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D’jazz Nevers Festival 2013 #1

Les carnets d’un festivalier assidu...

D 12 janvier 2014     H 08:37     A Armel Bloch    


Comme d’habitude, je ne suis pas vraiment à l’heure pour vous livrer mon ressenti à propos de la dernière édition du D’jazz Nevers Festival qui se déroulait du 9 au 16 novembre 2013.
Je fréquente ce festival depuis plusieurs années. Il a contribué à éduquer mes oreilles au jazz d’aujourd’hui.
Alors ! Pour autant, devrais-je retenir mes mots, pensées et impressions en me privant de parler des nombreux événements présentés dans ce festival ? Eh bien non, car ça serait cacher le plaisir global que j’ai une fois de plus ressenti !

Que peut-on retenir de ce 27ème D’jazz Nevers Festival  ?
Une fidélité réaffirmée à des musiciens talentueux, des formations singulières du jazz d’aujourd’hui, des découvertes musicales qui font du jazz une musique actuelle et très plurale, des rencontres osées entre musiques et autres disciplines artistiques, enfin des événements qui ne sont pas des concerts, pour susciter l’intérêt pour la musique en dehors de l’écoute en elle-même. Voilà ce qui peut sous-entendre que le D’jazz Nevers Festival est une réussite qui perdure depuis 27 ans…
À vous d’en juger.
Ces chroniques sont extraites des carnets d’un festivalier assidu et impliqué. Prenez et retenez ce qui vous plaît. Le tout est (volontairement) long. N’oubliez cependant pas que le plus important dans le jazz, ce ne sont pas les mots que l’on peut mettre derrière nos impressions, mais vos avis ressentis en allant voir des concerts et en écoutant des disques.

  • Partie 1 : Entre fidélité et singularité du jazz d’aujourd’hui.
  • Partie 2 : Entre musiques actuelles et autres formes artistiques.

Partie 1 : Entre fidélité et singularité du jazz d’aujourd’hui.

Des prestations convaincantes de musiciens fidèles et de hautes « pointures ».

Reconnaissons que la fidélité (sans pour autant tomber dans l’excès !) est une ligne directrice de ce très beau festival. La venue régulière de certains musiciens incite l’auditeur à constater et apprécier l’évolution de leur parcours sur la scène française, européenne et parfois internationale.

Didier Levallet Quintet « Voix croisées »

Didier Levallet -  voir en grand cette image
Didier Levallet
© Florence Ducommun

Cette année, la fidélité résonnait avec la présence du nouveau quintet de Didier Levallet, présenté comme une création. Pendant toute son histoire, l’association D’jazz a accueilli le contrebassiste dans la quasi-totalité de ses projets. Cette année, place au succès des « voix croisées » avec, pour une fois, une formation de jazz où la gente féminine est fortement mise en valeur sur le plan musical et présente en majorité : la trompettiste fine et « planante » Airelle Besson, la saxophoniste au phrasé des plus acrobatiques Céline Bonacina et la flûtiste hors norme Sylvaine Hélary.
Les trois sont propulsées par la rythmique carrée et attentive du batteur François Laizeau, dont le nom figure sur quelques belles pages du jazz français. En dernier morceau, un clin d’œil au Brotherhood of Breath du pianiste britannique Chris Mc Gregor (accueilli à Nevers en 1989) que le contrebassiste eut l’occasion d’accompagner.
L’existence de ce quintet n’a rien d’étonnant puisque Didier Levallet en avait déjà dirigé plusieurs dans sa carrière. Il donne à ce type d’orchestre la possibilité de sonner comme un ensemble plus large grâce à ses grandes qualités d’écriture. Les cinq membres issus d’horizons musicaux très différents ont su s’approprier à merveille cette musique très élaborée.

David Murray « Infinity » Quartet

Un représentant éminent de la musique créative noire américaine : David Murray et son « Infinity » quartet.
Le saxophoniste et leader de nombreux orchestres était à Nevers pour la quatrième fois. Il a donné un concert moins « lourd » (entendez par là, aux improvisations free moins longues et sans grande insistance) que celui entendu avec son « Power » quartet en 1998. Murray fait toujours exception avec son discours très soigné à la clarinette basse. On en aurait bien écouté d’avantage... On apprécie les coups de baguettes magiques du batteur Nasheet Waits. Le saxophoniste nous dévoile une musique composée d’éléments be-bop, swing et free. Sans doute le rendez-vous de cet édition le plus proche de la tradition du jazz à côté de tous les autres.
Donc pas d’excès jazzistiques parfois considérés comme un peu « poussiéreux » par certains amateurs de musiques plus actuelles.

Paolo Fresu « Devil » Quartet

Parmi les plus beaux rendez-vous, soulignons l’excellent « Devil » quartet de Paolo Fresu.
Un concert au-dessus des deux auxquels j’avais assisté avec cette formation (un à Nevers en 2008...). Fresu ne tombe pas dans son habitude des ballades mélodiques au relief parfois un peu plat. Il use des sonorités électriques de son instrument et fait de ce groupe une sorte de quartet énergique grâce au guitariste exceptionnel Bebo Ferra. Une rythmique de choc et des mélodies convaincantes chargées d’émotion pour nous offrir un événement inoubliable dans toute l’histoire du festival.
À force de voir et entendre des musiciens de très haut niveau comme Fresu, je me permets d’ajouter une remarque : le trompettiste italien semble être un musicien simple d’approche, qui va boire un verre au bar du festival alors que d’autres« personnalités » n’attendent souvent que de retourner au plus vite à l’hôtel sans désirer une seconde d’échange avec le public.
Un trompettiste qui a donc tout pour plaire dans son comportement musical.

Daniel Humair « Sweet & Sour » Quartet

Daniel HUMAIR – PARISIEN – REGARD – PEIRANI : « Sweet & Sour » -  voir en grand cette image
Daniel HUMAIR – PARISIEN – REGARD – PEIRANI : « Sweet & Sour »
Label Laborie / distribution Abeille Musique

L’accueil du public fut bien moins chaleureux pour le concert du quartet « Sweet & Sour » de Daniel Humair.
Après avoir fait à plusieurs reprises les beaux soirs du festival (aux côtés de musiciens aussi prestigieux que Michel Portal, Joachim Kühn, Marc Ducret, John Surman, Dave Liebman, Jean-Paul Celea, Michel Edelin…), il est bon de constater qu’à l’âge de 76 ans, le monstre des baguettes sait toujours s’entourer de jeunes talents, comme il l’avait très bien fait avec son quintet « Baby Boom » il y a quelques années à Nevers. Pour l’occasion, il a réuni trois jeunes prodiges du jazz français : Émile Parisien (saxophoniste soprano parmi les plus doués de sa génération), Vincent Peirani (accordéoniste sublime à l’aise dans tous les styles) et Jérôme Regard (contrebassiste que tout le monde s’arrache).
Je suis resté scotché sur mon siège pendant ce concert magnifique à m’en couper le souffle, au-delà de celui donné au Paris Jazz Festival, qui avait emporté la foule.
Je reste par contre surpris de constater la réaction un peu glaciale du public. Certes, il faisait un peu froid dans la grande salle de la Maison de la Culture de Nevers mais les auditeurs sont restés timides face à la hauteur de la prestation exposée : des applaudissements brefs, personne debout en fin de concert… Moi qui aurais pu croire à un « On se lève tous pour Daniel ! »... Eh bien non ! Ce ne sera pas pour cette-fois-ci et certainement pas à Nevers. J’ai même pensé quelques minutes : « Le public de Nevers serait-il coincé ? N’est-il pas touché par cette musique captivante, sans fun apparent mais largement abordable ? ». Allons savoir… Acceptons et admettons que le public peut aussi ne pas être prêt pour un tel rendez-vous ou par moments ne pas savoir manifester sa joie.

Dave Holland « Prism »

Craig Taborn, Dave Holland, Kevin Eubanks et Eric Harland : PRISM à Vitrolles -  voir en grand cette image
Craig Taborn, Dave Holland, Kevin Eubanks et Eric Harland : PRISM à Vitrolles
6 juillet 2012 - © CultureJazz.fr

Autre retrouvaille plus lointaine mais aussi très marquante, sans forcément parler de fidélité : celle de Dave Holland.
Ce grand contrebassiste britannique (l’un des plus importants de l’histoire du jazz, accompagnateur recherché par Miles Davis, Chick Corea, Herbie Hancock…, qui a également contribué à révéler Steve Coleman sur la scène internationale) était venu en 2005 avec son quintet (19ème édition). Il avait déjà accompagné à Nevers de grandes pointures du jazz comme Nina Simone, Betty Carter, Jack De Johnette et John Abercrombie. Il n’est donc pas exceptionnel de le retrouver invité à la soirée d’ouverture pendant laquelle il présentait l’un de ses plus beaux groupes de sa carrière de leader incontestable. Son nouveau quartet se compose de musiciens aussi importants que Craig Taborn (piano, Fender Rhodes), Kevin Eubanks (guitare) et Eric Harland, batteur redoutable déjà entendu et apprécié par le public neversois aux côtés de Stefano Di Battista et Charles Lloyd.
Holland ne tombe pas dans la redite acoustique de ses précédents groupes puisque son nouveau programme lie avec jouissance énergie électrique et tournures rythmiques palpitantes et renversantes, au point de nous mettre parfois dans un état quasi de transe. On sort réchauffé et stupéfait de plaisir après ce concert à haut-voltage.

Laurent Dehors / Matthew Bourne Duo « Chansons d’amour »

La fidélité du festival encore pour le clarinettiste et saxophoniste Laurent Dehors, souvent entendu à Nevers avec les diverses versions de ses orchestres (Tous Dehors, Que tal Carmen, Dommage à Glenn) ou comme soliste de formations singulières du jazz français (quintets d’Yves Robert et du tandem Oliva/Raulin, Trio Grande).
Dehors revient en admirable duo partagé avec le pianiste Matthew Bourne. La presse a fait une critique positive unanime sur le disque « Chansons d’amour ». Ce duo est authentique dans son approche musicale : évoquer des chansons sans paroles, improvisées ou écrites avec une certaine exigence mélodique, faire entrer l’auditeur dans une sensibilité musicale des plus calmes et très profonde de sens. La musique est minutieusement réfléchie. L’approche de ces deux improvisateurs remarquables de la scène européenne est différente de celle qu’on leur connaît dans d’autres formations. Sur disque comme en concert, le résultat est redoutable.
À écouter et réécouter sans tarder pour rendre fidèle votre amour à cette belle musique.

Andy Emler MegaOctet

Andy Emler MegaOctet : « E total » -  voir en grand cette image
Andy Emler MegaOctet : « E total »
La Buissonne / Harmonia Mundi

Autre événement marquant de cette édition, sans être une découverte puisque cet orchestre a déjà fait deux apparitions à Nevers pour des programmes différents : le MegaOctet d’Andy Emler.
La qualité est de taille avec cette équipe de All stars du jazz français. Tous sont de fortes personnalités musicales, leaders de projets et capables de respecter le sens musical et humain de la direction de l’orchestre d’Andy Emler. On en a la démonstration dans le film Zicocratie réalisé par Richard Bois, présenté dans le cadre de ce festival, associé à un débat.
Certains membres de cet octet pas comme les autres ont connu toute son histoire dont la dernière page présentée lors de ce concert est consacrée à une suite composée dans la tonalité mi, d’où le nom du dernier disque : « E total » (vivement recommandé !).
On le sait depuis très longtemps : créer et pérenniser une grande formation dans le jazz n’est pas chose facile mais le peloton du MegaOctet a déjà emprunté de belles routes sur les scènes françaises et de plus en plus européennes. À chaque fois, des supporters très divers, des plus avertis du jazz actuel aux plus néophytes ont ressenti un bonheur intégral.
Le public de Nevers n’a pas fait exception à ce constat devenu éternel pour cette grande formation à la musique immédiatement identifiable parmi toutes les grandes formations de jazz au monde.

Des formations singulières du jazz d’aujourd’hui.

Moutin Factory Quintet

Le Moutin Factory Quintet est une découverte dans le sens où le disque de cette nouvelle formation est sorti en septembre. Dans une interview accordée à Jazznews, les frères Moutin précisaient que ce groupe était né d’une envie d’un nouveau son, d’un nouvel espace. Ayant vu quatre fois le Moutin Réunion Quartet et n’ayant pas spécialement constaté de forte évolution musicale dans ce groupe pendant plus de dix ans, j’avais vivement souhaité entendre autre chose.
J’attendais donc beaucoup de ce quintet mais la musique à mes yeux (et mes oreilles) m’a semblé assez peu différente.
Heureusement, Christophe Monniot, Manu Codjia et Thomas Enhco sont là pour apporter du sang neuf. Leurs discours musical est toujours surprenant. Quelques beaux thèmes me traversent l’esprit mais je constate des similitudes avec le précédent quartet. J’apprécie les chorus très performants des jumeaux qui à mon sens sont des références dans leur instrument, au moins pour la vitesse d’exécution (plus particulièrement en ce qui concerne le contrebassiste) mais cette nouvelle formation aurait pu donner l’occasion d’explorer d’autres formes et couleurs musicales.
Autant dire que l’originalité et la nouveauté de ce quintet est plus à trouver dans les chorus de Monniot et Codjia que dans le reste.

Claudia Solal « Spoonbox »

Claudia Solal - © Christian Ducasse -  voir en grand cette image
Claudia Solal - © Christian Ducasse

On attribue souvent au jazz vocal une image féminine, avec des clichés d’univers musicaux souvent apparentés aux standards du jazz. C’est une réalité qu’il faut admettre. En France, nous disposons de quelques représentantes talentueuses qui défendent une autre idée du jazz vocal avec Élise Caron, Jeanne Added, Claudia Solal et plus récemment Leila Martial…
Le festival nous présentait le très beau quartet Spoonbox de Claudia Solal, dont le disque Room Service édité en 2010 a fait l’unanimité positive de la presse. Le concert de cette chanteuse des plus captivantes fût grandiose, nul ne pourra dire le contraire. Sa technique vocale est impressionnante, et surprend avec son usage du suraigu. Les textes sont tout aussi surprenants. Claudia Solal a su bel et bien créer son monde fantaisiste, donnant à sa musique un côté merveilleux et inédit, qui convient bien à cette formation. Benjamin Moussay, aussi à l’aise au piano qu’aux différents claviers, apporte à la musique des couleurs électroniques très originales qui comptent pour beaucoup dans la définition de l’univers musical de la chanteuse. Jean-Charles Richard (saxophones) est redoutable dans ses acrobaties techniques. Joe Quitzke est un batteur plutôt aventurier et très à l’écoute de cette musique authentique.
Une recette mûrement réfléchie qui fait que cette musique enchanteresse a tout pour plaire.

Guillaume Séguron Trio « Solo pour Trois »

Le contrebassiste et compositeur Guillaume Séguron et son trio Solo pour Trois, proposé dans le cadre du programme Jazz Migration de l’Association Jazzé Croisé (ex Afijma) fut un des plus beaux événements de cette édition.
Ce trio réunit trois musiciens trop peu entendus sur nos scènes mais dont le talent est bien réel. Patrice Soleti use à merveille des sons électroniques de sa guitare. Lionel Garcin nous livre un phrasé excessivement souple et précis au saxophone alto. Ajoutons à cela le jeu des plus expressifs de Séguron, qui met la contrebasse pleinement en valeur tout en assurant son rôle d’accompagnateur, et l’on obtient un trio pas comme les autres, non seulement pas son instrumentation très singulière (pas de batteur), mais surtout par la qualité de la musique narrative qui nous est offerte. Oscillant entre jazz libre, rock, musiques répétitives, improvisées, le tout est conçu de façon très réfléchie et minutieuse.
Je sors bouleversé par ce concert donné dans la très belle cave du Pac des Ouches, dont les pierres abritent depuis plus de deux décennies une bonne partie des concerts du midi.

Marguet / de Chassy / Sheppard Trio « Shakespeare Songs »

Le D’jazz Nevers Festival est une manifestation qui a toujours su laisser une place non négligeable aux créations. Le trio Shakespeare Songs formé par Guillaume de Chassy (piano), Christophe Marguet (batterie) et Andy Sheppard (saxophones ténor et soprano) fut l’une d’entre elles pour cette dernière édition.
La réunion de ces trois musiciens sensibles, aux univers touchants, remarqués sur la scène française n’a finalement rien d’étonnant pour un tel projet. Au lieu de tomber dans le jeu très commun de s’imprégner de la musique d’une figure marquante du jazz pour la détourner et en présenter une autre version, De Chassy et Marguet ont choisi de s’inspirer d’une figure de proue de la littérature anglaise pour nous livrer une musique excessivement poétique, d’une grande finesse d’écriture, qui mêle subtilement mélodies, silences et moments d’improvisations inattendues, en consacrant chaque composition à des personnages emblématiques du théâtre de William Shakespeare : Othello, Macbeth, Falstaff, Hamlet...
Le résultat semble avoir conquis le public, mais pas mes propres oreilles, trouvant cette musique finalement un peu dépourvue d’énergie, de surprises rythmiques mais certainement pas de sens, peut-être un peu trop dans la « contemplation littéraire ».
Les explications données par De Chassy sont les bienvenues pour mieux comprendre cette musique mais une autre approche me semble nécessaire pour tenter de la contempler, peut-être un jour sur disque, c’est à espérer.

Sylvain Rifflet « Alphabet »

Alphabet - Dijon, nov. 2013 -  voir en grand cette image
Alphabet - Dijon, nov. 2013
© Jacques Revon

Dans un registre totalement diffèrent, Sylvain Rifflet (saxophone, clarinette) était invité à présenter son quartet Alphabet. Cette fois-ci, place à de nombreuses surprises sonores et rythmiques où des influences de musiques pop, rock et surtout du courant répétitif américain (Philip Glass, Steve Reich, Moondog) se côtoient pour nous livrer un univers flambant neuf, gorgé d’effets électroniques apportés par chacun, très énergique et expressif où les prises d’initiative et l’imaginaire musical très singulier des quatre musiciens ne semblent pas trouver de limites. Le tout donne un groupe pas comme les autres, c’est certain, de par son univers stupéfiant et palpitant, son instrumentation originale dépourvue de rythmique proprement dite (pas de batterie ni de contrebasse) et ses solistes parmi les meilleurs de la scène montante du jazz français d’aujourd’hui : Benjamin Flament aux percussions métalliques, Joce Mienniel aux flûtes et Philippe Gordiani à la guitare électrique.
Tous ont un un mode d’expression qui leur est propre et savent repousser les limites existentielles des différents courants musicaux pour explorer autre chose. Voilà pourquoi je sors enjoué de ce concert.

Rêve d’éléphant Orchestra

Avant de devenir D’jazz Nevers Festival, cette manifestation s’intitulait Rencontres Internationales D’jazz de Nevers, parce qu’elle nous donnait à entendre des formations parmi les plus intéressantes de la scène internationale et européenne. Cette année, la Belgique n’a pas été oubliée avec l’accueil d’un de ses groupes fétiches : le fameux Rêve d’éléphant Orchestra, dirigé par Michel Massot (tuba, trombone, voix) et Michel Debrulle (batterie), tous deux membres assidus des orchestres de Laurent Dehors pendant des années et du fameux Trio Grande.
Au premier regard, ce sextet présente une instrumentation qui n’a rien de commun avec tout ce qui a pu se faire dans le vaste monde du jazz : trois percussionnistes aux rôles biens définis et distincts (Etienne Plumer et Stephan Pougin en plus de Michel Debrulle), un guitariste électrisant (Benoist Eil), un trompettiste délirant (Laurent Blondiau) et un flûtiste au jeu charmeur (Pierre Bernard). Prenez une pincée de musique festive, une bonne moitié de mélodies enjouées, une touche de musique du Moyen-Age, quelques grammes d’influences rock, le tout nappé des bons fruits du jazz belge d’aujourd’hui souvent truffé d’humour musical et vous obtenez une recette miraculeuse, une sorte de potion magique qui vous redonne le sourire pour une durée indéterminée et qui vous donne l’envie d’acheter tous les disques de ce groupe voyageur.
Un moment à placer au même niveau de succès que le MegaOctet d’Andy Emler pour le public neversois.

The Syndicate

Ce festival n’a jamais négligé les musiciens qui ont nourri et bonifié l’histoire du jazz et ses différents courants. J’ai donc pu apprendre à apprécier quelques figures incontournables de l’histoire du jazz, souvent disparues à ce jour, dont j’ignorais en grande partie le travail, parce que mon écoute était sans doute trop consacrée aux musiciens d’aujourd’hui.
Parmi les légendes du jazz, Nevers a accueilli de nombreuses têtes (Chet Baker, Art Blakey, Elvin Jones, Dizzy Gillespie, Phil Woods, Charles Lloyd, Abdullah Ibrahim, Carla Bley, Max Roach, Michel Petrucciani, Roy Haynes, Ray Barretto, George Russel, Mac Coy Tyner…), de nombreux projets « hommages » comme ceux rendus à Glenn Miller, Charlie Parker, Albert Ayler… mais le festival n’avait jamais accueilli le grand Joe Zawinul, leader du mythique groupe Weather Report pendant des années (qui au passage fut la formation accueillante de nombreux musiciens complices de Miles Davis), puis du The Syndicate pour présenter une version plus moderniste de sa vision du jazz, souvent qualifiée de jazz fusion ou world jazz, qui a su emporter les foules à ses passages sur les plus grandes scènes du monde, au-delà même des adeptes du jazz en tous genres.
Le moment était donc venu d’accueillir un hommage à Zawinul, pour conclure en beauté cette 27ème édition. L’équipe est de qualité : Émile Parisien (saxophone), Thierry Eliez (piano, claviers) et quelques représentants plus discrets sur nos scènes : Munir Hossn (guitare, chant), Aziz Sahmaoui (percussions, chant), Julien Herne (basse électricque) et Jon Grandcamp (batterie) qui succède à Paco Séry, ex batteur de Zawinul.
Cette nouvelle version du Syndicate n’a rien perdu de son côté dansant, festif et métissé à partir de nombreuses musiques du monde, comme surtout celles de l’Afrique qui fut le continent de prédilection de Zawinul pour une bonne part de ses œuvres musicales. On note un peu plus de mélodies que ce que pouvait donner à entendre cet orchestre dans ses dernières années d’existence, qui ne m’avait pas laissé indifférent lors de deux représentations auxquelles j’ai eu la chance d’assister.
Je me souviens d’une chose qui m’avait particulièrement touché : voir le public marquer sa joie à la fin du rappel, redemandant d’autres rappels. J’ai constaté la même chose à la fin de ce concert, comme quoi certains monstres sacrés du jazz le restent longtemps, même après leur disparition.

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(En l’absence de photos des concerts, nous illustrons cet article avec des images de nos archives - NDLR)


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