« Le jazz tisse sa toile... »
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Made in L.A. : Posi-Tone Records

Un label qui entretient une image positive et vivante du jazz.

D 26 octobre 2012     H 00:12     A Thierry Giard    


Sommaire :

Posi-Tone Records est un label indépendant basé à Los Angeles, animé en particulier par l’ingénieur du son Nick O’Toole. Le catalogue qui compte actuellement de plus de soixante-dix références s’enrichit régulièrement de nouvelles parutions.
Nous avons reçu cinq des disques parus au cours des premiers mois de 2012 et nous vous proposons un aperçu de ces musiques, sachant bien que ces disques ne sont pas officiellement distribués en France mais le site internet du label pourra vous permettre de faire votre marché si la curiosité vous pousse à acquérir certaines de ces galettes préparées avec soin et un vrai amour du jazz.

Il est clair que Posi-Tone ne se positionne pas à l’avant-garde du jazz, même si une des premières références publiées est un disque de Sam Rivers enregistré en trio dans le club Jazz Bakery de Los Angeles. Disons qu’on se situe dans un courant moderne qui reste ancré dans les structures harmoniques et mélodiques de l’après be-bop (ou avant...).
La politique du label et la ligne artistique se caractérisent par la volonté de « produire des enregistrements de haute qualité par les musiciens les plus pertinents sur la scène jazz d’aujourd’hui ». Il vise surtout à proposer « des interprétations contemporaines de matériaux classiques » ou met en valeur « les nouvelles idées de musiciens innovants ». Le catalogue Posi-Tone cherche à conquérir, d’une part un nouveau public pour ce jazz-là mais aussi à répondre aux attentes des amateurs plus exigeants en essayant de se faire l’écho de « l’énergie qui existe dans le monde du jazz actuel ».

Une ambition louable. Pour savoir si cet objectif est atteint ou non, il faudra que les curieux se fassent leur opinion. Il est à noter que ces albums bénéficient d’une présentation simple mais soignée sous forme de digipacks et que les enregistrements sont toujours de bonne qualité même s’ils ne bénéficient pas de studios sophistiqués.

Voilà donc un aperçu de cinq références récentes de ce catalogue, toutes enregistrées à New-York/Brooklyn, soit dit en passant !


Orrin EVANS : « Flip The Script »

Orrin EVANS : « Flip The script » -  voir en grand cette image
Orrin EVANS : « Flip The script »
Positone Records / www.posi-tone.com

Flip the Script est le quatrième album du pianiste Orrin Evans sur Posi-Tone. Avec cette formule en trio, il s’exprime dans l’esprit du jazz post-bop en accordant une grande importance au rythme sur des tempi souvent soutenus qui mettent en valeur la cohésion et la cohérence du trio. Chacun est à l’écoute des autres au service du collectif.
Si ce disque ne présente pas de grandes surprises, il permet de découvrir un pianiste porteur d’une certaine tradition de la black-music brillante et expressive avec comme leitmotiv (inscrit sur la pochette !), une phrase de Langston Hughes : « Un artiste doit être libre de choisir ce qu’il fait, c’est certain, mais il doit aussi ne jamais avoir peur de faire ce qu’il peut choisir ».
Orrin Evans a fait ses choix et les assume avec conviction, talent, énergie et souvent une élégance certaine.

> Positone Records PR8100 / www.posi-tone.com

Orrin Evans : piano / Ben Wolfe : contrebase / Donald Edwards : batterie

01. Question / 02. Clean House / 03. Flip The Script / 04. When / 05. Big Small / 06. A Brand New Day / 07. TCs Blues / 08. Some Day My Prince Will Come / 09. The Answer / 10. The Sound Of Philadelphia


Ralph BOWEN : « Total Eclipse »

Ralph BOWEN : « Total Eclipse » -  voir en grand cette image
Ralph BOWEN : « Total Eclipse »
PosiTone Records / www.posi-tone.com

Après Dedicated (en quintet avec rien moins que John Pattitucci et Antonio Sanchez pour la rythmique !), puis Power Play (avec Orrin Evans au piano), le saxophoniste ténor Ralph Bowen a constitué un quartet avec orgue Hammond et guitare pour laisse s’exprimer son jeu de ténor charnu et volubile. Certes, les fans de jazz bien structuré trouveront là une musique qui ne manque pas de densité. On a toutefois une impression de déjà entendu à un autre niveau par de grands saxophonistes et de grands organistes.
L’éclipse totale à laquelle fait référence le titre de ce disque signifierait-elle que le saxophoniste Ralph Bowen s’efface derrière les références du genre ?
Pour les curieux et amateurs de ces formules instrumentales.

> PosiTone Records PR8097 - distribution www.posi-tone.com (paru le 01/07/2012)

Ralph Bowen : saxophone ténor / Jared Gold : orgue Hammond / Mike Moreno : guitare / Rudy Royston : batterie

01. Total Eclipse / 02. Behind The Curtain / 03. Into The City / 04. The Dowsing Rod / 05. On Green / 06. Arrows Of Light / 07. Exosphere / 08. Hip Check / 09. In My Dreams


Brandon WRIGHT : « Journeyman »

Brandon WRIGHT : « Journeyman » -  voir en grand cette image
Brandon WRIGHT : « Journeyman »
PosiTone Records / www.posi-tone.com

Ce quartet emmené par le jeune saxophoniste ténor Brandon Wright trouve son origine dans le Mingus Big Band puisque le pianiste (bien connu, lui) David Kikoski, le contrebassiste Boris Kozlov et le batteur Donald Edwards font également souvent partie de cet orchestre.
Dans ce disque, il joue une majorité de compositions personnelles de belle facture, dans un esprit qui renvoie aux grands saxophonistes Blue Note des années 50 et 60, les références que Brandon Wright revendique.
On ne s’empêchera pas non plus de penser que Michael Brecker aura aussi été un de ses modèles, en particulier en écoutant son interprétation de The Nearness Of You, ballade qui figurait aussi au répertoire du saxophoniste disparu.
Avec des musiciens aussi compétents qui connaissent à coup sûr leur affaire, on ne peut pas obtenir un mauvais disque. Celui-ci est de qualité mais assez conventionnel on n’y trouve pas matière à s’émouvoir.

> PosiTone Records PR8095 / www.posi-tone.com

Brandon Wright : saxophone ténor / David Kikoski : piano / Boris Kozlov : contrebasse / Donald Edwards : batterie

01. Shapeshifter (Wright) / 02. Better Man (Vedder) / 03. Walk Of Shame (Wright) / 04. Illusions of Light (Wright) / 05. Big Bully (Wright) / 06. Choices (Wright) / 07. Such For Truth (Wright) / 08. Wonderwall (Gallagher) / 09. The nearness Of You (Carmichael) / 10. He’ll Make me Happy (Moss) // Enregistré à Brooklyn en octobre 2011


Spike WILNER : « La Tendresse »

Spike WILNER : « La tendresse » -  voir en grand cette image
Spike WILNER : « La tendresse »
PosiTone Records / www.posi-tone.com

Certes le titre en français, « La Tendresse », a retenu notre attention... Mais il faut aussi écouter ce disque qui est celui qui nous aura le plus captivé dans cette sélection... Nous dirons même que nous avons une certaine tendresse pour cette musique.
La raison ? Sans doute la volonté que manifeste Spike Wilner d’échapper aux normes et au formatage des styles. Il exprime dans ce disque un profond amour du jazz qu’il interprète vraiment à sa façon, un peu comme le ferait un Bill Carrothers.
Le titre éponyme est délicat et un rien nostalgique, vaguement romantique. On se laisse séduire par l’intelligence de l’interprétation de Solace de Scott Joplin qui ne tombe jamais dans le piège de la technique « ragtime ».
De cette manière, il visite Ellington ou Monk et quand il propose ses propres compositions, parfois en solo, comme pour Lullaby Of The Leaves, il ne nous berce pas mollement mais s’exprime avec finesse et légèreté et une certaine malice.
Le swing est très présent comme dans After You’ve Gone interprété dans un style classique très « serré » avec walking bass et chabada « in the tradition ».
Ce qui pourrait passer pour un disque-catalogue est en fait une galerie des images et des courants du jazz qui constituent le bagage musical de Spike Wilner, un pianiste à découvrir (pour ceux qui ne le connaissent pas déjà puisqu’il est aussi aux commandes du club « Smalls » de New-York)...
Sans doute pas triste à écouter sur scène car il ne semble pas manquer d’humour.

> PosiTone Records PR8094 / www.posi-tone.com

Spike Wilner : piano / Derzon Douglas : contrebasse / Joey Saylor : batterie

01. La Tendresse / 02. If I Only Had A Brain / 03. Solace / 04. Silver Cord / 05. Always / 06. Lullaby Of The Leaves / 07. After You’ve Gone / 08. Le Sucrier Velours / 09. Little Girl Blue / 10. Crepuscule With Nellie / 11. I’m So Glad We Had This Time Together / 12. Happy Ending


Jared GOLD : « Golden Child »

Jared GOLD : « Golden child » -  voir en grand cette image
Jared GOLD : « Golden child »
PosiTone Records / www.posi-tone.com

L’organiste Jared Gold est aussi un des habitués du label Posi-Tone puisque Golden Child est son cinquième album au catalogue (un par an depuis 2008 !), en compagnie du guitariste Ed Cherry qui fut un des accompagnateurs réguliers de Dizzy Gillespie de 1978 à 1992.
Jared Gold est un amoureux de l’orgue Hammond B-3. Il aime donner toute son ampleur sonore à cet instrument avec, comme influences revendiquées Larry Young, Jack McDuff ou Don Patterson.
Le répertoire privilégie des compositions simples et efficaces sur le plan rythmique. Elles visent surtout à imprimer le groove que recherche cette formation qui n’invente rien de neuf mais manifeste un réel savoir faire pour jouer une musique dansante et souvent funky. On remarquera que le trio ne manque de calmer le jeu en rendant hommage à Duke Ellington avec une version en velours épais de In A Sentimental Mood.
Un disque sans surprise mais très respectable car joué avec de l’enthousiasme et du cœur.

> PosiTone Records PR8093 - www.posi-tone.com

Jared Gold : orgue / Ed Cherry : guitare / Quincy Davis : batterie

01. A Change is Gonna Come (S. Cooke) / 02. Hold That Through / 03. I Can See Clearly Now (J. Nash) / 04. Golden Child / 05. Wichita Lineman (J. Webb) / 06.14 Carat Gold / 07. I Wanna Walk (trad) / 08. Pensa Em Mim / 09. In A Sentimental Mood (D. Ellington) / 10. Times Up / 11. When It’s Sleepy Time Down South (L. René) // Enregistré à Brooklyn en janvier 2010.


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