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[SONS D’HIVER] A. Davis, R. Mitchell et W. L. Smith.

à Vincennes et Vitry-sur-Seine, les 24 et 25 janvier 2014.

D 30 janvier 2014     H 08:37     A Christian Ducasse (Photo), Philippe Paschel    


SONS D’HIVER, festival de musiques dans le Val-de-Marne - 23è édition.

> Vincennes, Conservatoire, Amphithéâtre Pierre Miquel, vendredi 24 janvier 2014

ANTHONY DAVIS

(piano solo)

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Anthony Davis - Sons d’Hiver, Janvier 2014.
Photo © Christian Ducasse

Anthony Davis (Paterson, 1951) joue courbé sur le clavier du piano, disposé de telle façon que l’artiste a le dos tourné au public, ce qui permet d’observer les motifs de sa chemise imprimée, très californienne. Il a joué pendant une heure quatre morceaux : deux variations sur des thèmes du Messie de Haendel -si j’ai bien compris-, un thème dont il est l’auteur “Shimmer”, thème qui évoque l’inquiétude d’une femme pendant la période du maccarthysme, puis une partie de Wayang-IV (œuvre que l’on peut entendre dans Episteme-1981). En bis, il jouera “Crepuscule for Nelly”, avec quelques improvisations entremêlées et étonnantes.

Sa musique repose sur une forte main gauche qui propulse la droite. Les deux premiers morceaux semblaient assez écrits, et relevaient plutôt de la musique contemporaine. Le plus “jazz”, évoquant la vie urbaine, a été le troisième. La quatrième pièce, inspirée par la musique balinaise, présente une fausse apparence de musique répétitive, avec une pulsation interne, parfois secoué par un thème d’un rythme plus brutal.

ROSCOE MITCHELL TRIO

Roscoe Mitchell : saxes soprano, sopranino, alto, flute traversière) / Hugh Ragin : trompette, trompette piccolo / Trishawn Sorey : trombone, piano, percussion.

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Hugh Ragin, Trishawn Sorey, Roscoe Mitchell - Sons d’Hiver, janvier 2014.
Photo © Christian Ducasse

Longuement, des effets de souffles, une volonté de ne pas sortir de notes, des étouffements, pas d’embouchures. C’est comme la soupe primordiale avant la naissance de la musique. Elle viendra violente, répétitive, exacerbée : Roscoe Mitchell (Chicago 1940) au saxophone alto accompagné par un crescendo de cymbale produit par Sorey, sous le regard intéressé de Hugh Ragin. Mais son tour viendra aussi plus brièvement cependant. Sorey joue aussi du piano dont il a étouffé le son avec un couverture noire.

Le lideur prit la part du lion, ayant d’ailleurs l’air de s’ennuyer quand les autres jouent. Son jeu est rigide, de pur “free jazz” à l’ancienne, dirait-on. Pas une note de joie. Déjà dans l’Art Ensemble, me faisait remarquer un ami, il était le seul à ne pas se “déguiser”. Sa musique est entièrement refermée sur lui-même, avec peu d’accès pour le public -qui ne remplissait pas la salle au début du concert (285 places) ; il y eut de nombreuses défections et des endormissements (!).
À part le bis, les trois hommes ne jouèrent pas collectivement, mais plutôt par deux.

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Roscoe Mitchell, Trishawn Sorey, Hugh Ragin - Sons d’Hiver, janvier 2014.
Photo © Christian Ducasse

> Vitry-sur-Seine, Théâtre Jean Vilar, samedi 25 janvier 2014

WAVES / 1

Kyle Austin aka Hprizm : machine, voix / + Wadada Leo Smith : trompette / Steve Lehman : saxophone alto / David Virelles : piano.

Les musiciens sont disposés de part et d’autre d’une grande table recouverte d’un drap noir autour de laquelle officient au centre, face au public, HPrizm, et latéralement, côté jardin Emmanuel Pidre, vidéaste, et le piano, côté cour les vents .

Sur l’écran contrôlé par ordinateur, des formes en noir et blanc, lignes, feuilletages, rectangles, sans cesse en mouvements, se résolvant parfois dans le visage déformé de Duke Ellington, Thelonius Monk ou Bud Powell. Il faudra attendre 30 mn pour qu’apparaisse un peu de bleu, et des formes circulaires.

La musique commence par un grognement électronique, bientôt relayé et couvert par de mélodies brèves constituées de notes longues jouées par les vents, et d’accords, quasi-cluster par le pianiste. C’est le lideur qui donne l’ambiance sonore, sons électroniques assez simplistes au XXIème siècle, rythmes marqués, auxquels répondent les instrumentistes.
Le saxo joue beaucoup d’une façon assez fluide, face à la brutalité de Wadada, tout de blanc vêtu. Le lideur n’a cessé de dodeliner et il avait bien raison.

GOLDEN QUARTET- TEN FREEDOM SUMMERS

Wadada Leo Smith : trompette / Anthony Davis : piano / Ashley Walters : violoncelle / Pheeroan Aklaff : batterie / +/ Jesse Gilbert et Maile Colbert : vidéo.

Les musiciens étaient éparpillés sur la scène pour permettre de voir les vidéos sur l’écran du fond de scène, le piano toujours côté jardin, la celliste au centre, le batteur au fond coté cour et Wadada devant .

Les projections montraient des photos difficiles à identifier et des gros plans des musiciens filmés en direct.

Il s’agit d’une œuvre écrite (Ten Freedom Summers - Cuneiform Rune 350-353 - 4CD), les musiciens lisant leur partition et le lideur les dirigeant -ce qui amusait mon voisin de droite (?).
Peu d’improvisations : un solo de batterie, un solo de piano dans le bis, un passage d’exaspération à l’archet par la celliste.
Wadada improvise quant à lui plus souvent. Il est le compositeur. La musique est solennelle. Ce sont principalement des thrènes, en hommage aux victimes de la ségrégation et du racisme. Parfois, il y a aussi la violence, la victoire, mais pas de joie véritable. Le résultat est une musique lente, belle, mais peu “rythmées”(proche de la musique spectrale), malgré quelques passages plus “jazz”. Elle était trop inhabituelle pour nombre de spectateurs, qui quittèrent la salle en cours de concert et n’attendirent pas le bis, avant lequel Wadada nous expliqua que John Lindberg s’était cassé le poignet en courant d’un escalier, ce qu’il ne faut jamais faire.
Il s’interrogea aussi sur l’incapacité qu’ont les hommes, qui peuvent faire tant de choses admirables, à s’entendre.


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