012)

Noëmi Waysfeld : chant / Thierry Bretonnet : accordéon / Florent Labodinière : guitare et oud / Antoine Rozenbaum : contrebasse /+/ Sonia Weder Atherton : violoncelle / David Krakauer : clarinette

01. Costume Neuf / 02. Kalyma / 03. Shnirele Perele / 04. Belz / 05. Bobenyu / 06. Quand Nous Nous Sommes Rencontrés / 07. Train Arrête-Toi / 08. Et Toi Tu Ris / 09. Odessa / 10. Unter Dayne Vayse Shtern / 11. Le Ruisseau / 12. Le Mariage Des Lesbiennes / 13. Zog Maran / 14. Avreml Marvikher - Enregistré en février 2011 par Alain Cluzeau à Acousti Studio

Ah ! Les étiquettes ! On se demande bien pourquoi un éditeur (et des artistes) ressentent le besoin de préciser que ce disque contient de la musique yiddish russe ? Je vous avouerai que dans mon cas, c’est plutôt un frein à une écoute sans idées préconçues... On ne se refait pas ! Non que je sois allergique à ce genre musical mais je crains la world-music formatée... Ce n’est pas le cas ici, il faut le dire !
Noëmi Waysfeld possède un beau timbre de voix, assez grave et très chaleureux. Elle est fort bien accompagnée par le trio Blik dans lequel Florent Labodinière et Thierry Bretonnet ne se privent pas de broder des lignes improvisées qui donnent une certaine vitalité à une musique souvent un peu tristounette malgré les rythmes entraînants.
On pourrait penser que les amateurs de jazz « pur et dur » ne trouveront pas vraiment leur bonheur ici mais on aurait tort de ne pas écouter cette chanteuse qui révèle de belles qualités expressives, si on est un peu curieux.

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Eda ZARI : « Toka Incognita »

Eda ZARI : « Toka Incognita » -  voir en grand cette image
Eda ZARI : « Toka Incognita »
Intuition-Music / Intégral Musique

> Intuition-Music INT 3436-2 / Intégral Musique - (parution le 01/02/2012)

Eda Zari : voix / Gert Kapo : piano, Fender Rhodes / Rhani Krija : percussions / Sebastian Studnitzky : trompette / Martin Ggjakonowski : contrebasse / Vladiswar Nadishana : Dzuddahord etc. / Hayden Christholm : saxophone / … / Quatuor à cordes /+/ invité : Dominic Miller : guitares

01. Dj(a)ellzore / 02. La Lune et Lys-Zymbylat / 03. Çahiret / 04. Moj Zare / 05. The Balkan « Turbo » Irony / 06. Thrill in 9/8 / 07. Do Vij / 08. Foggy Lake / 09. A Yiddishe Mame / 10 Kroi / 11. Spring in Blue / 12. Toka Incognita-Medley

Voilà une réalisation particulièrement soignée et travaillée : graphisme de pochette néo-médiéval évoquant le moyen-orient, séance photo valorisant le physique d’Eda Zari, envoûtante et féline. Fatale ? Serait-on déjà sous le charme ?
Pas tout à fait car l’écoute de ce disque permet, certes, d’apprécier la qualité de la mise en forme sonore sur des rythmes qui font référence aux origines balkaniques de la chanteuse mais l’option esthétique musicale n’est guère convaincante. Cette world-music occidentalisée garde les couleurs des musiques du monde dans une mise en forme « studio » très adroite qui lui donne une saveur acidulée qui plaît aux oreilles habituées aux musiques décoratives.
On remarque cependant remarque les jolies phrases égrénées par le trompettiste, vite englouties par une mise en forme trop fabriquée pour sembler authentique et nous toucher vraiment.
Et disons-le, oui, cette chanteuse a un fort joli timbre de voix et elle a débauché le guitariste Dominic Miller, un pote de Sting !

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