« Le jazz tisse sa toile... »
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Musique française.

À propos de Christophe Cravero et de Ping Machine...

D 22 septembre 2013     H 16:35     A Philippe Paschel    


Dans le vieux-vieux temps, les musiciens de jazz étaient parfaitement reconnaissables par leur sonorité et leur style. S’ils faisaient “le métier” (studio, variété), c‘était pour gagner leur vie. Il n’y avait pas de honte, mais non plus pas d’influence sur leur création. On les utilisait d’ailleurs pour leurs particularités musicales.

Aujourd’hui, les musiciens de jazz français se vantent volontiers de leurs activités autres et sont capables de s’adapter à n’importe quelle musique. Mais qui sont-ils ? Ne sont-ils pas victime du syndrome de Lorenzaccio (devenir ce que l’on feint d’être) et quelle musique pratiquent-t-il ? Ces réflexions me sont venues après l’écoute de deux disques récents de production locale.

Christophe Cravero : Elegant Elephant

Christophe CRAVERO : « Elegant Elephant » -  voir en grand cette image
Christophe CRAVERO : « Elegant Elephant »
One To Jazz.

Christophe Cravero est un jeune pianiste dont le texte de présentation du disque Elegant Elephant, signé Jack Guerrier, vante le travail avec différents chanteurs de variété (certainement très estimables) et peu de musiciens de jazz (Didier Lockwood, Billy Cobham et deux guitaristes manouches Romane et Stochelo Rosenberg). Sa musique est très variée, ce qui donne un disque agréable à écouter, sans ennui (44 mn), montrant diverses facettes de jeu, dans des rythmes différents, ritournelle omniprésente, musiques plus fluides.
C’est incontestablement un disque de jazz.
Ses deux compagnons sont d’excellents musiciens, professionnels et efficaces, sachant s’adapter. Si l’on prend du plaisir à les écouter et même à les réécouter, en aura-t-on envie dans trois mois, un an, dix ans.
Ce disque touche notre sensibilité d’aujourd’hui, dans ce mois de septembre parisien, aux sautes de climats.
C’est la musique du moment présent.

Ping Machine : Encore !

PING MACHINE : « Encore – Live au Petit Faucheux » -  voir en grand cette image
PING MACHINE : « Encore – Live au Petit Faucheux »
NEUKLANG / Abeille Musique

Ping Machine est un groupe dont on parle beaucoup et j’attendais ce disque avec impatience, d’autant qu’il avait été enregistré au mythique “Petit Faucheux”.
C’est un disque fort long, le temps du concert (74 mn) et je n’ai pas réussi, malgré plusieurs tentatives à m’y intéresser vraiment.
Le texte de présentation, très dithyrambique et citant de nombreux musiciens en références -un seul musicien de jazz, Steve Coleman- n’indique pas qu’il s’agisse de jazz : on en prend acte.
On entend des musiques variées : cela commence comme un accompagnement de film d’horreur des années 50, puis il y a des arrangements structurés, appuyés sur les tessitures graves de l’orchestre, d’allure un peu teutonique ; une pièce utilise la musique répétitive -cette pièce ressemble beaucoup à Episteme d’Anthony Davis (Gramavision 1981).
Parcourant l’ensemble, des solos, un saxophoniste utilise les sons distordus du freejazz. Pas de souigne, mais cela n’est pas recherché. Je n’ai pas entendu “The machine that makes ping”. Il y a sans doute un impact sonore du direct qui disparaît avec l’enregistrement, où ne reste que la musique, qui m’apparaît bien triste et un peu trop solennelle. Mais j’ai sans doute oublié de régler mon propre ping.

* * * * * * * * * *

Dans le vieux-vieux temps, on discutait de savoir ce qu’était le “swing”, aujourd’hui, il semble avoir été scientifiquement isolé : on le trouve mentionné sur des partitions d’orchestre sans plus ou accompagné d’une précision rythmique : deux croches = une noire et une croche en triolet.

Quant à savoir si c’est du jazz ou pas. Il suffit, par exemple, de faire une comparaison avec ce qui en est indubitablement, par exemple, la liste des 221 musiciens -de Buddy Bolden à Cecil Taylor- donnée par Ted Joans dans le poème intitulé “Jazz must be a woman”(Black Pow-Wow, Hill and Wang, NYC, 1969, p. 76-77) , et de voir l’état de l’écart, s’il y en a.


Les références :

Christophe CRAVERO : « Elegant Elephant »

> One To Jazz OTJ13001 / Absilone (Sortie le 24/10/2013)

Christophe Cravero : piano / Jérôme Regard : contrebasse / Frank Agulhon : batterie

01. Elegant Elephant / 02. 742 / 03. Bambou / 04. Migration ∕ 05. Comptinuum / 06. Mr Mustard / 07. Desert Air (Corea) / 08. Libera Me (Fauré) / 09. Kouékoué / 10. Le Saule (Annegarn) / 11. Souingue // Enregistré en 2013.

> Lien :


Ping Machine : « Encore ! Live au Petit Faucheux » NeuKlang / Abeille Musique.
Bastien Ballaz : trombone / Stephan Caracci : vibraphone, glockenspiel & autres percussions / Guillaume Christophel : saxophone baryton & clarinette basse / Andrew Crocker : trompette / Jean-Michel Couchet : saxophones alto & soprano / Fabien Debellefontaine : saxophone alto, clarinette & flûte / Florent Dupuit : saxophone ténor, flûte, flûte alto & piccolo / Quentin Ghomari : trompette & bugle / Didier Havet : trombone basse & tuba / Paul Lay : piano, Fender Rhodes & minimog / Rafaël Koerner : batterie / Frédéric Maurin : guitare, minimog & direction, compositions, arrangements / Fabien Norbert : trompette, trompette piccolo & bugle / Raphaël Schwab : contrebasse / Julien Soro : saxophone ténor & clarinette
01. Encore (premiere partie) / 02. Encore (deuxieme partie) / 03. Encore (troisieme partie) / 04. Encore (quatrieme partie) / 05. Grrr... / 06. Trona (6am) / 07. Trona (12pm) / 08. Trona (6pm and 12am) // Enregistré en concert au Petit Faucheux à Tours les 22 et 23 mars 2013.

> Retrouvez ce disque dans la Pile de Disques de septembre 2013 (présenté par Thierry Giard).